LES CLUBS ET L'OPPOSITION
Belleville, 1€T février 1809.
M. Ducasse explique que le citoyen Rigault a fait défaut devant le tribunal de police correctionnelle, « et vous allez savoir pourquoi. Savez-vous quel était l’homme qui s’avançait pour défendre notre président ? Cet homme c’était l’auteur de la loi lui-même, c'était Jules Favre, semblable à l’inquisiteur espagnol qui, après avoir condamné ses victimes au bûcher, venait leur donner les dernières consolations. Cet homme était là. Et devant la Sixième Chambre il arrivait pour donner à sa victime, condamnée en son nom, les consolations suprêmes de son éloquente parole d’académicien ! Le citoyen Rigault a préféré faire défaut, et je l’en félicite, que d’être défendu par ce bourreau qui cherche à consoler sa victime ! »
Ménilmontant, 5 février.
M. Ducasse. — Nous avons aujourd’hui à vous dénoncer, et J’emploie ce mot dans sa bonne acception, dans son acception révolutionnaire de 93, un
de ces hommes assez connus, assez tristement connus de la classe ouvrière, qu'ils ont mitraillé dans le temps ; un de ces hommes qui, honorés d’un mandat populaire, traitent les citoyens qui fréquentent les réunions publiques et les orateurs qui s’y dont entendre de mouchards. {Oh !) Je veux parler d’une interruption faite par un homme que vous connaissez, Garnier-Pagès. (Oh ! oh !)
M. de Forcade-la-Roquette disait : « Le pays sait quelle mesure et quelle modération le gouvernement apporte dans ses actes quand il s’agit de réumions publiques. Qui donc aujourd'hui peut ignorer à quel degré de violence et de passion est poussé, dans les réunions publiques qui se tiennent à Paris, le dédain de tous les principes sur lesquels repose la société ? »
M. de Forcade, en parlant ainsi, était dans son rôle. Il commentait à sa manière une parole auguste. Nous n'avons pas à lui en faire un crime. Mais M. Garnier-Pagès se lève alors et s’écrie, en parlant des orateurs des réunions : « Nous verrons qui les paye ! » (Oh ! oh! — Sourdes rumeurs.)
Voilà ce qu'il a dit. Les citoyens qui attaquent les réunions publiques se placent par le seul fait de leurs attaques dans une situation qui sera bientôt, je l’espère, assez périlleuse pour que nul ne cherche aujourd’hui, s’il n’a de bonnes raisons pour le faire, à l’accepter. Mais si quelqu'un est malvenu à nous parler d'argent, si quelqu'un est malvenu à parler de corruption et à dire que nous sommes soudoyés ou par la police ou par d’autres personnes, c'est assurément l’homme que je viens de nommer, l’homme qui, escaladant la popularité de son frère
mort ({Salves de bravos), a été nommé, par un petit nombre de citoyens, membre du gouvernement provisoire.
Vorx. — Ce n’est pas vrai. (Murmures.)
M. Ducasse. — Je vous donnerai le loisir de me répondre quand j'aurai fini... A donc été nommé ainsi membre du gouvernement provisoire, alors qu’on croyait, alors que la majorité croyait que c'était son frère. Et les comptes rendus de l’époque le constatent. Garnier-Pagès, le bon, est mort, le mauvais est resté, et vous le voyez aujourd’hui. {Bravos prolongés.)
Cet homme donc qui, malgré son insigne nullité, est arrivé à faire partie du gouvernement provisoire de la France, a-t-1l pris en main, racheté par des convictions ardentes et démocratiques, et sa nullité et ses fautes ?... A-t-1l pris en main les intérêts du peuple ?
UKE voix. — Oui. f Rumeurs.)
M. Ducasse. Nous allons le voir. A-t-1l enfin racheté son incapacité par des actes de civisme ? Ses actes de civisme sont faciles à indiquer. (Oh ! out. Rires.)
C’est lui qui en parlant des insurgés de juin, s’est écrié : Q Il faut en finir avec les agitateurs. » (Oui !) Il a voté contre toutes les mesures démocratiques. ! a applaudi à la formation réactionnaire des ateliers nationaux, qui portaient en eux-mêmes leurs germes de mort, et dont la création était l’indication d’une réaction naissante, qui a eu son effort
dans les Journées de Juin, et qui faisait, dès les premiers jours, pressentir aux vrais amis de la chose publique l’horrible boucherie de ces Journées de Juin dont je viens de parler.
Or, cet homme, ce Garnier-Pagès, qui, dans ces journées néfastes de Juin et dans celles de Mai, n'avait eu que des sourires paternels pour les bonnets à poils (rires, bravos), cet homme a voté deux fois contre l’amnistie. Si ces actes ne suffisent pas, rappelons-nous le nom de celui qui a été le créateur de l'impôt des 45 centimes, impôt impopulaire qui a fait déconsidérer la révolution. {Cinq salves de bravos.)
