PARTIE CINQUIÈME. — CUAPITRE I
ce monde, pour puissante, bonne et sage qu'elle paraisse ; mais qu'il mette tout son appui et toute sa confiance en Dieu seul, et en son infinie bonté, sagesse et puissance.
Durant la profession d'humilité qui se fait tous les matins à la fin de l'oraison, et qui commence ainsi : Domine Jesu Christe, nihil sumus..., chacun se donnera de tout son cœur à Xotre-Seigneur, pour porter l'effet des paroles qui se disent, et pour entrer dans son esprit d'humilité.
Ceux qui, dans le monde, ont été de basse condition et de pauvre naissance, se réjouiront d'avoir ce moyen d'abaisser et mortifier leur superbe, et d embrasser l'abjection et le mépris.
Ceux qui y ont eu quelque qualité et avantage, s'efforceront d'autant plus de s'humilier, de peur que cela ne leur soit un sujet de se préférer aux autres et de les mépriser.
Afin d'étouffer la vanité qui souvent accompagne la science, il ne sera point permis, dans la Congrégation, de prendre les degrés de docteur ni de bachelier l ; et personne n'y portera le nom de Docteur, ou de Maître, soit par écrit dans les registres et dans les actes publics de la Congrégation, soit autrement.
S'il y entre quelques docteurs ou bacheliers, ils n'auront point d'autre rang ni privilège que les autres, ni la considération de ces qualités ne leur donnera point davantage de part aux charges de la Congrégation ; car elle fait profession d'estimer et aimer en ses enfants, non pas la haute science ou éloquence, ou une grande naissance, ou les autres qualités que le monde estime, mais la véritable piété et la solide vertu
C'est pourquoi les hommes savants, les grands prédicateurs, les personnes nobles et ceux qui auraient eu
1. « Que par un ordre exprès du Supérieur de la Congrégation. »
Paroles ajoutées de la main de M. Blouet de Camilly, dans le manuscrit original.
quelque charge ou qualité relevée dans le siècle, ne seront point plus considérés et honorés parmi nous pour ce sujet ; mais on aura grande estime et respect pour ceux qui seront véritablement humbles, obéissants, simples, charitables, débonnaires, zélés pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes, et fidèles en l'observance des Règles et Constitutions.
Et parce que les Prédicateurs et les Supérieurs sont beaucoup exposés au péril de la vanité et de la superbe, on leur aidera tant que Ton pourra à se défendre de ce monstre, et à conserver l'humilité.
Pour cet. effet, les prédicateurs ne seront point dispensés ordinairement, sous prétexte d'étudier, de suivre l'ordre de la Communauté, et de garder les mêmes règles que les autres, sinon quand la nécessité le requerrera, au jugement du Supérieur.
Et d'autant que les louanges sont la peste et le venin de l'humilité, quiconque craindra de. les empoisonner, s'abstiendra de les louer pour leurs prédications, si ce n'est fort sobrement et pour encourager ceux qui commencent : Mais on aura soin de leur donner quelqu'un qui les avertisse charitablement de leurs défauts.
Les Supérieurs n auront rien de particulier, ni plus que les autres, ni en leurs habits, ni en leur repas, ni en quoi que ce soit, sinon en cas d'infirmité.
Ils feront l'humiliation pour s'accuser principalement des fautes qu'ils auront commises en leur charge, trois fois par an : une fois devant celui qui fera la visite annuelle et devant la Communauté, et les deux autres fois au vendredi comme les autres, quand ils le jugeront bon ; et alors l'Assistant présidera en cette action.
Ils la feront encore lorsqu'ils seront déposés de leur charge.
Quand un Supérieur sera déchargé ou déposé, il demeurera pour le moins un an en cet état., et durant cette année il tiendra la dernière place entre les prêtres de la