‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 4)Chapitre 160 sur 369 · CINQUIÈME PARTIE. — ï; XV ~HY · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE. — ï; XV ~HY

que vous avez reçu de lui nue immensité de grâces, de dons et de faveurs inconcevables, générales et particulières, en qualité d'homme, de chrétien et de prêtre; qu'au lieu de lui rendre amour pour amour, vous ne lui avez rendu que des ingratitudes, des injures et des outrages en toutes manières, par paroles, par actions et par le mauvais usage de toutes les parties de votre corps •et de votre âme.

Mourez, mourez de confusion et de douleur ; fondez en larmes, et en larmes de sang ; car quand vous en répandriez assez pour en faire une mer, vous ne pourriez Jamais regretter et déplorer dignement une si monstrueuse ingratitude. Demandez-lui pardon, criant du plus profond de votre cœur : Miserere mei, Deus, secundum magnam miseriçordiam tuant l.

Renoncez de toutes vos forces à l'amour du monde, de vous même et de toutes les choses créées ; et protestez à Dieu que vous désirez commencer à accomplir ce sien commandement : Diliges Dominum Deum tuum ex loto corde ■luo,et ex tota anima tua, et ex omnibus viribus tuis *. Offrezlui, consacrez-lui votre cœur, le suppliant qu'il y anéantisse tout ce qui est contraire à son divin amour; qu'il en prenne une parfaite possession, et qu'il l'embrase entièrement du feu sacré de ce même amour.

Considérez que la première chose qu'il faut faire pour aimer Dieu, c'est de haïr tout ce qui lui est contraire, c'est-à-dire toute sorte de péché tel qu'il soit ; d'en purifier votre âme par le moyen d'une vraie pénitence ; de vous séparer pour jamais de toutes les occasions qui peuvent vous porter à quelque dérèglement ; de travailler fortement à détruire en vous toutes les mauvaises habitudes, et à y faire mourir toutes les racines du pé-

'/'*. L, 1. — 2 Luc. X, 27.

clic, qui sont l'amour désordonné de soi-même, la propre volonté et l'orgueil.

Pour cet effet, demandez lumière à Dieu pour connaître l'état de votre âme, et ensuite examinez-vous rigoureusement et sans vous flatter ; et après avoir reconnu vos fautes et la source d'où elles procèdent, priez la divine miséricorde qu'elle vous donne une vraie contrition, et une grâce puissante et efficace pour vous en séparer et pour en vaincre les habitudes intérieures et les occasions extérieures. Puis avisez aux moyens et aux remèdes les plus propres dont vous pourrez vous servir à cette fin ; et prenez résolution de les embrasser et pratiquer, vous gardant bien néanmoins de vous appuyer sur vos résolutions ni sur vos soins et industries, mais sur la seule grâce et miséricorde de Dieu, que vous devez sans cesse invoquer pour cet effet.

Considérez que la seconde chose que vous avez à faire pour aimer Dieu, c'est d'établir dans votre cœur une ferme résolution de garder exactement ses divins commandements et ceux de son Église ; de suivre soigneusement les règles et les obligations de votre profession : de bien faire toutes vos actions, spécialement celles qui le regardent directement, comme sont toutes les fonctions sacerdotales et cléricales, et tous les exercices de la vertu de religion ; et de ne chercher en toutes choses que de lui plaire et d'accomplir sa très-adorable volonté.

Voyez si vous êtes en ces dispositions, et vous trouverez de quoi vous humilier. Ne vous découragez pourtant pas ; mais entrez dans un grand désir de commencer à bon escient à faire toutes ces choses, et invoquez à cette tin le secours du ciel et l'intercession de la Mère de belle dilection, des Anges et des Saints, spécialement de ceux qui ont excellé en l'amour divin.

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