Eh bien ! citoyens, c’est cet homme qui, les mains rouges du sang de Juin et la bouche souillée des serments prêtés à tous les régimes.
Voix. — Oui! (Bruit, bravos.)
M. Ducasse. — C’est cet homme qui vient nous dire, à nous qui ne l’avons pas attaqué, réservant à la justice populaire le soin d'accomplir son œuvre, c’est cet homme qui vient nous dire : « Vous êtes des vendus ! » (Bruit.) Mais sait-1l que notre silence envers lui n’était pas du respect, mais de la pitié? Sait-1l, ce Garnier-Pagès, que, si nous n’avons pas attaqué plutôt et ses mesures réactionnaires et ses discours, c’est que nous disions, nous qu’on considère comme des agitateurs : « Soyons indulgents envers ces vieux criminels, qui tenteront peut-être de racheter un passé souillé par un présent et un avenir honnêtes ? » Eh bien! Ils viennent nous appeler les soudoyés de la police !
Lorsqu'ils prétendent que la démocratie doit se orouper, ils déconsidèrent ceux qui cherchent à la orouper dans les réunions. Ah! si vous voulez faire de l’union libérale ! Vous voulez vous unir aux Falloux, aux légitimistes, à tous les cafards de l’expédition de Rome! {Triple salve de bravos.)
Et parce qu’à l’encontre de vous, qui vous êtes servis comme auxiliaires et des fusils de Juin et des champions de Rome, nous venons dire, au nom des Droits de l’homme : Il faut que la démocratie soit une, et que le rôle des républicains soit un rôle de conciliation ; il faut qu’entre toutes les écoles de la démocratie 1l se fasse une entente préalable sur la chose la plus nécessaire, qui est le renversement absolu de l’ordre économique actuel; parce que nous disons cela, vous nous insultez, tandis que vous, vous vous alliez avec toutes les soutanes et tous les vieux sabres rouillés de la réaction ! (Bravos prolongés.)
Ah ! vous êtes des hommes de l’Union... c’est-adire que vous avez fait des rapports et que vous avez pratiqué l’ostracisme à l’égard des Caussidière, des Louis Blanc, des Ledru-Rollin ! (Bravos.) Vous avez transporté en Afrique et en Amérique une foule de citoyens ! Vous avez fait plus de mal que toutes les réactions, et vous venez nous dire : Nous sommes les hommes de la conciliation ! Parce que vous avez avec vous les Changarmier, les Berryer et toutes les vieilles marmottes (Salves de bravos), je vous le déclare au nom de la démocratie trahie : vous n'êtes plus rien pour elle! L'homme des 45 centimes, qui nous attaquez et nous traitez d'agents de police, votre nom, c’est pour nous le
synonyme de l’exécration et de la honte populaires ;
je le mets presque à côté du nom de M. Darimon. {Tonnerre de bravos.)
Belleville, 8 février.
M. Ducasse tient beaucoup à signaler cette coahtion de la presse contre les réunions, coalition dont fait également partie l’Opinion nationale, où écrit cependant M. Ch. Sauvestre, ce mangeur de prétres. (Rires et bravos.)
Ici se place un nouveau récit de l’arrivée de M. Garmer-Pagès au gouvernement provisoire ; d’après l’orateur, 1l a usurpé la réputation de son frère mort, et 1l ajoute : « Dans la soirée du 24 février, la république était faite ; un homme écrivait à un ministre déchu : « Il y a encore des chances pour le comte de Paris et Madame la Duchesse d’Orléans régente. » Cet homme, c'était Garnier-Pagès.
(Bravos.)
Histoire de la fondation des ateliers nationaux sous l'inspiration de M. Garnier-Pagès (voir réunion au Montparnasse). « L’organisateur de ces ateliers nationaux fut, dit l’orateur, le très précieux ami de M. Garmier-Pagès, M. Marie, qui, l’autre jour, déclarait qu'il soutiendrait à Marseiile M. Barthélemy contre notre cher ami Gambetta... (Bravos.) Aux journées de Juin, quel est l’homme qui, avec ses longs cheveux, sa physionomie paterne, quel est l’homme qui, obséquieux devant la force
et implacable devant la faiblesse, s’écrie : « Il faut en finir avec les agitateurs ? » (C’est Garnier- Pagès. »
Depuis, ni le sang des victimes de Juin, ni les mitraillades, mi les fusiÎilades, n1 la mise de Paris en état de siège, n’ont suffi à cet homme si doux. Il a voté les transportations sans jugement, les conseils de guerre, et deux fois 1l a voté contre les amnisties. (Bravos, bravos. C’est vrai!) Ce n’est pas lui qui était au mieu de cette troupe de gardes nationaux et de mobiles qui se faisaient tuer en combattant contre les insurgés, défenseurs d’un mauvais principe, mais dont la mort n’en a pas moins été un fait très respectable. Sept généraux furent tués, mais M. Garnier-Pagès se porte bien. (Non ! Non {)
Lorsque les grandes bêtes de proie ont fait leur œuvre, on voit sortir pendant la nuit de leur caverne des lynx et toute sorte d’autres bêtes qui, aussi lâches que sanguinaires, vont s’acharner sur les cadavres, les déchirent et les mutilent. Voilà ce qu'a fait Garnier-Pagès ! {Salves de bravos.) Et l’on vient aujourd’hui... {Bruit.)
