Luc. XXIII
sœur Marie m'a donnée, avec Toriginal démon teslainetit, dont cette copie restera', avec le Contrat d'alliance que j'ai fait avec la bienheureuse Vierge, et surtout avec la sainte image qui est faite en partie de saintes reliques et qui est dans une petite niche de cuivre doré*.
10. De toute rétendue de ma volonté, je me donne à Tamour incompréhensible par lequel mon ^ Jésus et ma toute bonne Mère m'ont donné leur très aimable Cœur d'une manière spéciale, et en union de ce même amour, je donne ce même Cœur comme une chose qui est à moi et dont je puis disposer pour la gloire de mon Dieu ; je le donne, dis-je, à la petite Congrégation de Jésus et Marie, pour être le partage, le trésor, le patron principal, le cœur, la vie et la règle des vrais enfants de cette Congrégation. Comme aussi je donne et dédie cette même Congrégation à ce divin Cœur, pour être consacrée à son honneiir et à sa louange dans le temps et Téternilé, suppliant et conjurant tous mes bien-aimés Frères de s'efforcer d'y rendre et faire rendre tout Ihonneur qui leur sera possible ;d en célébrer les fêtes et les officesaux jours qui sont marqués dans notre Propre, avec toute la plus grande dévotion qu'ils pourront, et de faire quelques exhortations sur ce sujet dans toutes les missions ; de s'étudier à imprimer dans leurs cœurs une image parfaite des vertus de »e très saint Cœur, de le regarder et de le suivre comme la rè^le primitive de leur vie et de leurs déportements,et de se donner à Jésus et àMarie dans toutes leurs actions et exercices, pour les faire dans l'amour, dans l'humilité et dans toutes les autres dispositions de leur sacré Cœur, afin que, par ce moyen, ils aiment et glorifient Dieu avec un Cœur qui soit digne de Dieu, Corde
1. « Avec ce mien testament, dont j'en laisserai encore autant écrit de ma main. » Texte de M. Hérambourg.
2. Les Religieuses de N.-D. de Charité de Caen ont le bonheur de posséder presque tous ces objets, retrouvés en bon état de conservalion lors de l'exhumation des restes du Bienheureux en 1810.
Wlll. — TKSTAMIiINT IM h. JKAN KUDKS 173
magno cl nnirno voletili^, ot (pTils soient selon le Ocur de Dieu et les vrais enfants du ('(eur de Jésus et de Marie.
11. Je donne aussi ce (lœur très précieux à toutes mes très chères Filles, les Keligieuses de Notre-Dame de Charité, aux Carmélites de Caen', et à tous mes autres enfants spirituels, spécialement à ceux qui ont une affection particulière pour leur très indigne Père, dont les noms sont écrits au livre de vie ; et je les donne tous et chacun en particulier à ce très bon Cœur pour les susdites intentions marquées dansTarticle précédent, et je leur promets que, si mon Sauveur me fait grâce, comme je Tespère de sa miséricorde infinie et de la charité incomparable de sa bienheureuse Mère, j'aurai un soin d'eux tout particulier dans le ciel, et que j'espère que Dieu me fera la grâce de les assister à l'heure de leur mort, avec cette très bonne Vierge. ,
12. Prosterné aux pieds sacrés de mon Jésus, que j'adore conmie l'instituteur, le fondateur, le supérieur et le père de notre Congrégation, comme aussi aux pieds de la Reine du Ciel, que j'honore comme l'institutrice, la fondatrice, la supérieure et la mère de cette même Congrégation , je les supplie très humblement et très instamment, par leur très bénin Cœur, et je prie tout le Paradis de les supplier avec moi, de mettre un homme en ma place pour, la gouverner, qui soit selon leur Cœur, qui répare les fautes icccmparables que j'y ai faites, et qui la conduise dans leur esprit. Et parce que je connais plus que personne les qualités et les dispositions des sujets de la Congrégation, je prie mes très chers Frères de trouver bon que je leur dise qu'il n'y en a point qui soit si propre en toutes manières pour cette charge, que notre très cher Frère ... »
1. 11. Mach. I, 3. — 2. Le texte d'Hérambourg ajoute celles ^e Dieppe.
3. « Il ne le nomme point, et il n'y a point de point final, dans l'original, où il a laissé ces dernières lignes, qu'il a rayées dans l'autre original , mais on ne doute poi nt que ce ne soit M. Blouet dont il veut parlar ». Annales, \. VIIF, §2^1.
