APPRECIATION DU CHRISTIANISME
c< L'homme, selon les modernes apôtres, se peut « considérer sous deux aspects divers : sous le point « de vue matériel, ses attributs sont la force et la « beauté ; sous le point de vue spirituel, l'intellic< gence et la sagesse le caractérisent. Indéfiniment c< perfectible, le but de son existence est l'égal déve- « loppement de ces deux ordres de facultés selon la « loi du progrès.
« Le genre humain est Thomme en grand ; Thu- « manité est un être collectif qui opère son éduca- « tion sous la main de Dieu même, et Dieu lui « révèle à chaque époque ce qu'elle doit faire, soit a pour entreprendre, soit pour continuer sa marche. « Mais un jour vient où la révélation est dépassée a par le progrès : alors la critique\élève, le vieil a édifice croule, une autre organisation devient né- « cessaire, une nouvelle somme de vérités doit se « manifester à Tesprit humain, pour succomber ^
t son tour am attaques de fîncréihiiil^^ilàâiiJfl
a sera de«enoe iosuffisaDte. Ainsi (l(HT«iit se succé' a der les rèrolatioiM, îtt^'â <% qu'une rcrélatioD o défÎDÎlive comprenne tous les besoins Je l'faïuna- « nité, embnne et favorise tous 54s dèveloppe- « ments.
« £n appliquant ces pensées philosophiques à « l'étude de rbisloire, on les trouvera vériOées par u les faits. L'humanité, aui jours de son enfance, a semble dévouée à une existence matérielle : les « idées rvligieust's percent à peine à travers un K voile épais. Leur premirâ'e forme est le Fétichisme : o le p<ilytt)éismc et le monothéisme lui succèdent. « Mais ces notions obscures, incomplètes, ne suftt fisent plus aux besoins toujours croissants de « l'espril humain : le criticisme philosophique les « détruit, ijt prépure les voies n l'Ëvangite.
M L'Evangile parait ; une nouvelle ère com- « mence. Le règne de la chair est pas.sè : l'esprit la « subjugue à son tour. La société se recompose, et, « sous les auspices de l'Église, l'Europe a marché « durant quinze siècles dans la carrière du perfecu tioniiemcnl moral.
« Miiis le Chrisiianismc était encore loin d'em- " brasser lous les rapports de rhomiiic. et de pou- (I voir satisraire toutes les exigences de la raison « devenue plus forlc. Il méconnaissait I
ÏHÈFLEXIOHS SUB Li DOCTRINE DE SMNT-SIHON. S15 sites physiques en jelant Tanalhème sur la chair, et par conséquent sur l'industrie. Dans l'ordre u spirituel, il condamnait à l'oubli les sciences, a 1rs nrls et la vie sociale. Par lui, toutes les facul- « tés, tous lesdéveloppemenlsderiiomme, venaient ■ a s'absorber dans la contemplalion des myslères et [ tt la pratique du culte. Eiifln, ses promesses étaient [ trop austères, et ses pi'éceptes trop rigoureux, I pour suffire longtemps à un être destiné à vivre mM d'une vie matérielle au milieu du monde sen- [ « sible.
ï Aussi la raison a-t-elle jugé la loi qui lui avait [ tt été imposée, et elle l'a trouvée trop lourde. Les I a. vieux mystères lui ont paru surannés, et le culte l * ridicule : elle en a fait justice. Trois siècles d'inlit crédulité et d'hérésie ont renversé l'édifice chré- {# tien. 11 fallait édifier sur ces ruines : le monde i appelait un révélateur. Saint-Simon est venu ( 1 ) . a Ainsi les disciples de la oouvelle croyance déroulent à leur gré, dans un brillant langage, le vaste tableau des phases de rhumanilé. La philosophie chrétienne va prendre la parole pour leur I répondre.
a L'âme, en réfléchissant sur cUo-même, se re-
(1) Doctrine de Saint-Simon, exposition, première annéo, . l.tètDCi-s 5, 13, U, 15, etc. Emeignement cenfraf, pa<jesl9, S4. Le J Kflisfrf, paisim. le Précurseuy, G el Ut mai.
uinff^
>l« KkUSfiES.
x coonall, se drélingue de tout ce qui l'ecviroi « elle apci'çoit ()ue ce corps, ces organes physiques tt qui la servent, sont à elle, et non pas elle; que t sa vie est indépendante de la leur.
