‹ Œuvres complètes de VoltaireChapitre 319 sur 420 · juillet. {Note de Voltaire · texte numérisé non relu

juillet. {Note de Voltaire

naces et les excommunicatioDs du pape : tout cédait à la force. Persoune n'ignore comment fut faite l'élection de Stanislas Leczinski, et comment Charles XII le ût reconnaître dans une grande partie de la Pologne.

Pierre n'abandonna pas le roi détrôné ; il redoubla ses secours à mesure qu'il fut plus malheureux ; et pendant que son ennemi faisait des rois, il battait les généraux suédois en détail dans l'Estonie, dans l'Ingrie, il courait au siège de Narra, et faisait donner des assauts. Il y ayait trois bastions fameux, du moins par leurs noms : on les appelait la Victoire, l'Honneur, et la Gloire. Le czar les emporta tous trois l'épée à la main. Les assiégeants entrent dans la Tille, la pillent, et y exercent toutes les cruautés qui n'étaient que trop ordinaires entre les Suédois et les Russes.

Pierre donna alors un exemple qui dut lui concilier les cœurs de ses nouveaux sujets * ; il court de tous côtés pour arrêter le pillage et le massacre; arrache des femmes des mains de ses soldats, et, ayant tué deux de ces emportés qui n'obéissaient pas à ses ordres, il entre à l'hôtel de ville, où les citoyens se réfugiaient en foule; là, posant son épée sanglante sur la table: « Ce n'est pas du sang des habitants, dit-il, que cette épée est teinte, mais du sang de mes soldats, que j'ai versé pour vous sauver la vie*. »

TOUT-E L'iNGRIE DEMEtRE \ PIERRE LE GRAND, TANDIS QUE CHARLES XII TRIOMPHE AILLEURS. ÉLéVATION DE IIENZIKOFF. PéTERSBOURG EN SU- RETE. DESSEINS TOUJOURS EXÉCUTÉS MALGRÉ LES VICTOIRES DE CHARLES.

Maître de toute l'Ingrie, Pierre en conféra le gouvernement à Menzikoff, et lui donna le litre de prince et le rang de général-

i. 20 août. {Note de Voltaire.) — Dans Vflistoire de Charles XII, page 210 de ce volume, Voltaire dit le 21 août.

2. Cette phrase est rapportée, avec quelques légères différences, dans VHistoire de Charles Xll, page 210.

3. Les chapitres précédents et tous les suivants sont tirés du Journal de Pierre le Grand, et dos Mémoires envoyés de Pétcrsbourg, confrontés avec tous les autres Mémoires. {Note de Voltaire.)

PIERRE POSSÈDE L'INGRIE. 487

major. L'orgueil et le préjugé pouvaient ailleurs trouver mauvais qu'un garçon pâtissier devînt général, gouverneur et prince; mais Pierre avait déjà accoutumé ses sujets à ne se pas étonner de voir donner tout aux talents, et rien à la seule noblesse. Menzikoff, tiré de son premier état dans son enfance, par un hasard heureux qui le plaça dans la maison du czar, avait appris plusieurs langues, s'était formé aux affaires et aux armes ; et, ayant su d'abord se rendre agréable à son maître, il sut se rendre nécessaire. II hâtait les travaux de Pétersbourg ; on y bâtissait déjà plusieurs maisons de briques et de pierres, un arsenal, des magasins ; on achevait les fortifications ; les palais ne sont venus qu'après.

Pierre était à peine établi dans Narva qu'il offrit de nouveaux secours au roi de Pologne détrôné : il promit encore des troupes, outre les douze mille hommes qu'il avait déjà envoyés ; et en effet il fit partir' pour les frontières de la Lithuanie le général Repnin avec six mille hommes de cavalerie et six mille d'infanterie. Il ne perdait pas de vue sa colonie de Pétersbourg un seul moment ; la ville se bâtissait, la marine s'augmentait ; des vaisseaux, des frégates, se construisaient dans les chantiers d'Olonitz ; il alla les faire achever, et les conduisit à Pétersbourg *.

Tous ses retours à Moscou étaient marqués par des entrées triomphantes : c'est ainsi qu'il y revint cette année ^, et il n'en partit que pour aller faire lancer à l'eau son premier vaissau de quatre-vingts pièces de canon, dont il avait donné les dimensions l'année précédente sur la Véronise.

Dès que la campagne put s'ouvrir en Pologne*, il courut à l'armée qu'il avait envoyée sur les frontières de la Lithuanie au secours d'Auguste ; mais pendant qu'il aidait ainsi son allié, une flotte suédoise s'avançait pour détruire Pétersbourg et Cronslot, à peine bâtis ; elle était composée de vingt-deux vaisseaux de cinquante-quatre à soixante-quatre pièces de canon, de six frégates, de deux galiotes à bombes, de deux brûlots. Les troupes de transport firent leur descente dans la petite île de Kotin. Un colonel russe, nommé Tolboguin, ayant fait coucher son régiment ventre à terre pendant que les Suédois débarquaient sur le rivage *, le fit lever tout à coup ; et le feu fut si vif et si bien ménagé que les Suédois, renversés, furent obligés de regagner leurs vais-

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