13. Je les prie aussi de regarder les Règles et Constitutions que je leur laisse, non point comme une chose qui vienne de moi, mais comme leur étant données de la main de Notre-Seigneur et de sa très sainte Mère, ainsi que tous les offices et prières qui sont dans le Propre et le Manuel de notre Congrégation, et de les observer et pratiquer exactement pour Tamour d eux, leur déclarant que le Fils et la Mère aimeront, protégeront et béniront en toutes manières ceux qui le feront, et qu'ils les traiteront en ce monde et en l'autre comme les véritables enfants de leur sacré Cœur ; mais qu'ils ne regarderont point, ni en la vie ni en la mort, ceux qui mépriseront ou négligeront ces Constitutions ou ces offices, comme enfants de leur Congrégation *.
14. Je donne mon sacré reliquaire d'argent, qui a la figure d'un cœur, que je porte sur moi, à la sacristie de notre Maison deCa^n, pour être attaché inséparablement à l'image de la très sainte Vierge qu'on expose sur l'autel, lorsqu'on chante ses Litanies.
15. Je donne mon crucifix, qui est rempli de saintes reliques, à celui qui me succédera, le priant défaire tous les soirs et tous les matins les actes qui sont marqués dans le Royaume de Jésus, au regard du Crucifix.
16. Je lui laisse aussi la disposition des autres saintes reliques ^que je porte et qui se trouveront dans le petit coffre qui est proche la fenêtre de ma chambre qui regarde le jardin des R. P. Jésuites, et des médailles qui sont là et dans la layette -de ma table, lesquelles je donne par ses mains à ceux à qui il les distribuera.
17. Je le conjure, et tous ses successeurs aussi, de ne manquer pas, tous les ans, de faire la visite de toutes les maisons de la Congrégation^ soit par eux-mêmes, ou
1. Dans la Vie du V. J. Eudes, tome IV, p. 460. l'article 19 a été mis à la place de l'article 13, et vice versa.
2. Layette, et non logetie, comme l'a écrit un des historiens du Bienheureux. « Layette^ tiroir où Ton ramasse les papiers. » Littré.
WUl. — TESTAMENT DU U. IKAN EUDES t7î>
par d'autres, quand ils ne le pourront laircî en p(3rsonne, el d'v observer tout ce qui est marqué dans lesConsliUitions. 18 Je le prie encore de donner ordre que mes Servions ne soient pas dissipés, mais de les faire relier ensemble, afin de les conserver pour la Congrégalion ; et s'il reste quelques-uns des livres que j'ai faits pour le bien des âmes, de les faire imprimer, et môme de faire en sorte qu'on imprime tout ce que j'ai fait, ensemble, dans un volume.
19. Je supplie tous les Supérieurs de la Congrégation de bien étudier et pratiquer les règles de leur oftice, de parler sans cesse à leurs inférieurs par leurs œuvres et parleurs exemples, et de les conduire avec toute la charité, douceur et atTabilité possible. Et je conjure tous les vrais enfants de la Congrégation de rendre toujours à leurs Supérieurs tout le respect, l'afTection et l'obéissance qui sont dus à ceux qui nous tiennent la place de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Car de ces deux devoirs des supérieurs et des inférieurs dépend la conservation et tout le bonheur de la Congrégation.
20. Ayant reçu de notre cher Frère Richard le Moine de grandes assistances en tous mes besoins extérieurs et durant plusieurs années, je prie tous mes chers Frères, spécialement celui qui me succédera, d'avoir pour lui la mêmecharité qu'ils auraient pour moi, sij'étais encore en ce monde.
21. Enfmdetoutmon cœur, je me donneàmon trèscher Jésus, pour m'unir à toutes les saintes dispositions avec lesquelles lui et sa très sainte Mère et tous ses Saints sont morts, embrassant pour l'amour de lui, toutes les peines de l'esprit et du corps qui m'arriveront en mes derniers jours, lui protestant que je veux que mon dernier soupir soit un acte de très pur amour vers lui, et le suppliant d'accepter et de me conserver pour l'heure de la mort tous les sentiments et tous les actes de religion qui sont marqués sur ce papier.
Voilà mon testament, dont je supplie très humblement mon très aimable Sauveur et sa très bonne Mère, par leur très bénin Cœur, d'être les exécuteurs, et de faire en sorte que tous les articles qui y sont contenus soient accomplis en la manière qui sera la plus agréable à la très adorable volonté de mon Dieu.
Amen, amen. Fiat, fiat. Veni, veni, veni. Domine Jesu.
Fait à Paris, ce 24 avril 1671.
Jean Eudes, Prêtre Missionnaire de la Congrégation de Jésus et Marie.