« Toutefois ses relations avec le monde devaient « avoir une part dans son existence ; aussi elle est « modifiée [lar les objets extérieurs : elle xent, elle et éprouve des besoins, elle passe alternativement « du malaise au bien-être, du plaisir à la douleur, a Cette série de Tails se résume sous le nom de a sensibilité.
« Au delà de ces limites se découvre un monde « plus vaste; des phénomènes plus grands se mani- « feslent. Les idées du beau, du vrai, du juste, du a saint, apparaissent comme une vision céleste, et « se révèlent d'une manière nécessaire, spontanée. « Là aussi se trouvent des exigences, mais bien plus « fortes ; des sentiments, mais bien plus nobles ; « des jouissances, mais bien plus pures : là tout « porte le cachet de l'Infini, le sceau de Dieu. « Cette révélation constante, cette lumière perpé- « tuelle qui éclaire toiA homme venant dans ce « monde, a reçu de l'école philosophique moderne « le nom de Raison ou Sens commun. Portée à « un haut degré, elle s'appelle dans le langage « vulgaire l'Inspiration, le Génie.
« Entre ces deux sphères qui tiennent chacune
RÉFLEXIONS SDR U DOCTRINE DE SAIOT-SIMON. 317
c< un bout de Texistence humaine, gravite inceste samment la volonté, le moi. Libre par sa nature, « il peut à son gré descendre vers le fini, ou s'éc< lancer dans les hauteurs de l'infini, se replier « sur le inonde matériel par le moyen de l'indusc( trie, ou monter à Dieu tour à tour par les arts, « les sciences, la justice, la religion.
ce Mais, tandis que les nécessités physiques se mac< nifestent avec promptitude et intensité, tandis « que la sensibilité se développe avec une énergie « frappante ;-les notions rationnelles, au contraire, c< ne se présentent d'abord qu'à l'état de percepc< tions obscures, indistinctes : l'attention, la ré^ c< flexion, est la condition de leur développement. c< Or comment l'homme, absorbé qu'il est par les c< sensations qui l'assiègent, pourra-t-il réfléchir c< sur ces phénomènes spirituels si subtils, si fu- « gitifs, qui se succèdent comme des éclairs ra- « pides sur un horizon ténébreux? Condamné à c< une vie matérielle, il lui serait donc à jamais c< impossible de s'élever aux idées intellectuelles c< et morales, si un agent extérieur ne venait le c< réveiller de son assoupissement, et s'emparer de « son attention pour la diriger et la soutenir. Cet « agent, c'est l'éducation : elle s'opère par la pa- « rôle ; à la parole donc il appartient d'affranchir c( l'âme du joug de la chair ; de lui donner une
« impolsioB biea&isuile. el de la transporta « la région des idées.
<f Ainsi fui fsii Tbomme : sa toi est de marcher a saas cesse dans U voie da progrès, en suivant la « Mge^nomiede la oalare, en Fabordoonant le tf développe ment physique au perfeclioanement « moral et iolellecluel. La santé, disait Ftalon, A c'est l'hannonie de toutes les puissances (I rame.
a Appliquons au genre humain ce qui vit « dVire dit sur la nature de l'homme en géoéml, « et remonlons à wn berceau. .\bandonné à luia même, à ses passions, à ses inceriitudes, pou- « vait-il, voyageur isolé aux déscrls de la vie, (I s'engager dans le^ sentiers de la perfection, « sans qu'une main paternelle lui indiquât te but « et le chemin? Pouvait-il, sans une éducation « puissante, s^ans une parole divine, secouer les « chaînes de la matière, et atteindre à la hauteur «du monde spiriluei? Dieu donc coniersa avec a riiomme des anciens jours; il se révéla à lui '( dans toute ^a pureté et sa grandeur. Il fit plus : « il révéla l'homme à lui-même; il lui fit con- « naître sa nature, sa mission et ses devoirs.
« El l'homme, malgré tous ces bienfaits, suc- " comlia l'i la tentation des sens; il en devint i'es- « dave. Dieu le chasm de m présence; et, dési
t, (téso^^H
« mais déchu, il erra dans le monde, cmporlant « avec lui le souvenir loinlain de la révélation « primitive. Peu à peu les traditions sacrées s'ef- « facèrent de sa mémoire; de dégradation en déc< gradation, il descendit jusqu'au dernier degré c( d'abaissement , et Thumanité eût péri, si la « parole vivifiante ne fût venue régénérer Tu- « ni vers.
