COURONNEMENT ET SACRE DE CATHERINE I
COURONNEMENT ET SACRE DE lMmPÉR ATRICE CATHERINE l***.
Pierre, au retour de son expédition de Perse, se vit plus que jamais l'arbitre du Nord. Il se déclara le protecteur de la famille de ce même Charles XII dont il avait été dix-huit ans l'ennemi. Il fit venir à la cour le duc de Holstein, neveu de ce monarque; il lui destina sa fille atnée, et se prépara dès lors à soutenir ses droits sur le duché de Holstein-Slesvick ; il s'y engagea même dans un traité d'alliance qu'il conclut avec la Suède ».
Il continuait les travaux commencés dans toute l'étendue de ses États, jusqu'au fond de Kamtschatka ; et pour mieux diriger ces travaux il établissait à Pétersbourg son académie des sciences '. Les arts florissaient de tous côtés ; les manufactures étaient encouragées, la marine augmentée, les armées bien entretenues, les lois observées; il jouissait en paix de sa gloire; il voulut la partager d'une manière nouvelle avec celle qui, en réparant le malheur de la campagne du Pruth, avait, disait-il, contribué à cette gloire même.
Ce fut à Moscou qu'il fit couronner et sacrer sa femme, Catherine *, en présence de la duchesse de Courlande, fille de son frère aîné, et du duc de Holstein, qu'il allait faire son gendre. La déclaration qu'il publia mérite attention ; on y rappelle l'usage de plusieurs rois chrétiens de faire couronner leurs épouses; on y rappelle les exemples des empereurs Basilide, Justinien, Héraclius, et Léon le Philosophe. L'empereur y spécifie les services rendus à l'État par Catherine, et surtout dans la guerre contre les Turcs, lorsque son armée réduite, dit-il, à vingt-deux mille hommes, en avait plus de deux cent mille à combattre. Il n'était point dit dans cette ordonnance que l'impératrice dût régner après lui; mais il y préparait les esprits par cette cérémonie inusitée dans ses États.
Ce qui pouvait peut-être encore fai re regarder Catherine comme destinée à posséder le trône après son époux, c'est que lui-même marcha devant elle à pied le jour du couronnement, en qualité
i. Février 1724. (Note de Voltaire,) 5. Février 1724. (Id,) 3. 18 mai 1724. {Id.)
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de capitaine d^une nouvelle compagnie qu'il créa sous le nom de chevaliers de V impératrice.
Quand on fut arrivé à Téglise, Pierre lui posa la couronne sur la tête; elle voulut lui embrasser les genoux; il l'en empêcha, et, au sortir de la cathédrale, il fit porter le sceptre et le glohe devant elle. La fête fut digne en tout d'un empereur. Pierre étalait dans les occasions d'éclat autant de magnificence qu'il mettait de simplicité dans sa vie privée*.
Ayant couronné sa femme, il se résolut enfin à donner sa fille aînée, Anne Pétrowna, au duc de Holstein. Cette princesse avait beaucoup des traits de son père ; elle était d'une taille majestueuse et d'une grande beauté. On la fiança au duc de Holstein S mais sans grand appareil. Pierre sentait déjà sa santé très-altérée, et un chagrin domestique, qui peut-être aigrit encore le mal dont il mourut, rendit ces derniers temps de sa vie peu convenables à la pompe des fêtes.
Catherine avait un jeune chambellan ^ nommé Moëns de La Croix, né en Russie d'une famille flamande: il était d'une figure distinguée ; sa sœur, M'"« de Baie, était dame d'atour de Timpératrice: tous deux gouvernaient sa maison. On les accusa l'un et l'autre auprès de l'empereur : ils furent mis en prison, et on leur fit leur procès pour avoir reçu des présents*. Il avait été défendu, dès l'an 17U, à tout homnae en place d'en recevoir, sous peine d'infamie et de mort; et cette défense avait été plusieurs fois renouvelée.
Le frère et la sœur furent convaincus : tous ceux qui avaient ou acheté ou récompensé leurs services furent nommés dans la sentence, excepté le duc de Holstein et son ministre, le comte de Bassevitz: il est vraisemblable même que des présents faits par ce prince à ceux qui avaient contribué à faire réussir son mariage ne furent pas regardés comme une chose criminelle.
Moëns fut condamné à perdre la tête *, et sa sœur, favorite46 l'impératrice, à recevoir onze coups de knout. Les deux fils de cette dame, l'un chambellan, et l'autre page, furent dégradés et envoyés, en qualité de simples soldats, dans l'armée de Perse.
\ , Il n'appela point de députés à ce couronnement, qu'il accomplit de son autorité propre.