AUMÔNES POUR NOTRE SAINT-PÈRE LE PAPE PIE IX
Janvier 1849.
Le signe que nous attendions est venu rompre un silence bien long pour nous, et nous permettre de répéter un appel qui devait s'élever de tous côtés en même temps, afin que personne n'y reconnût la voix des partis.
Au moment où la France apprit l'ingratitude de Rome et l'exil de Gaëte, tous les cœurs s'émurent, tous les yeux se tournèrent vers le pontife dont rEurope entière admirait la sainteté et la 6aç<ÊS"5i^.\
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et non-seulement ceux qui croient, mais beauté de ceux qui ont le malheur de ne pas croire, chés d'uae si auguste infortune, auraient voulu mettre à ses jiieds leurs biens et leurs vies. .
Les jours écoulés n'ont rien fait pour i l'émotion des premiers moments : la grande injustice dure encore, et les besoins se sont multipliés, Pie IX, qui le lendemain de son avènement avait , Tait vendre la moilîé des chevaux de ses éourieaf qui épuisiÉit son patrimoine en charités, n'avait pas allendu l'heure de l'épreuve pour se dépouiller d'un luxe désormais inutile. Tous ceux qui ont eu l'honneur de l'approcher savent combien il lui coûterait peu de retourner aux filets de saint Pierre ou à l'obscurité des eiitacombes; et il n'y a pas
» longtemps qu'on lui entendait dire « qu'il remer- « cieraitDieu, lant qu'on lui iiiîsserait une besace « et un bâlon avec la liberté de parcourir la terre « en bénissant les peuples sur son chemin, n Hais au-dessous du souverain ponlifc, il faut voir toutes les grandes administrations de l'Église, le consistoire, la propagande, la pénitencerie et tJinl d'aulros ^L dont les actes sont graluils, les charges immenses, ^H les revenus taris, dont les ressources naturelles ^H seraient perdues pour longtemps, lors même que ^H l'autorité pontificale ne larderait pas à renlrerdans ^H Rome, et qui, interroilipues dans leur exercJce,
jetteraient le trouble dans toutes les affaires religieuses de la chrétienté. D'ailleurs, quand TÉtat romain se trouve sous le poids de tant de difficultés, il n'est pas juste de lui laisser supporter tout ce qu'a de dispendieux le gouvernement des consciences par toute la terre.
Sans doute l'hospitalité de Naples et la bienfaisance de l'Espagne ont pourvu aux premières nécessités; mais il ne convient ni à l'honneur de la France, ni à la dignité de la République, de souffrir que la papauté soit pensionnaire des couronnes étrangères. La France, qui a pourvu depuis onze cents ans à la liberté du souverain pontificat, en lui donnant un domaine temporel, dont les rois allaient tenir l'élrier d'Alexandre III et d'Innocent IV, quand ces grands proscrits fuyaient aussi devant les Gibelins de leur siècle, la France ne peut oublier ni ses droits ni ses devoirs. Si le malheur des temps et les intrigues des factions ne permettent pas au pontife de venir nous demander un asile dont les passions politiques abuseraient ; si Pie IX, retenu d'ailleurs par l'espoir du prochain repentir de son peuple, ne vient pas à nous, par nos aumônes nous irons à lui. Nous ferons voir au monde et à Tltalie, qui a besoin de cette leçon, que la passion de la liberté n'a étoufTé dans nos cœurs ni la foi, ni la justice, ni la reconnaissance. Nous
Se4 MÉLANGES.
rendrons cet hommngc a» ponlife libérateur, donl le malheur préseni n'est pas moins l'ouvrage des ennemis de ses réformes que des ennemis de son autorilé. Surtout nous rendrons ce service à l'indspendance de l'Église ; nous rendrons à Pie IX c^ liberté à laquelle il réduit ses désirs, et que la diplomatie européenne ne lui reconnaît pas, d'aller où il lui plaît et de bénir comme il veut. Les offrandes du monde catholique, qui rachetèrent autrefois tant de prisonniers, délivreront le souverain pontificat des partis qui voudraient en faire l'instrument d'une nationalité, comme des rois qui voudraient en faire l'étai de leurs trônes. Nous aih rôns prouvé qu'il n'y a pas une terre catholique, si calomniée qu'elle soit, qui ne puisse donner au vicaire de Jésus-Christ le pain et le vin du sacrî- Gce, et que l'Église, ce pouvoir spirituel, se joue des entraves financières auxquelles une politique matérialiste assujettit les empires.