« L'Évangile rend l'homme à sa dignité prec< mière ; il lui ouvre une carrière immense dont « le but est Dieu : et, comme la beaulé, la vérité, c< la justice, la sainteté, sont les caractères consti- « tulifs de la perfection divine, les arts, les science ces, la vertu, la religion, sont comme autant de « degrés qui élèvent l'âme au Créateur ; or la relic( gion, étant l'anneau le plus élevé de la chaîne, c< est le couronnement de tous les progrès de l'hu- « manilé ; elle est la sœur aînée de la justice, des ce sciences et des arts.
c< Cependant les nécessités physiques n'ont pas c< cessé d'exister, et l'homme doit y pourvoir. Mais c< qu'il se souvienne que la vie matérielle est l'inc< strument et non le but de son existence ; mais c< qu'il veille sur lui : car, si la chair reprend son c< empire, l'esprit retombera dans son antique c< servitude.
c< Ainsi le Christianisme se présente, non
JHO irËI,4NGES.
a comme une législation exceptionnelle, non o comme la consLitution d'une époque, mais « comme la loi générale, la loi éternelle du genre tt humain. Altenlif à tous ses besoins pour y pour- « voir, à tous ses développements pour les làvo- « riser, il assista à son berceau, il assistera à « son dernier soupir, ou plutôt il l'accompa- « gnera dans la patrie céleste qu'il lui promet : le « Christianisme est donc essen(it;llement catholi- « ^lœ (1), »
(1) Celle doclrine n'esl jioinl celle d'un i&û homme; c'est le sammaire &o la philosophie des Lirres BainU, des Pères et des Doc- Iton.de rËgiise.
Ses premières traces se perdent dam l'antiquité la filtig reculée; elles apparaissent plusieurs fuis dans les psnumcs de David, surtoiil dans les provei-hes de Saloinoii ; on les retrouve encore eiiviiloiipécs de mjslÈres et d'allégories dans les traditioDS de la Perse et de l'Iode, d'Orphée et de Pjttiagore, Platon s'en emparn, et les réduisit en système. Toutefois sa position au rein du paganisme devait voiler pour lui une portion de la vérité. Une lac.une exista donc dans ses enseignements : il conjectura la nécessité du Veiite révélateur; mats il ne sonda point la profondeur de cette idée, et li théorie du Ao-yi; ne se montra dans sa doclrine que comme un germe imparfait.
Hais, dés la naissance du Christianisme, celte grande pensée apparut lumineuse dans les écrits de ses apôtres et de ses dérenseois. Elle existe même dans les livres les plus vénérahles : à la tête de l'ËTaogile du disciple bien-aîmé et dans les £pitres immortelles de saint Paul. Faut-il donc s'étonner si les premières conquêtes de h foi furent des adeptes de Platon? ils trouvaient dans cette religion divine le complément de toute leur science; et d'ailleurs, le plato- Ttitmc, Écmrteinenl. lointain de la révélation priftiitiïe, ne devait-il pas SD confondre avec la révélation nouvelle qui venait, comme un bvuu neuve, puriGer et féconder l'univers? Justin, Athcnagore,
Sans doute de profondes réflexions philosophie ques pourraient décider entre ces deux grands systèmes ; et les discussions dans lesquelles nous entrerons ultérieurement n'y seront pas étrangères. Mais ici c'est l'histoire qui est appelée à trancher le nœud : c'est en comparant les théories avec les faits qu'il sera facile d'en apprécier la valeur.
Nous nous livrerons donc à un consciencieux examen ; et, portant successivement nos regards sur l'antiquité, le Christianisme et les temps modernes, nous nous efforcerons de tirer de celte étude des conséquences lumineuses, de grandes et importantes leçons.
rent sceller cette belle alliance, ou plutôt ils accoururent dans les bras de rÉglise, comme des fils dans les bras de leur mère.
A une époque plus moderne, ces belles doctrines, longtemps obscurcies par la scolastique, ont repris un nouvel essor. Descartes donna le signal ; avec lui marchèrent Malebranche, Bossuet et Fénelon, Leibnitz et de nombreux philosophes de Técole allemande. Et, de nos jours, nous avons vu sur les ruines du matérialisme s'élever encore la philosophie platonique et chrétienne à qui Tavenir appartient. Voyez pour la philosophie du Christianisme le livre des Proverbes et YEcclésiastiqtie, passim; Évangile selon saint Jean, chap. i; saint Paul, Épîtres^ passim; saint Justin, Apologies; saint Clément, Stromates; Origène, contra Celsum; saint Augustin, de Quantitate animceiy etc., etc.; Fénelon, Existence de Dieu; Bossuet, Connaissance de Dieu et de soi-même; de Donald, Recherches philosO' phiqties; Cousin, Fragments philosophiques ; Lamennais, etc., etc. Voyez encore Degerando, Histoire comparée des systèmes, chap. xxii.
