‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 247 sur 303 · TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE [II 'rl · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE [II 'rl

aimé: Bienheureux les débonnaires, d'autant qu'ils posséderont la terre*. Et celles de son divin Époux Le Saint-Esprit: « Le serviteur de Dieu doit être plein de mansuétude envers tous » : Servum Domini non oportet ligitare, sed mansuetum rsse ad omncs*. « Une réponse douce et bénigne brise la colère, et une parole dure excite la fureur » : Hesponsio mollis frangit iram ; sermo durus suscitât furorem3. «. Un parler doux et gracieux augmente le nombre des amis, et adoucit l'aigreur des ennemis » : Verbum dulce multiplicat amicos, et mitigat inimicos*.

12. Outre cela, représentez-vous souvent la merveilleuse composition extérieure et la modestie plus qu'angélique de notre aimable Enfant, afin de vous animer à la pratique de cette sainte vertu que le Saint-Esprit ne cesse de vous prêcher et de vous recommander par cette voix apostolique : Modestia vestra nota sit omnibus hominibus5 : « Soyez si modeste, que votre modestie soit connue à tous les hommes ».

Enfin, si vous avez une véritable volonté d'imprimer en vous une ^mage des admirables vertus de la sainte Enfance de votre divine Mère, il est nécessaire que vous employiez trois moyens pour parvenir à cette fin : la prière, la mortification et la vigilance. La prière, pour obtenir les lumières et les grâces dont vous avez besoin pour cela. La mortification, pour mortifier en vous vos passions, vos mauvaises habitudes, et tout ce qui est contraire aux susdites vertus. La vigilance sur votre esprit, sur votre cœur, sur votre langue et sur tous vos déportements, afin de ne vous laisser pas aller, avec vue et réflexion, aux pensées, aux sentiments, aux paroles et aux actions opposés à ces mêmes vertus ; mais plutôt

1 « Beati mites, quoniam ipsi possidebunt terram. » Matth. V, 4. 2. Il Tim. II, 24. — 3. Prou. XV, !. 4. EccU. VI, 5. — "». Philip. IV, 5.

-422 l'enfance admirable

afin d'embrasser avec ferveur toutes les occasions de les pratiquer.

Saint Bonaventure écrit', que la bienheureuse Vierge déclara un jour à sainte Elisabeth, fille d'André, roi de Hongrie, que, hormis la première grâce sanctifiante que la divine Bonté avait versée dans son àme au premier moment de sa vie, elle n'avait eu aucun don de Dieu, ni grâce, ni vertu, qu'avec beaucoup de travail, une oraison continuelle, des désirs très ardents, une profonde dévotion, plusieurs larmes et plusieurs mortifications : employant toujours de son côté tout le soin, la vigilance et la fidélité possibles, pour plaire à sa divine Majesté, en ses pensées, en ses paroles, en ses actions et en toutes choses. À quoi elle ajouta ces paroles, parlant à cette Sainte : « Tu dois savoir une chose, ma fille, qui est très certaine, qu'aucune grâce n'est donnée à l'âme chrétienne que par le moyen de l'oraison et de la mortification tant du corps que de l'esprit. »

Après tout, néanmoins, il est toujours très véritable que la voie des vertus qui conduit au ciel, est beaucoup plus facile que le chemin des vices qui mène à l'enfer, et que ce que Dieu commande est toujours le plus aisé, et que les choses opposées à ses ordonnances sont les plus difficiles. A raison de quoi il nous assure que son joug est doux et sa charge légère : là où, au contraire, on peut dire véritablement que la tyrannie que le démon et les vices exercent sur leurs esclaves, est cruelle et insupportable. Enfin, voici un oracle du Saint-Esprit qui ne se peut tromper, et qui ne peut tromper personne :

1. « Filia, tu credis quod omnem gratiam quam habui, habuerim sine labore ; sed non ita : imo dico tibi quod nullani gratiam, donum vel virtutem habui a Deo sine magno labore, continua oratione, ardenti desiderio, profunda devotione, multis lacrymis, dicendo, cogitando semper placita sibi, sicut sciebam et poteram, excepta sanctificationis gratia qua sanctificata fui in utero matris. Et addidit : Pro firmo scias quod nulla gratia descendit in animam, nisi per orationem et corporis afflictionem ». Médit, vilae Chr., cap. 3.

Le partage de l'homme qui s'abandonne au vice, c'est la tribulation et l'angoisse ; et au contraire, l'héritage de celui qui suit la vertu, c'est l'honneur, la gloire et la paix: Tribulatio et angustia in omnem animam hominis operantis malum ; gloria autem, et honor, et pax omni operanti bonum '.

Page 1