DEVOIRS
Qu'il faut rendre à Notre-Seigneur dans le Saint-Sacrement quand il est exposé, qu'on doit lire au Réfectoire, et qu'un chacun lira encore en son particulier.
Notre-Seigneur s'expose dans le Saint-Sacrement pour deux fins : 1. afin de nous départir ses dons et de nous communiquer ses grâces, pourvu que nous nous disposions à les recevoir ; 2. afin de recevoir de nous nos hommages, nos adorations et tous nos autres devoirs, qui sont huit principaux
Lorsque nous nous présentons devant ÏNotre-Seigneur exposé dans la sainte Eucharistie, nous devons nous humilier profondément devant sa face, en la vue de sa grandeur et de notre néant, de sa dignité et de noire indignité, de sa puissance et de notre faiblesse, de sa lumière et de nos ténèbres, de sa plénitude et de notre pauvreté, de sa sainteté et de notre malice : en un mot, de ce qu'il est et de ce que nous sommes.
L'adorer, louer, honorer, glorifier : et prier tous les Anges, les Saints, la très sacrée Vierge, de l'adorer et exalter avec nous, en tout ce qu'il est en sa divine essence, dans sa puissance, force, sagesse, bonté, justice, miséricorde, immensité, infinité, éternité, immutabilité, sainteté, gloire, félicité, amour, charité, et dans tous ses autres divins attributs. L'adorer en sa divine Personne, en la Personne de son Père, et en celle de son Saint-Esprit ; car toutes ces choses sont renfermées dans le très saint Sacrement. Outre cela, l'adorer dans tous les mys-
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tères, pensées, paroles, actions et merveilles de sa vie divine qu'il a eue de tonte éternité an sein de son Père ; de sa vie temporelle qu'il a eue en la terre durant trentequatre ans ; et de sa vie glorieuse qu'il a dans le ciel de puis plus de seize cents ans, et qu'il y aura à toute éternité ; et en toutes les grandeurs et excellences de son Humanité sainte, en laquelle il n'y arien qui ne mérite des adorations infinies. Enfin, l'adorer en tout ce qu'il est, en tout ce qu'il fait, et en tous les desseins qu il a sur toute son Église, et sur nous en particulier, dans ce grand Sacrement; et l'adorer, louer et magnifier pour toutes les créatures, et désirer que tout l'univers se fonde en adoration, en louanges et en gloire à ses pieds.
Lui rendre grâces pour toutes les faveurs qu'il a jamais faites à son Humanité sacrée, à sa bienheureuse Mère, à tous ses Anges, à tous ses Saints, et à toute son Église triomphante, militante et souffrante, à tous les hommes, spécialement à ceux qui ne l'en remercient point, soit qu'ils soient encore en la terre, soit qu'ils soient dans l'enfer ; comme aussi à toutes ses autres créatures, particulièrement à nous. Mais surtout lui rendre mille et mille louanges et actions de grâces, d'avoir institué dans son Église cet admirable Sacrement
Lui demander pardon avec une grande contrition et humiliation, de tous nos péchés, ingratitudes, infidélités, spécialement de toutes les fautes que nous avons commises contre lui en ce Sacrement ; comme aussi de tous les outrages, indignités et mauvais traitements qu'il y a soufferts de la part des Infidèles, des Hérétiques et des Catholiques, et ce à notre occasion et pour notre sujet :
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puisque c'est pour l'amour de nous qu'il est en ce même Sacrement. Et, en réparation, lui offrir tout l'honneur et la gloire qui lui a jamais été rendue en cette divine Eucharistie par tous les Anges et les Saints, et par sa très sainte Mère, avec un cœur rempli d'un désir très ardent de l'y honorer et de l'y faire honorer désormais en toutes les manières qu'il nous sera possible.
L'aimer et tâcher de lui rendre amour pour amour. Et afin de nous exciter à cela, considérer qu'il est tout bonté, tout bénignité, tout douceur, tout libéralité, tout charité, tout cœur, tout amour au regard de nous dans ce Sacrement que saint Bernard appelle pour ce sujet : Amor amorum, l'amour des amours.
