Eccli. XXIV
enfants, de leur graver de bonne heure dans le cœur la dévotion à la bienheureuse Vierge ? Lisez les chapitres trente-six et trente-septième du livre premier de la troisième partie (tes Chroniques de l'Ordre ée &aint-i<famçêiB, et là vous verrez une très pieuse demoiselle qui avait si bien établi cette dévotion dans les âmes de ses enfants, qu'ils ne sortaient jamais de la maison qu'ils n'eussent auparavant récité la Couronne, c'est-à-dire, le chapelet de six dizaines, à deux genoux, devant l'image de la très sacrée Vierge.
Un jour, comme ils allaient à l'école, l'un deux passant par un pont, et s'amusant à regarder, à la façon des enfants, tomba dans la rivière. On court à la mère lui porter ces tristes nouvelles, laquelle, au lieu de remplir la maison et les rues de pleurs et de cris, s'en va droit devant l'image de la glorieuse Vierge, où ses enfants avaient coutume de prier, et ayant dit un Ave Maria pour lui recommander son enfant, elle prend le chemin du pont, où étant arrivée, elle le voit sur l'eau plein de vie, qui lui crie : « Manière, consolez-vous, je n'ai aucun mal, grâces à Dieu. » On le tire de l'eau sans être aucunement incommodé ; on le mène à la maison, où il déclare à sa bonne mère qu*il n'avait rien souffert, et que la Dame qu'ils priaient tous les jours lui avait apparu, et l'avait conservé et soutenu sur l'eau, pour l'empêcher de se noyer.
Voici encore d'autres miracles très signalés, faits en faveur de plusieurs enfants, par l'entremise de la bienheureuse Vierge, laquelle se souvenant qu'elle a été enfant, et qu'elle a l'obligation de sa divine Maternité à la divine Enfance de son Fils, (parce que, s'il n'avait point voulu être enfant, il ne serait point venu au monde par voie de naissance, non plus que le premier homme, et ainsi elle ne serait point Mère de Dieu), elle a un amour particulier pour les enfants, à l'imitation de son Fils Jésus, qui les embrassait avec tendresse, les bénissait et disait :
426 l'enfance admirable
Laissez venir à moi les petits enfants, car c'est à eux qu'appartient le royaume des deux1.
C'est le fameux Juste Lipse qui rapporte ce que je vais dire, dans l'histoire qu'il a écrite de Notre-Dame de Hault, en Flandre.
En l'année 1428, une femme nommée Firmine, dont le mari s'appelait Etienne Morel, de la paroisse de Saint-Hilaire, proche de Cambrai, se délivra d'un enfant mort, dont elle fut extrêmement affligée, parce qu'il n'avait point été baptisé. Il lui resta néanmoins, dans sa douleur, une certaine confiance que Notre-Dame de Hault, qu'elle avait coutume de visiter tous les ans, la consolerait dans son angoisse. Quinze jours après la mort de son enfant qu'on avait enterré dans un jardin, elle pria ses parents de l'exhumer, dans l'espérance qu'elle avait qu'on le trouverait vivant, dont elle ne fut pas confondue. Car ayant été déterré, après plusieurs instances qu'elle en fit, on le trouva tout vermeil, étant seulement un peu blessé sur une joue, où la terre l'avait un peu pressé. On le porte à un village voisin nommé Vertenguel ; on appelle le curé, en la présence duquel l'enfant ayant jeté du sang par le nez, et ayant ouvert les yeux et la bouche plus d'une fois, il lui donna le saint baptême, à la vue de plus de soixante-dix témoins. Après quoi il donna encore plusieurs signes de vie, l'espace de cinq heures ; ensuite de quoi il rendit l'esprit.
Je pourrais rapporter ici plusieurs merveilles que Dieu a opérées dans la chapelle de Notre-Dame de la Victoire, proche de Valognes, au diocèse de Coutances, en faveur de ceux qui y sont allés rendre les vœux qu'ils avaient faits pour implorer le secours de la toujours victorieuse et triomphante Reine du ciel, et nommément d'un enfant qui, étant tombé dans un étang, d'où il fut retiré mort,
1. « Sinite parvulos venire ad me, et ne probibueritis eos : talium est enim regnum caelorum. » Marc. X, 14.
après y avoir demeuré près de deux heures, fut ressuscité en un moment, sa mère s'étant mise à genoux pour implorer la faveur de la Mère de vie, et ayant fait vœu de lui aller rendre ses honneurs et ses reconnaissances en la susdite chapelle '.
Je pourrais encore mettre ici plusieurs miracles signalés que Dieu a faits en faveur de ceux qui ont invoqué le secours de Notre-Dame de la Délivrande, qui est une chapelle de grande dévotion, dédiée à la Mère du Sauveur, à trois lieues de la ville de Caen.
TROISIÈME MOYEN
Revêtir tous les ans une ou plusieurs petites filles, pour l'amour de la sainte Enfant Marie, ou, ce qui serait encore mieux, les vêtir et les nourrir tout à fait, et prendre soin de leur éducation et de les élever en la crainte de Dieu et en la dévotion de notre divine Enfant. C'est à quoi j'exhorte ceux qui ont la commodité de le faire, les pouvant bien assurer que tout ce qu'ils feront au regard de ces pauvres petites filles, pour l'amour de Marie Enfant, elle l'aura aussi agréable comme s'ils le faisaient à ellemême.