‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostoliqueChapitre 135 sur 252 · XVIII. — Excellence et pratique de la Retraite annuelle · texte numérisé non relu

XVIII. — Excellence et pratique de la Retraite annuelle

C'est une chose très sainte', très importante, et dont l'utilité ne peut être parfaitement connue que par ceux qui l'expérimentent, que de prendre tous les ans quelque temps pour vaquer à Dieu, et s'employer dans les exercices de la piété et de l'oraison avec plus de soin qu'à l'ordinaire. Car, comme les personnes du monde, outre la réfection ordinaire qu'ils donnent tous les jours à leurs corps, font encore quelquefois des festins extraordinaires, là où ils se réjouissent plus qu'ils n'ont de coutume ordinairement : aussi est-il bien à propos que tous les chrétiens, qui font profession de vivre saintement, outre les exercices ordinaires de dévotion, aient leurs festins et réjouissances spirituelles extraordinaires, en s'appliquant à Dieu, et en s'employant à l'aimer et glorifier avec plus d'affection et de ferveur qu'à l'ordinaire. Car c'est en cela vraiment que consiste la parfaite joie et les véritables délices, à traiter et converser avec Dieu par le moyen de la sainte oraison.

C'est à quoi saint Paul exhorte non seulement les religieux et religieuses, mais aussi tous les chrétiens, et même les personnes mariées, leur conseillant de se séparer quelquefois pour un temps des usages et obligations mutuelles de leur condition, pour vaquer à l'oraison1.

' « Nolite fraudare invicem, nisi forte ex consensu ad tempus, ut vacetis orationi. » I Cor. VII, 5. e

.'*o2 LE ROYAUME DE JÉSUS

C'est ce qui a été pratiqué de tout temps dans l'Église de Dieu. Car nous lisons de plusieurs saints et prélats de l'Église, que, se démettant du soin de leurs occupations ordinaires et affaires domestiques, ils se retireraient souvent pour quelque temps en des lieux solitaires, pour s'appliquer totalement à contempler, aimer et glorifier Dieu

C'est ce que j'appelle retraite annuelle, parce que cela est pratiqué tous les ans, une fois pour le moins, dans toutes les communautés religieuses dans lesquelles la piété et l'amour de Dieu régnent. Cela est pratiqué aussi par plusieurs personnes du monde, qui prennent tous les ans huit ou dix jours, durant lesquels ils disent adieu entièrement à tous les soins des choses terrestres, et se retirent dans quelque maison sainte, pour s'employer totalement durant ce temps dans les exercices de la piété et du divin amour.

Si votre condition ou vos trop grandes occupations ne vous permettent pas de faire cela de la sorte, ou d'y employer tant de temps, pour le moins tâchez de prendre quelque temps, pour vous employer en icelui aux exercices de la prière et de l'amour de Dieu, plus soigneusement et fervemment qu'à l'ordinaire, en la manière que vous enseignera celui à qui vous avez donné la conduite de voire àme.

Cette retraite se doit faire pour trois fins principales:

1. Pour continuer et honorer les diverses retraites de Jésus ; comme la retraite qu'il a eue de toute éternité au sein de son Père ; celles qu'il a eues : dans le sein de sa Mère l'espace de neuf mois ; dans l'étable de Bethléem l'espace de quarante jours»; dans l'Egypte l'espace de sept ans ; en Nazareth durant tout le temps de sa vie cachée qui a duré jusqu'à l'âge de trente ans ; dans le désert l'espace de quarante jours ; dans le ciel et dans la gloire du Père depuis son ascension ; et dans le Saint- Sacrement, fà où il est comme en retraite et dans un état

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