XXV. — MAXIMES SUR LA SUPÉRIORITÉ
La Supériorité, par rapport à soi-même, est un des plus dangereux offices de la Congrégation, tant à cause du compte qu'il faudra rendre des désordres qui arrivent par sa faute ou négligence, qu'à cause des dangers où Ton se trouve exposé de consentir aux mouvements de l'orgueil et de l'amour-propre dont on est attaqué dans ces sortes d'emplois.
1. Le Supérieur est obligé de servir tous ses frères, et de pourvoir à toutes leurs nécessités préférablement aux siennes.
'i. Il doit s'employer volontiers aux actions les plus basses, comme le dernier de la Congrégation, suivant le commandement de Notre-Seigneur.
3. Que la charité soit l'âme de son gouvernement; qu'il agisse avec ses frères par prières plutôt que par commandement, préférant la douceur à la rigueur, l'exemple aux paroles, et l'esprit de mansuétude à l'esprit de domination.
1. Annales de Notre-Dame de Charité, livre III, 5i 30. Cf. Ory- Orij^ines, p, 140.
4. Qu'il prie Notre-Seigneur de disposer celui qui a manqué, à faire bon usage de ce qu'il lui doit dire, et qu'en le reprenant il conserve la vue de sa propre faiblesse.
5. Qu'il ne reprenne personne pendant qu'il sentira en soi quelque émotion, pour petite qu'elle soit. Mais quand il le doit faire, qu'il s'humilie devant Dieu auparavant, dans la vue de sa propre faiblesse.
6. Qu'il ménage, autant qu'il lui est possible, la santé de ses enfants, les prévenant dans les choses qu'il leur croit nécessaires ; qu'il prenne garde qu'ils ne s'appliquent avec trop de violence aux exercices de piété; que leurs pénitences soient modérées ; qu'ils ne fassent aucun exercice corporel qui demande de la force, ou aucune étude qui demande de l'application, qu'une heure ou deux après le repas.
7. Le plus grand soin d'un Supérieur dans sa maison, est de veiller exactement à la conservation de la charité, et de faire en sorte qu'il n'y ait qu'un cœur et qu'une âme en tous ceux qui sont sous sa conduite.
8. Qu''il traite ses frères avec cordialité, et que l'affection qu'il leur porte soit la règle de celle qu'ils doivent avoir les uns pour les autres, comme la charité dont Notre-Seigneur aimait ses Apôtres était le modèle de l'amour qu'ils devaient se porter réciproquement.
9. Qu'il ne soit rustique ni sauvage, mais qu'il donne libre accès à tous ceux qui ont affaire à lui ; qu'il s'efforce de les recevoir avec un visage ouvert, quand ils voudront lui parler ; qu'il les écoute à loisir et leur réponde avec douceur.
10. Pendant que le Supérieur est en charge, qu'il ne permette pas qu'un seul iota ou un seul point de la règle soit omis ; qu'il se trouve le premier à tous les exercices, et ne souffre de dispense en sa personne qu'en cas de nécessité, comme les autres.
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XXVI. - CONSEILS Sur l'admission des sujets à N.-D. de Charité '.
H ne fiiLil jamais recevoir aucune lille ù la sainte proft'ssion, qui ii'ail un ^raud /.{'le du salut des àines et un 1res grand désii- d\v travailler. Si elle n\i |>as ce désir, c'est une marque inlaillible c[u'elle nVsl point appelée à cette vocation ; et n'y étant point appelée, et n'ayant point de zèle pour le salut des âmes, il est comme impossible qu'elle y puisse faire son salut ; et non seulement elle se perdrait, mais elle poui-rait être cause de la perte de beaucoup d'autres.
Il n'y a rien de plus pernicieux aux Communautés religieuses, que de recevoir des tilles qui n'ont point l'esprit de leur vocation. Car chaque vocation a une grâce particulière que Notre-Seigneur donne aux ànies qu'il a[)pelle Or, la grâce particulière de votre vocation, mes chères Filles, c'est le zèle du salut des âmes. Si bien que, quand vous voyez une lille qui a de l'aversion pour cet emploi et qui y sent une grande répugnance, vous ne la devez point recevoir, autrement vous vous hasarderiez à pécher mortellement. Et quand même cette tille aurait toutes sortes de bons talents et de bonnes qualités pour servir dans la Communauté, si elle n'a point d'amour pour l'observance du quatrième vœu, ne la recevez point.
Mais si vous voyez une fille qui ait de la répugnance à cet emploi, el. que d'ailleurs elle soit bien résolue de se surmonter et d'agir au rebours de ses iu'clinalioas, en ce
1. fc)xtrait d'un manuscrit intitulé : Explications sur les Règles^ Constitutions et Coutumier des Kelig-ieuses de N.-D. de Charité, tirées r^es réponses de la Bienh. Mère de Chantai, et des écrits et entretiens du Vén. P. Jean Eudes, recueillies par les premières Mères de l'Ordre. Copie faite au monastère de Caen, sur l'orig-inal, 1876. Ce passage est tiré de l'explication de la 1'* Constit. p. ho. Cf. Costil, Annales, 1. G, n 29. Voir aussi Œuvres., iome 10, page 288 : Petit Avertissement.
cas il ne faul poiiil faire de difficultés pour sa réception : car nous ne pouvons pas empêcher les inclinations naturelles ; et quand on les surmonte, c'est un plus grand sujet de mériter, et un moyen par lequel nous pouvons beaucoup glorifier Dieu.
Quant à celles qui sont déjà engagées en cette vocation, si elles sentent des répugnances en Texcercice du quatrième vœu, elles ne se doivent pas décourager, fton plus que celles qui se croient incapables de cet emploi. Il suffit qu'elles se tiennent toujours dans la disposition d'y travailler quand l'obéissance les y emploiera, et cependant, qu'elles offrent à Dieu toutes leurs prières, leurs mortifications et pratiques pour lui demander la conversion des âmes dévoyées.