Quel amour, de ne se contenter pas d'avoir demeuré pour nous trente-quatre ans en ce monde, mais d'y vouloir faire sa demeure et en tant d'endroits, jusqu'à la consommation des siècles ! Quel amour, de ne s'être pas immolé seulement une fois pour nous en la croix, mais de se sacrifier à chaque moment durant tant de siècles, sur ses autels, pour nous témoigner que, s'il était besoin, il ferait ce sacrifice continuellement, avec les mêmes douleurs qu'il l'a fait en la croix ! Quel amour, de vouloir non seulement demeurer avec nous, mais dans un chacun de nous, d'une manière ineffable ! Quel amour de se donner à nous avec tant de profusion, qu'il ne se réserve aucune chose, nous donnant son corps, son sang, sa divinité, son humanité, tous ses biens, tous ses trésors, tout ce qu'il a, tout ce qu'il est ! Quel amour, de se donner à nous en qualité de viande et de breuvage, pour être notre boire, notre manger, notre nourriture, notre vie, notre force, notre joie, et pour nous unir à lui de l'union la plus étroite, la plus intime et la plus parfaite de toutes, à savoir, de l'union par laquelle l'aliment est uni à la chose alimen-
tée : voire d'une union si admirable, que celle qui se fait entre le corps humain et la viande dont il est nourri, laquelle passe en sa substance et devient os de ses os, nerf de ses nerfs, sang de son sang, chair de sa chair, vivant de sa vie et animée de son esprit, que celte union, dis-je, n'est qu'une ombre et une figure de celle qui se fait entre Jésus-Christ et nous, par le moyen de la sainte Eucharistie! Quel amour enfin, d'avoir prévu un nombre innombrable d'indignités, de sacrilèges, de blasphèmes, d'impiétés et d'outrages qu'on lui devait faire en ce Sacrement, et de n'avoir pas laissé néanmoins de l'établir, sans avoir égard à tous ces mauvais traitements, pour demeurer avec nous, pour se donner à nous et pour nous unir à lui en la façon que je viens de dire ! 0 amour, ô amour, qui ne vous aimera ! 0 Jésus, plus de cœur, plus d'amour que pour vous ! O divin soleil, qui vous communiquez et répandez de toutes parts avec tant de profusion, quand sera-ce que je commencerai à vous aimer comme je dois? O fournaise d'amour, échauffez, enflammez, embrasez, consumez mon cœur, mon âme, mon esprit, mon corps, dans vos divines flammes !
Lui faire des dons «t des présents. C'est un grand Roi, il ne faut pas se présenter devant lui les mains vides. Il est ici comme don de Dieu aux hommes, et comme don des hommes à Dieu: il faut se présenter devant lui avec des dons que nous devons lui faire, en reconnaissance et action de grâces de ceux qu'il nous fait. C'est donc à nous de regarder ce que nous lui offrirons, quels dons nous lui présenterons, et quels sacrifices nous lui ferons. Il se donne lui-même à nous, entièrement et pour jamais, et il se sacrifie sans cesse pour nous, et il fait tout cela avec un amour infini ; nous devons aussi nous donnera lui entièrement et pour jamnis, et nous sacrifier
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pour lui, et faire tout cela d'un grand cœur. Si nous avions tout l'être créé, voire un être incréé et divin, nous devrions le lui donner ; combien davantage sommes-nous obligés de lui sacrifier notre néant ?
Considérer les vertus qu'il exerce dans ce Sacrement d'une manière admirable, pour être notre exemple et notre règle : spécialement son humilité, son obéissance et son assujétissement, sa patience, son amour vers son Père et sa charité vers nous. S'humilier, et lui demander pardon des fautes que nous avons commises contre ces vertus ; prendre résolution de les imiter, et le prier qu'il nous en donne la grâce.
Considérer ces divines et admirables paroles de Notre- Seigneur, qui contiennent en abrégé toutes nos obligations et devoirs en son endroit : Comme mon Père vivant m'a envoyé, et comme je vis pour mon Père; ainsi celui qui me mange vivra pour moi ' ; c'est-à-dire : Comme mon Père m'a donné la vie et sa propre vie, aussi réciproquement je lui rends cette vie qu'il m'a donnée, ne vivant que pour lui. De même je vous donne la vie et je vous donne ma vie, me donnant moi-même à vous pour être votre vie ; aussi vous me devez rendre la vie que je vous ai donnée, ne vivant que pour moi, comme je ne vis que pour mon Père. De sorte que ma vie est l'exemplaire et la règle de la vôtre : et votre vie doit être une image et une continuation de la mienne. Toutes les fonctions de ma vie, et tous les usages des sens de mon corps et des puissances de mon âme, n'ont été que pour la gloire
1 « Sicut misit me vivens Pater, et ego vivo propter Patr<*m ; et qui manducat me, et ipse vivet propter me. » .loan. VI, 58.
de mon Père : ainsi toutes les fonctions de votre vie, et tous les usages de vos sens et de vos puissances, ne doivent tendre qu'à mon honneur. Vous devez vivre sur la terre comme j'y ai vécu. Vous devez avoir les sentiments que j'ai eus, vous conduire par mes maximes, aimer ce que j'ai aimé, haïr ce que j'ai haï, vous réjouir de ce qui m'a réjoui, vous attrister de ce qui m'a attristé e non d'aucune autre chose, parler comme j'ai parlé, agir comme j'ai agi, "souffrir comme j'ai souffert, et pratiquer les vertus que j'ai exercées.
Après avoir bien considéré ces paroles, nous humilier de nous voir si éloignés de leur effet en nous, concevoir un grand désir d'y entrer, se donner fortement à Jésus pour cette fin, le supplier qu'il fasse mourir en nous tout ce qui y peut mettre empêchement, et qu'il y établisse sa sainte vie en la manière qu'il le désire et pour la gloire de son saint Nom ; prier la très sacrée Vierge, tous les Anges et tous les Saints de nous obtenir de lui cette grâce, comme aussi de suppléer à nos défauts, et de lui rendre pour nous tous les devoirs précédents, en lamanière qu'ils connaissent lui être la plus agréable.