‹ Œuvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 3)Chapitre 79 sur 240 · XXI. - ACCORD · texte numérisé non relu

XXI. - ACCORD

Entre les Prêtres de la Congrégation de Jésus et Marie et les Religieuses de Notre-Dame de Charité '.

Comme il n'y a rien qui déplaise tant à Dieu, qui s'appelle le Dieu de paix et de cha^rité, que le trouble et la division, ni rien qui lui soil plus agréable que la paix et la concorde, spécialement entre les personnes qui sont consacrées d'unemanière particulière à sa divine Majesté, tels que sont les ecclésiastiques et les personnes religieuses : les Prêtres du Séminaire de Caen et les Religieuses de Notre-Dame d(e Charité ayant sujet de craindre qu'il n'arrive quelque trouble et division entre les deux Communautés, à raison de quelques ditTérends qui sont survenus au sujet de certains intérêts temporels qui ont besoin d'être éclaircis ; pour éviter les inconvénients qui en pourraient naître, les dits Prêtres et Religieuses sont convenus ensemble, de leur pure et franche volonté, et par un consentement unanime, de s'obliger mutuellement à tenir et exécuter inviolablement les articles suivants :

Premièrement, Messire Jean Le Houx, sieur de Langrie, Président au Parlement de Rouen, quia fait la fondation des dites Religieuses de Notre-Dame de Charité, ayant fait une reconnaissance écrite et signée de sa main, du 18 d'Octobre de l'année 1651, dont les dits Prêtres sont saisis, par laquelle il déclare que, des quatorze mille livres prêtées dans le contrat de la dite fondation, il y en a quatre mille qui sont provenus des deniers appartenant aux dits Prêtres du Séminaire de Caen : ces mêmes Prêtres déclarent qu'ils ne prétendent point demander jamais

1. Rtcue l de Caen, à la fin. Cf. Costil, Annales^ 1. 8, n. 28.

la répélilion de cette somme, Tayantclonnée et la donnant derechef, en tant que besoin serait, librement et volontairement, et de tout leur cœur, pour l'amour de Notre- Seigneur et de sa très sainte Mère, afin de contribuer, par ce moyen, à l'établissement et au maintien du dit Monastère de Notre-Dame de Ctiarité.

Secondement, outre la dite somme de quatre mille livres, les dits Prêtres en ont encore fourni plus de deux mille six cents, tant pour le louage et Tameublement de la maison nécessaire à la demeure des Religieuses, et pour leur nourriture et subsistance au commencement de leur établissement, que pour les frais de plusieurs voyages qu'il fallut faire à Paris, à Rouen, à Rome et ailleurs, afin d'obtenir des lettres du Roi pour le dit établissement et de les faire vérifier au Parlement, et avoir aussi des Bulles de Notre Saint-Père le Pape. Et comme les dites Religieuses prétendent avoir rendu aux dits Prêtres quelque partie de cet argent, les dits Prêtres soutenant que ce qu'ils ont reçu , à savoir, sept cent cinquante livres, est peu de chose à l'égard de ce qui leur était dû : les uns et les autres ont résolu, pour éviter la contestation et pour conserver l'union et la charité, de sacrifier tous leurs intérêts et prétentions au bien de la paix, se quittant les uns les autres entièrement et sans réserve, de toutte qui pourrait être dû de part et d'autre, et renonçant à jamais, les dits Prêtres pour eux et leurs successeurs, et les dites Religieuses pour elles et celles qui leur succéderont, à s'inquiéter et troubler les uns les autres, ni demander ou répéter aucune chose de ce qui aurait été employé ou restitué de part et d'autre, en quelque manière ou pour quelque sujet que ce puisse être, sans exception ni réservation quelconque.

Et à cette fin, les deux Communautés des dits Prêtres et des dites Religieuses déclarent qu'elles ont donné, cédé et transporté, donnent, cèdent et transportent les unes aux autres tout ce qu'elles pourraient se devoir

WII. — lOHMULK DK V(li:i DU CHASTETÉ 1 S3

mulnoiU'iuciil et se deiuiuidcr les unes aux autres en quel([ue faron et pour (|uol([uo cause que ce puisse être. Ce que les dites Communautés ont respectivement promis tenir et entretenir sur l'obligation de tous leurs biens meubles et immeubles, présents et à venir.

Fait à Caen, au joui'd'liui, IV de novembre, KiTîl.

XXII. — FORMULE DE VŒU DE CHASTETÉ Pour une personne du monde '.

0 très sainte Trinité, Père. Fils et Saint-Esprit, un seul Dieu en trois personnes, prosternée à vos pieds en toute riiumililé et dévotion du ciel et de la terre, je vous adore, vous loue et vous glorifie dans tout ce que vous êtes, et spécialement dans votre très divine et très adorable pureté. Je vous rends grâces infinies, ô mon Dieu, de toutes les faveurs que vous avez faites à la très pure et très sainte humanité de mon Sauveur, à sa très précieuse Mère, la Reine des Vierges, à toutes les saintes Vierges et à toutes les saintes âmes pures et chastes. Je vous demande pardon, ô Père des miséricordes, de tout le déshonneur qui vous a été rendu par tous les péchés qui ont été commis contre la sainte vertu de chasteté, et en satisfaction et réparation, je vous offre tout l'honneur et la gloire qui vous a été et sera rendue éternellem ent par la très parfaite pureté de votre Fils bien-aimé, de sa bienheureuse Vierge et Mère, de toutes les saintes Vierges et de toutes les âmes chastes.