Je ne vous parle pas de son attitude depuis... Je ne vous dirai pas que cet homme, qui avait juré de ne jamais prêter serment, qui disait : Pour qui me prenez-vous de croire que je vais prêter serment P? l'a cependant donné des deux mains, ce serment | On me répondra : Il y a du civisme là-dedans : c’est afin de sauver le parti. »
L'orateur examine de quelle façon M. Garnier- Pagès a voulu sauver ce parti, et si le parti républicain radical est vraiment le parti de M. Garaier-
Pagès. « Non, dit-il, vous avez fait l’union, cette union qui s'appuie sur M. Barthélemy, un légitimiste, à Marseille, et laisse de côté Gambetta. Nous Pavons vue déjà, cette union, s’appuyer sur M. Dufaure, l’orléaniste-bonapartiste ; sur M. de Falloux, qui... (mots perdus), et qui, deux jours avant le 2 décembre, apportait à l'Élysée son petit projet de coup d’État, elle s'appuie encore sur tous les vendus qui ont conduit en exil les Caussidière, les Barbès, les Louis Blanc et tous nos frères révolutionnaires. { Bravos.)
Ce sont nos assassins d’iner, nos fl:'teurs d’aujourd’'hui, et, si nous n’y prenons garde, nos assassins de demain, qui viennent nous parler d’union! De l’union avec eux, jamais ! » {Bravos.)
M. Ducasse donne lecture de la résolution votée à l’unanimité dans la dernière réunion tenue à Montparnasse. En voici le sens :
« L'assemblée, après avoir pris connaissance de l'interruption faite par Garnier-Pagès au Corps Législatif, tendant à établir que les orateurs des réunions publiques sont payés par la police, déclare que l’insinuation de Garnier-Pagès, comme celle d’Ulbach, doit être livrée au mépris et à l’indignation de tous.
« L'assemblée fait en outre savoir à M. Garnier- Pagès que ceux qui apprirent à le connaître en Juin par les mitraillades et les transportations, et qui ont eu la faiblesse de le croire converti à ce point à la démocratie, qu'ils ont voté pour lui aux élections dernières, en reviennent à leur première
opinion sur son compte ; ils l’ont payée assez cher pour avoir le droit de la conserver. » { Bravos.)
LE PRÉSIDENT. — Je crois qu’il n’y a qu’un mot à ajouter à cette résolution : c’est que les citoyens réunis à Belleville constatent purement et simplement que M. Garnier-Pagès n’a jamais changé : voilà tout. {Bravos.)
M. Ducasse. — Citoyens, qu’on déclare qu’il n’a pas changé en général, mais que, dans ce cas particulier il en a menti. (Bruit, bravos, réclamations,
cris.)
Quote rerene. shoes sus retenslisie eee + 21e cle je) 1e +6 215% )6e c'e 0 ss vestes our
BABLE DES MATIÉRES
pages RU 0ASSE. 0 Li A 11 Les CHanTs DE MALporor.
0 TC RNA 59 a ixièeme. LT US 105 D romième .: 1... 14... JU ri 2 174 D airiôme... ........104.. eue 1, 213 M Um... eue. 255 éme. lu um lama an TLC 299 Histoire DES « CHANTS DE MALDOROR »,....... 345 LE 5 A ou à 355 BR LE ODES GPOÉSIES ).. ... sise eee 399 A OS A EE 403 ÂPPENDICE.
MT DO HAISSANCE :.. do oo ce nes Le 413 LR OT EM EE NS RS RE 415 La première édition du Pre Chant de A nn ao een ca ce ren 419
Ducasse dans les réunions ne de 1869, 421
our constituer la première édition de ce livre, P achevée d'imprimer le quinze mars mil neuf cent vinot-sept par les Presses Modernes, à Trovesen-Champagne, 1l a été tiré 325 exemplaires sur vélin Montgolfier, d’Annonay, numérotés de 1 à 325, les 20 premiers étant hors-commerce et réser-
vés aux Amis du Sans Pareil.
RATE MOTTE) MOTS FrMs TT 16
hu re durstls RSR 1 ARR LS