OD a cm, et an àède |BaBë a encore, qoe b pFemière nli^ioa de l*k Aé DA grofiâer fétictôs^. Les sa« feersuadês qœ les saorases aateor^ de Tufitx Inimûne axateol dâ >'ageiMniiller denal la ffaé- U poor leur offrir l'hiiMnii^t de 4|B» adoratnai et de leurs U^reois. Eb&b eo l^élait habitué i répéier avec laaiot : frimmt m «Hk rfw» fml tim-f.
Cependant aœ altralioa plus sâ-iea^ se porta sur ce sojet. îies recherches approfondtes fiirenl eatrefHÎses {MÎiieipalmieiU en Alkmagae, am Indes, en Amériqtie, poor retrouver les défais du mmde primitif : d'étMUunts rèsaltals ool cooreanéoes efCurts.
la mjfholc^e grecque et rcmaîne, si oMa|dt> ^■ée, 9 fertile en apoAàiscs, si ridie de fictioBS. ifal»anlilés laèaie, aux temps de Pérîdès ci d'Aii^nïte, M simpKfie d*iint naniàv meirralleiBe à mesmc qa'on renMnie à de« àèdes plus ifîfnii. H y a sans c<«lredit hien fiuf d'ooilê et de ftnSimàiBar dans les iraditHns mphiques qoe
RÉFLEIIONS SUR U DOCTUINE DE SAINT-SIMON. 323
dans la théogonie d'Hésiode ; et la théogonie à son tour est bien autrement majestueuse et simple que les métamorphoses d'Ovide. A l'ombre du sanctuaire et sous le sceau du silence, la doctrine des anciens se découvrait aux initiés; c'était l'âme, Tessence de la religion : toute la fable, avec ses inventions bizarres, tout le culte avec ses cérémonies pompeuses, n'en étaient que l'expression figurée. A travers le voile de Tallégorie, on peut signaler les traces d'un enseignement sublime (1). Zeus, le roi des dieux, le souverain seigneur, compose avec ses deux frères la trinité grecque. A sa voix le monde sort du chaos : l'homme, enfant de la boue, est animé d'un feu céleste ; l'âge d'or se lève sur son berceau. Mais voilà que la femme a perdu le genre humain : tous les maux s'échappent de la boîte de Pandore ; il n'y reste que l'espérance. Le siècle de fer a commencé ; il durera
(1) Voici le jugement que le savant Creutsîer porte sur les mystères des Grecs :
<c Dans ces traditions emblématiques des temps antérieurs que les {( mystères exprimaient sous une forme sensible, étaient repré- « sentes les grands élres qui président au monde, procédant à « l'œuvre de leurs créations, le Démiourgos avec le soleil et la « lune, avec Hermès, ou la parole de la sagesse revêtue d'un corps... « On gravait dans le cœur des Époptes les hautes vérités d'un Dieu « unique et éternel, de la destination de l'univers et de celle de « l'homme... On exprimait la doctrine de la palingénésie et de t l'immortalité de Tâme. » (Symboîik und Mythologie, etc» 4 Theil Seite 518, zweite Ausgabe^ 1821*)
ÏÉUSGES.
jusqu'au jour où un enfant divin viendra effaccrli lâche du crime originel (!).
Vcul-on remonter à une époque plus reculée? D'une part, se présentent les Pélasges, premiers
(]) L'idée dtel faute originelle el du révélaleur i venir se ttûan «ouTenl dans les livrps de Platon.
s Ne faut-il pas avouer, dil-il duns ca République, ijue tout ce
■ qui Tient des dieux est Inujours austi excellent que poEsible. h u moins i]u'unc faulo primiliie n'v ail entremêlé un mal néces- I Baireî — Sans doute. •
Où» ii[io),6^,iK[itv , lai -ji éwi fliôi. -[ipiTai, itavîii •^x-fivAi.i ù; ït?vii SpiOT»; H fiTi TO àïŒfuis» aùrw kolksv Îx it^oîipa; i(iipTia(
(HrnpX'i — "*"• I*'' '^'- (^ Republica, lib, X ; opcra Ptatonit, editio tttreolypa Liptim, l V.)