Père saint, j'adore Tamour infini que vous avez pour la pureté ; je me donne à ce même amour, et en sa vertu,

1. Recueil de Caen^ après la lettre LXVlll. Au lieu de '.pour une personne du monde^ ce Recueil porte : écrit de la main de notre bon Père.

184 OPtSCULES ET FKAGMENTS

je me donne à vous pour vivre dans toute la pureté de cœur, de corps et d'esprit qu'il me sera possible, moyennant votre grâce ; et, pour cet effet, en union de toutes les saintes dispositions avec lesquelles votre Fils bien- aimé vous a fait vœu de chasteté et de virginité dès le moment de son incarnation, comme aussi de celles avec lesquelles la Vierge des Vierges, toutes les saintes Vierges et plusieurs autres Saints e't Saintes ont fait le même vœu, je vous fais vœu de vivre en perpétuelle chasteté; pour la seule gloire de votre saint nom. 0 mon Dieu, qui êtes la pureté essentielle et éternelle, je vous donne mon corps et mon âme : anéantissez en moi tout ce qui vous déplaît, et me revêtez de votre sainte pureté.

0 Dieu de mon cœur, je me donne à la haiue infinie que vous avez de tout ce qui est contraire à ia chasteté, afin de le haïr comme vous le haïssez, et je me donne à l'amour incompréhensible que vous avez pour la chasteté. En union de ce même amour, et en action de grâces de la gloire que vous avez rendue et rendrez à jamais a votre Père par cette vertu, je vous donne et vous consacre mon corps et mon âme pour jamais, par le vœu que je vous fais maintenant, de vivre toute ma vie en perpétuelle chasteté. 0 mon Sauveur, vous vous êtes privé, poyr la gloire de votre Père et pour 1 amour de moi, durant trente-quatre ans, d'une gloire et félicité infinie, qui vous appartenait dès le moment de votre incarnation : en union du même amour qui vous a fait porter cette privation, et en action de grâces de Ihonneur que vous avez rendu par ce moyen à votre Père éternel, et de la bonté que vous- avez exercée envers moi, je renonce entièrement et pour toujours, non seulement à tous les faux plaisirs du monde, mais même je vous proteste, ô mon Jésus, que si je possédais toutes les consolations, joies et contentements qui ont jamais été, sont et seront en la terre et au ciel, je m'en dépouillerais maintenant

wii. — KoHMi i.l: bi: v(ii:i m; ciiasteté 1H.*>

pour l'amour de vous, cl vous ou ferais un sacrilicc , niovennant votre grâce, si tel était voire bon plaisir.

i) 1res bon Jésus, qui voulez être l'époux des ûines pures, je reconnais en la face du ciel et de la terre (|U(î je suis inliuiiuenl indigue d'èlie au rang de vos saintes épouses. Mais puisqu'il vous plaît, par un excès de bonté incomparable, me faire cette faveur, je me donne et me consacre totalement à vous, pour vous honorer et aimer comme le divin époux de mon àme, vous protestant, 6 mon très cher Jésus, que, moyennant votre grâce, je n'en aurai jamais d'autre que vous, et que je veux mettre toute ma joie el mon conlenlemeut à vous aimer et gloriticr, et à soufîrir pour l'amour de vous toutes les croix qu'il vous plaira de me donner.

0 mon cœur, ô mon amour, 6 ma vie, ô mon tout! employez, s'il vous plaît, voire loule-puissanle bonté pour prendre une pleine et absolue possession de toutes mes alleclions pour jamais ; enfermez-vous dans mon cœur, et ne permettez pas qu'il y entre jamais rien qui ne vous soit agréable.

0 Jésus, vous êtes tout à moi : que je sois toute à vous pour jamais, et pour votre seule gloire. Je vous donne ma liberté : disposez de moi et de tout ce qui m'appartient pour le temps et pour l'éternité, en la manière qui vous sera la plus agréable. C'est mon unique prétention, c'est mon désir très ardent, c'est ma dernière et irrévocable volonté. En témoignage de quoi je veux signer cet écrit de mon propre sang, pour vous protester par là, ô mon très aimable Sauveur, que je désire, moyennant votre grâce, le répandre jusques à la dernière goutte, plutôt que de rien faire contre ce mien vœu et ces miennes résolutions. Accordez-moi cette faveur, s'il vous plaît, pour l'amour de vous-même et de votre très sacrée Mère.

0 Mère de Jésus, je me donne à vous, recevez-moi, s'il vous plaît, quoique j'en sois infiniment indigne, au nombre des filles de votre très saint Cœur. Je désire vous

186 OPUSCULES ET KKAGMENTS

imiter et vous aimer comme ma très bonne Mère. Ornezmoi, s'il vous plaît, de toutes les vertus convenables à une vraie épouse devotre Fils, etme faites touteselonsonCœur. 0 saintes Épouses de Jésus, ô mon saint Ange gardien, ô bienheureux saint Gabriel, ô bienheureux saint Joseph, ô bienheureux saint Joachim et sainte Anne, ô bienheureux saint Jean l'Évangélisle, ô bienheureux saint François, ô bienheureuse sainte Françoise, ô bienheureux Saints et Saintes dont je porte le nom et les sacrées reliques, ô tous les Anges et tous les Saints et Saintes de Jésus, je vous offre le vœu que je viens de faire : offrezle, s'il vous plaît, avec moi, à mon Jésus, et le priez qu'il me donne toutes les grâces qui me sont nécessaires et convenables pour l'accomplir fidèlement et parfaitement. Ainsi soit-il.

Page 1