POUR LE VENDREDI SAINT
A deux heures et demie, la Communauté étant assemblée devant le Saint-Sacremeyit, le Semainier, après avoir dit le
1 Voir la note de la page 370.
Veni, sancte Spiritus, avec le Verset et l'Oraison, prononcera hautement les articles suivants, faisant une petite pause à la fin de chaque article.
\roici la dernière heure de la vie passible et temporelle, de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur la terre. C'est notre Dieu, notre Sauveur et notre Père, qui est agonisant et mourant sur le dur lit de la Croix. Tâchons de lui rendre avec toute la dévotion qui nous sera possible, nos derniers devoirs, qui sont cinq principaux, dont :
Le premier est de l'adorer et d'inviter tous les Anges et tous les Saints de l'adorer avec nous en tous les états et mystères de sa vie passible et mortelle, et spécialement de l'adorer en son dernier jour, en sa dernière heure, en son dernier moment, en ses dernières pensées, paroles, actions et souffrances, dans les dernières dispositions de son âme sainte et dans son dernier soupir.
Le deuxième devoir est de le bénir et remercier, priant aussi tous les Anges, tous les Saints et sa très sainte Mère de nous aider à lui rendre grâces de tout ce qu'il a dit, fait et souffert, pendant qu'il a été en ce monde, pour la gloire de son Père et pour notre salut.
Le troisième devoir est de lui demander pardon et de lui faire amende honorable, tant pour nous en particulier que pour tout le genre humain, de toutesles injures, offenses et outrages qu'il a reçus en la terre, pendant qu'il y a été, à notre occasion et pour notre sujet ; et, poursatisfaction,lui offrir tout l'amouretriionneur quilui a été, est et sera donné à jamais au ciel et en la terre, par son Père éternel, par son Saint-Esprit, par sa bienheureuse Mère, par tous ses Anges et par tous ses Saints ; comme aussi nous offrir et nous donner à lui pour faire et pour souffrir tout ce qui lui plaira à cette intention. Le quatrième devoir est de nous prosterner aux pieds de notre Père très aimable qui est Jésus, et qui est agonisant et mourant sur la Croix, et de le prier de nous donner
l'AKTIE QUATRIÈME. — ^ Il 393
sa sainte bénédiction avant que de sortir de cette vie mortelle, et que, par la vertu de sa bénédiction, il détruise en nous toute sorte de malédiction, c'est-à-dire toute sorte de péché et d'inclination au péché; et qu'il bénisse nos corps et nos âmes, qu'il bénisse nos yeux, notre ouïe, notre bouche, notre langue, nos mains, nos pieds, notre mémoire, notre entendement et notre volonté, et tous nos sens intérieurs et extérieurs, afin que désormais nous n'en fassions plus aucun usage que pour sa gloire.
Le cinquième devoir est de protester au Fils de Dieu mourant pour nous en la Croix, que nous voulons mourir avec lui et pour lui, c'est-à-dire, mourir au péché, au monde, à nous-mêmes et à tout ce qui lui déplaît, et nous donner à lui pour cette fin, le suppliant très instamment qu'il imprime en nous une image parfaite de sa très sainte mort, et que, par la vertu de cette mort adorable, il nous fasse mourir de la mort précieuse et désirable des Saints, afin que nous ne vivions plus qu'en lui et pour lui.
Après avoir rendu nos devoirs au Fils de Dieu, nous avons encore trois choses à faire au regard de sa très très sainte Mère, dont :
La première, est de nous prosterner d'esprit et de cœur à ses pieds, et lui demander pardon de la mort très cruelle de son Fils et des douleurs très amères qu'elle a portées, dont nous sommes la cause ; et, pour satisfaction, lui offrir tout l'honneur, la gloire et les louanges qui lui ont été, sont et seront données à jamais au ciel et en la terre, par la très sainte Trinité, par l'Humanité sacrée de son Fils, par tous les Anges et par tous les Saints ; comme aussi nous offrir et donner à elle en qualité d'esclaves, avec protestation de la vouloir servir et honorer toute notre vie, en toutes les manières qu'il nous sera possible.
3lJ'l MANUEL DE PRIÈRES
La deuxième chose que nous avons à faire vers la très sainte Vierge, c'est de nous souvenir que c'a été en ce jour que Notre-Seigneur Jésus, étant en croix, nous Ta donnée en qualité de Mère, et nous a donnés à elle en qualité d'enfants, lorsque parlant à elle, et lui parlant d'un chacun de nous, en la personne de saint Jean, il lui a dit ; Ecce Filins tuus : « Voilà votre Fils » ; et lorsque parlant à un chacun de nous, en la personne du même saint Jean, il nous a dit : Ecce Mater tua : « Voilà votre Mère. » A raison de quoi nous devons remercier Notre- Seigneur de tout notre cœur, de nous avoir donné sa Mère pour être notre Mère ; rendre grâces à la très sacrée Vierge, de nous avoir reçus comme ses enfants; et prier ce même Sauveur que, puisqu'il a bien voulu nous associer avec lui, en sa qualité de fils bien-aimé de Marie, il nous rende aussi participants de l'amour filial qu'il a pour une telle Mère.
La troisième chose que nous avons à faire au regard de la Mère de Jésus, c'est de la reconnaître et saluer comme notre Mère, et de lui protester que nous voulons la servir, aimer et honorer comme notre Mère, lui obéir comme à notre Mère, et nous étudier à nous rendre semblables à elle, comme les enfants doivent ressembler à leur mère, et par conséquent à l'imiter en son humilité, en sa patience, en son obéissance, en sa pureté, en sa douceur et mansuétude, en sa charité et en ses autres vertus; comme aussi la supplier de nous regarder, aimer et traiter comme ses enfants, quoique très indignes, de nous protéger et conduire en toutes choses, et de nous servir de Mère en la vie et en la mort.
Après cela, on dira le Stabat Mater, ainsi qu'on a coutume de le réciter au Vendredi ; et même, si la commodité le permet, on le chantera.