Enfin nous ferons un acte de foi. Au temps des guerres saintes, quiconque prenait l'épée pour la délivrance de Jérusalem mettait la croix sur sa poitrine. Ceux qui veulent la mettre sur leur front s'engageront dans cette croisade pacifique. Les jours où nous vivons sont difficiles, l'avenir obscur, les questions politiques capables d'armer toutes les passions et de troubler la prévoyance des plus
termes esprits. Mais au milieu de cette lutte des opinions politiques, c'est un fait considérable qu'aucune doctrine philosophique, aucune doctrine religieuse n'ait prétendu à la conquête des âmes, et que le Christianisme soit resté seul sans contradicteurs dans un temps qui a toul contredit. Jamais la foi ne s'est montrée plus forte qu'au milieu des ruines de 1848, de même que nos cathédrales paraissent plus grandes que jamais quand on démolit ces constructions, qui semblaient les soutenir et qui ne faisaient que cacher la solidité de leurs murailles. L'exilé de Gaëte a déjà reçu plus d'hommages sur ce rocher solitaire que les plus glorieux de ses prédécesseurs sous les voûtes dorées du Vatican. Nos offrandes sont comme autant d'adhésions, comme autant de pierres ajoutées à ce fondement éternel de la foi. Debout -sur le piédestal que nous aurons élargi, Pie IX paraîtra aux yeux de la postérité comme la plus grande image de l'inébranlable autorité du Christianisme, comme on Toit dans les mosaïques des vieilles églises romaines le Christ debout sur le rocher, et disant aux faibles : Ne craignez pas, j'ai vaincu le monde.
Ëgo Tici munduni.
A Dieu ne plaise que nous ayons l'ambition de mesurer aux faibles sommes que nous recueillerons
Ziie NÊLAHGES.
la pitilc dti la France! Le plus grand nombre des ofi'randes ira se cacher avec l'obole de la veuve dans le tronc des paroisses. Mais à côlé do l'obole secrète (|ue Dieu aime, il est bon qu'on voie la proleslalion éclatante qui instruit les hommes. 11 est juste qu'use réparation solennelle elTace la trace de l'injure publique. Il est honorable que des fils veuillent être noramés à leur père et qu'ils lui disent : o Très- , saint Père, il y a plusieurs mois qu'aux premio^ nuages qui troublèrent la sérénité de vos années, nous ne voulions pas prévoir vos douleurs futures, mais nous leur permettions d'avance un adoucissement dans le respect et l'amour de tout l'univers. Puisque Dieu a permis pour votre gloire et poor notre enseignement que les mauvais jours soieD^ venus, très-saint Père, receveï l'aumône de la France ; recevez-la comme le Sauveur reçut les cinl pains et les deux poissons du jeune homme sur la montagne ; bénissez ce pain, rompez-le et qu'il se multiplie comme les besoins de l'Église. Fn tendant vers nous cette main que tant de lèvres ardent^ ont baisée, vous nous donnerez bien plus, saint Père, que vous n'aurez reçu. Vous donnerez un grand exemple à cette société à laquelle on veut enseigner le mépris de l'aumône, l'abolition de la charité et la fraternité par la spoliation. Quand le représentant de N. S. Jésus-Christ, et par
queat de tous les pauvres, dont Jésus-Christ est le chef, quand le libérateur des peuples, quand le glorieux l'îe iX aura accepté l'aumône, qui donc la refusera? La bienfaisance catholique, réhabilitée ctn la personne d'un si grand Pontife, n'humiliera plus les indigents; elle ne irouvera plus déporte qui lui soit fermée; elle fera le tour des nalions malades, guérissanl leurs misères, mais bien plus encore leurs colères et leurs ressentiments. Et il se trouvera que Dieu, en vous conduisant peut-être dans l'exil pour renouveler la foi par le spectacle d'une autorité sans appuis terrestres, vous y avait aussi mené, très-saint Père, pour renouveler la charité, qui est le dernier secret de notre régéné-