Le paKsagt: suivant est plus connu ; a SounATE. 1) est ilonc ncccs- I eaire d'nltendro que quelqu'un vienne nous enseigner quelte doit a être notre conduite envers Dieu el envers les hommes. — ÂLCi-
■ Bi*ne. Quand vicndru ce jour, el quel est celui qui enseignera I ces chose»? — Sockate. C'est celui qui a l'œil auvei't sur loi. »
SnKPATHI. k.yafimXi.t eE< hn 7nfty.itui lu; ii n; inSii ii; St'. Tfè; 0iob; xal icp; inSpùneu; Sitatâôtu. — AAKISIXAUZ. n^Ti cSv itapîoTsi i -ifâttic cÏto;, xit tÎ; i ■jttaMau^; — lOKP&THÎ. Otrs; ioTU û j^ila tnfi vài, (Alcihiadei tecundu*,) Vojez aussi lo Banquet, l'Epinomii, etc.
Colle pensée se reproduit dans uue multitude de fables mythologiques. L'est Apollon, le fils de Zcus, descendu sur In terre pour exterminer le terpenl Pijthon ; c'est Héraclès, force divine incarnée pour la destruction du principe du mal; c'est ce Dieu sauveur jSuTiqo}, attendu pour délivrer l'univers ; c'est cet enfant mystérieux chanté pur Virgile : ^^
On peut encore consulter sur ces différonls inytbes Fragment* orphique»; Hésiode, Théogonie; Ovide, IHétamorphoKs, 1. 1; Hésiode, les Œmret et les Jourt, v. 60-1901 Virgile, Géorgiques, i. 11. vers bi^: Égloguei ; Pialou, patiim, etc., elc,
habitants de l'Hellade, adorateurs d'un Dieu-Pro-' vidence, sans idoles et sans nom(l). Et, de Tautre côté, c'est la mystérieuse Egypte, avec ses sphinx et ses hiéroglyphes; l'Egypte trop longtemps calomniée, parce qu'elle était mal comprise. Aujourd'hui une main puissante a remué la poussière des pyramides et réveillé la grande pensée religieuse qui dormait dans les ruines de Thèbes et de Memphis, et du milieu des innombrables et monstrueux symboles on a vu apparaître le dogme du Dieu triple et un (2).
Un autre savant investigateur de l'antiquité a rapporté du centre de l'Asie le Zend-Avesta, monument sacré de l'enseignement des mages : là se reproduisent encore la triade divine, la lutte du génie du mal contre le Dieu très-bon, l'âge d'or, Adimo le premier père, séduit par la ruse d'Arimane sous la forme du serpent, la médiation de Mithra et la venue du Dieu sauveur, les jugements
(1) Avant farrivcc des Égyptiens, selon Uérodote, les Pélasges sacrifiaient aux dieux avec des prières : ils ne leur donnaient aucune dénomination, aucun nom propre. Us les désignaient seulement sous le nom de Dieux, parce qu'ils avaient établi Tordre et les lois dans T univers.
Êducv ^c icàvTa irpoTtpcv ol ncXao^ci dcoiiai iitiU'/ô^fMOV JircAvu(uv)v ^' cù^* cSvcpt.a ^TTOtsuvr' cù^ivt aÙTécov. 0EOTS èk irpcattvopkaaàv a^toç àno Tcîi toio6tcu, ^Tt KÔo^Ltù 0ENTE2 rà iravra npâ'Ypi'aTa xal iraaa; vopkàç eixov. {ElTEPUH, 1.* II, c. LU.)
(2) Plutarque, de hide et Osiride; GhampoUion, Œuvres; Chateaubriand, Études historiques f tome il.
éternels sur le pont de la mort, les peines et les récompenses à venir (1).
