‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostoliqueChapitre 163 sur 252 · QUATRIÈME PARTIE. — § VIII · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — § VIII

finies ibis. Comme aussi je me joins à tout l'amour que votre Père et votre Saint-Esprit vous portent partout et en toutes les choses qui sont au ciel, en la terre et même dans renier.

XXIV. 0 bonté infinie, il faudrait un amour infini pour vous aimer dignement. Ali ! que de joie pour mon âme, que de contentement pour mon cœur, de savoir que vous êtes si bon, ô mon Jésus, si parfait et aimable, que, quand bien toutes les créatures qui sont au ciel et en la terre emploieraient toutes leurs forces, et durant toute l'éternité, à vous aimer, elles ne pourraient pas vous aimer suffisamment ; et qu'il n'y a que vousmême, avec votre Père et votre Saint-Esprit, qui soyez capable de vous aimer dignement.

XXV. 0 bonté infinie, si j'avais tous les cœurs et toute la capacité d'aimer des hommes et des Anges, voire si j'avais une infinité de cœurs ou une capacité infinie d'aimer, je la devrais toute employer en l'amour de celui qui est infiniment aimable et qui emploie tous les ressorts de sa sagesse, de sa puissance, de sa bonté et de ses autres divines perfections, à m'aimer et à opérer tant de merveilles pour mon amour. Combien donc suisje obligé d'y employer le peu de puissance que j'ai ? Sus donc, ù mon cher Jésus, je veux épuiser et consommer toutes les forces de mon corps et de mon cœur à vous aimer. C'est trop peu : je veux ramasser en moi toutes les forces du ciel et de la terre, qui sont miennes, car vous m'avez tout donné, et les employer toutes à vous aimer ; voire j'y veux employer toutes les puissances de votre divinité et humanité, qui sont encore miennes, puisque vous vous êtes donné vous-même à moi.

Je vous aime donc, ô Jésus, je vous aime de toutes mes forces, c'est-à-dire, de toutes les forces de mon corps et de mon àme, de toutes les forces de toutes les créa-

tures qui sont au ciel et en la terre, et de toutes les puissances de votre divinité et humanité.

XXVI. Mais que fais-je, mon Dieu? Je ne suis pas digne de vous aimer ; il n'appartient qu'à vous-même d'exercer une fonction si sainte et si divine. C'est pourquoi je m'anéantis à vos pieds, autant qu'il m'est possible, dans le plus profond de mon néant. Je me donne tout à vous : anéantissez-moi vous-même, par la vertu de cet amour très-puissant qui vous a abaissé dans notre néant, et vous établissez en moi, afin que vous vous y aimiez vous-même d'un amour digne de vous, et que je vous aime désormais, non plus par moi-même, ni par les forces de mon esprit et de mon amour particulier, mais par vous-même et par la puissance de votre esprit et de votre amour.

XXVII. 0 très aimable Jésus, vous nous assurez dans votre sainte Parole, que votre Père nous aime comme il vous aime1, et que vous nous aimez comme votre Père vous aime*, c'est-à-dire, du même cœur et du même amour duquel il vous aime. Et ensuite, vous nous commandez de vous aimer comme vous aimez votre Père, et de demeurer toujours dans votre amour, comme vous demeurez toujours dans l'amour de votre Père3. Mais, Seigneur, vous connaissez l'impuissance et l'incapacité que j'ai de moi-même à vous aimer. C'est pourquoi, mon Dieu, donnez-moi s'il vous plaît ce que vous me commandez, puis commandez-moi tout ce que vous voudrez4. Anéantissez en moi mon propre cœur et mon

1 « Dilectio qua dilexisti me in ipsis sit. >: Joan. XVII, 26. s « Sicut dilexit me Pater et ego dilexi vos. » Joan. XV, 9.

3 « Manete in dilectione mea. Si prreeepta mea servaveritis, raanebitis in dilectione mea, sicut et ego Patris'mei prœcepta servavi, et maneo in ejus dilectione. » Joan. XV, 9-10.

4 « Da quod jubés, et jubé quod vis. » S. Augustinus, Conf. 1. 10, c. 37.

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