HISTOIRE DES CHANTS DE MALDOROR
En 1868, Isidore Ducasse termine le premier des Chants de Maldoror et il relit, avec surprise, les pages qu'il avait écrit pendant quelques nuits. Il hésite, 1l doute même. À la fin du Chant I, il écrivait : « S'il est quelquefois logique de s’en rapporter à l’apparence des phénomènes, ce premier chant finit 101. Ne soyez pas sévère pour celui qui ne fait encore qu'essayer sa lyre : elle rend un son si étrange ! Cependant, si vous voulez être impartial, vous reconnaîtrez déjà une empreinte forte au milieu des imperfections. Quant à moi, je vais me remettre au travail pour faire paraître un deuxième chant dans un laps de temps qui ne soit pas trop retardé ! » Le début de cette dernière strophe est en quelque sorte une postface. Isidore Ducasse, qui n'avait pas encore trouvé son pseudonyme, décida de publier immédiatement ce premier chant pour observer l'accueil que ferait la critique et le public. Îl avait tout de même confiance en lui et conscience de la puissance de sa poésie. Il reprend : « La fin du dix-neuvième siècle verra son poète. Puis il hésite de nouveau et ajoute cette parenthèse : « Cepen-
dant, au début, 1l ne doit pas commencer par un chef-d'œuvre, mais suivre la loi de la nature.» Îl cherche une inprimerie et publie une plaquette après avoir essuyé les refus de plusieurs directeurs de revues. | Cette plaquette est couverte d’un papier gris. En s#oicti la description :
Les CHants || DE || Marporor || CHANT PRE-
MIER || par *** || imprimerie Balitout || août 1868 ||
premier chant || prix : 0 fr. 30.
4 plaq. de 52 p., couverture gris clair, impr. en noir.
Aucun article, aucune lettre ne salua l’apparition du Chant I. Mais Isidore Ducasse continue à écrire et il achève le sixième chant. Un ami, probablement Aljréd Sircos, lut avait reproché le manque d’intrigue de son ouvrage. Il répond à ces objections dans la première strophe du Chant VI et annonce : « Espérant voir promptement, un jour ou l’autre, la consécration de mes théories acceptée par telle ou telle forme littéraire, je crois avoir enfin trouvé, après quelques tatonnements, ma formule définitive. C’est la meilleure ; puisque c’est le roman. »
Lorsqu'il eut terminé les Chants de Maldoror ü chercha un éditeur. Il s’adressa aussitôt à un nommé Lacroix, qui venait de s'installer en face de son hôtel. Dans le courant de 1869, 1l délivra les derniers bons à tirer de son livre ei celui-ci allait être broché, lorsque l’éditeur qui se prétendait continuellement en but aux persécutions de l’Empire, en suspendit la mise en vente à cause de certaines violences de style qui en rendaient la publication
périlleuse. Isidore Ducasse se refusait à amender