En même temps, les William Jones, les Schlegel, les Creutzer, reconnaissaient dans les pagodes gigantesques de l'Inde, au sein des collèges de Brahmos, le vaste foyer de toutes les traditions orirnlales, dont les rayons se répandirent autrefois à travers TÉgypte et la Perse, jusque dans la Grèce et la Germanie. De laborieuses recherches, en dé pouillant le dogme des formes étrangères, dans lesquelles quatre mille ans d'existence Tavaient enveloppé, ont fait paraître des débris magnifiques encore de la parole primilive. Brahma, Vishnou, Sivii, la triade toute-pnissanle; Vishnou le Verbe, le Médiateur fécondant la matière inerte, et s'incarnant pour raeheter l'homme déchu; le palais de la Divinité ouvert aux âmes des bons; la sombre demeure d'indra qui attend les mânes criminels; la force de la prière [ijaiatri)^ Texpiation par le sacrilice, rimniolation de l'agneau pour Ja rédemption des péchés {Eckiam),,. : tels sont les éléments principaux de ce grand système religieux, qui couvrit durant tant de siècles la moitié de l'Asie et de l'Iinrope^S).
it) /^end'Avesia, Irailuit par Anqiiotil-lHiperroii. Mvm dciAcail.
^^'nptions, Thomas llydo. de Relighne vctenwi Persanim.
•«ulier, Symbolique universelle. F. Schle^^el, Cher die Spra-
RÉFLEXIONS SUR LA DOCTRINE DE SAINT-SIMON. Sftf
Voici la Chine, le vaste empire du milieu^ séparé de tout le reste de l'univers par sa situation et ses mœurs. Ses livres les plus anciens respirent la naïveté de la religion patriarcale. La croyance à un Dieu unique, Empereur suprême, Esprit du Ciel, de vagues notions de la Trinité, le respect pour les morts, l'attente d'un Sauveur saint par excellence, une morale enfin pleine de douceur et de pureté : telle est la doctrine que Confutzée avait recueillie dans les annales et la tradition (1).
Les mêmes idées se représentent dans l'Edda Scandinave, dans les mythes des Finnois, des Slaves et des Celtes. Chez tous ces peuples le nombre trois est celui des dieux qui gouvernent le monde, dans toutes leurs traditions se retrouve la mémoire de la lutte de l'esprit du mal contre l'auteur du bipn et de la chute du premier homme (2). Les hordes
die und Weisheit der Indier, William Jones,- Works. Asiat. ijesearches. Le Catholique, recueil périodique publié par M. d'Eckstein.
(1) Du 1 laide, Histoire de la Chine, Œuvres de M. Abel Rému-> sat. Les Livres de Gonfucius.
(2) Les légendes de l'Edda, pleines de grandeur et de poésie, sont fortement empreintes d s croyances primitives. Odin, le tout-* puissant, engendi e la Trinité Scandinave : Thor, Freyr et Balder, Balder. le plus beau des enfants du ciel. A la voix de cette triade créatrice, le monde s'élance du néant. L'homme parait : Tàge d'or se lève sur la terre : l'arbre de vie et de science, Yggdrasill, étend au loin son ombrage : à ses pieds le serpent rampe, et s'efforce de ronger les racines. Car Loki, Tesprit du mal, a juré la perte du monde; il a juré de faire tomber son courroux sur Balder, l'ami de
538 XÉUKGES.
germaniques adoraient l'Esprit immense qui habite
rhomine et des dieux. Une lutte efrra}ante s'engage; Balder, le fils de Dieu, succombe. Les cieux et Tunivcrs s^abîment avec lui; mais, bientôt rappelés à la vie, ils renaîtront plus glorieux, etLoki, Tuncu, sera charge de chaînes éternelles.
Tel est Tabrégc rapide de Tantique tradition de la Scandinavie; celles des autres peuples du Nord présentent une ressemblance frappante. • La présence aintinuclle de la Trinité dans les mythes relii gieux, dit un savant historien, n'est point un fait particulier à « quelques nations. Le nombre trois et le nombre neuf, qui en < est le carré, se reproduisent souvent dans les croyances celtii ques et allemandes. > (Mone, Geschichte des Heidedthums in nardl, Europa. 1 Theil^ Seite 05.)
Ne seraitr-il pas intéressant d'offrir une table synoptique de toutes les formes que le dogme de la Trinité a reçues chez différents ])euples? J*ai essayé d'en présenter un léger essai dans le tableau suivant, où Ton trouvera les noms de la Triade divine chez plusieurs nations païennes. Le mot dieu, placé entre parenthèses à côté du nom supérieur, indique que cette dénomination collective exprime Tesscnce, la substance divine; le mot de père^ au contraire, indique que TÊtre ainsi désigné est le générateur des autres.
TRINITJÊ DES LAPONS.
ÎThiermes, Storjunkare, Baiwe.
TRINITÉ DES FINiNOIS.
ÎKawc {le Père), Yaînomonicn, Ilmaraïncn.