QUATRIÈME PARTIE. — S XII Mi
lotis viribus mets, et magis atque magie amare volo ; ••'esta-dire : « Je vous aime, ô 1res aimable Jésus, je vous aime, ô bonté infinie, je vous aime de tout mon cœur, de toute mon âme et de toutes mes forces, et je veux vous aimer toujours de plus en plus. »
En disant le premier Amo te, il faut désirer de le dire en tout l'amour que le Père éternel porte à son Fils. En disant le second, il faut avoir intention de le dire en tout l'amour que le Fils de Dieu se porte à soi-même. En disant le troisième, il faut avoir volonté de le dire en tout l'amour que le Saint-Esprit porte à Jésus, nous souvenant que le Père éternel, en nous donnant son Fils, nous a tout donné avec lui, comme dit saint Paul1, et par conséquent que l'amour du Père, du Fils et du Saint- Esprit est à nous, et que nous avons droit de l'employer, comme chose nôtre, à aimer Jésus.
En disant : Ex toto corde meo, « de tout mon cœur », il faut entendre cela du Coeur de Jésus, de celui de la sainte Vierge, et de. tous les cœurs des Anges et des Saints du ciel et de la terre, lesquels tous ensemble ne sont qu'un seul cœur avec le très saint Cœur de Jésus et de Marie, par l'union qui est enlre tous ces cœurs, et ce Cœur est notre cœur, puisque saint Paul nous assure que toutes choses sans exception sont à nous : Omnia vestra sunt* ; et par conséquent nous le pouvons et devons employer comme chose nôtre à aimer Jésus.
En disant : Ex tota anima mea, « de toute mon âme », il faut entendre cela de l'âme sainte de Jésus, de celle de la sainte Vierge, et de toutes les saintes âmes qui sont au ciel et en la terre, lesquelles toutes ensemble, par l'union de la charité , ne sont qu'une seule âme, laquelle est nôtre et dont nous devons faire usage pour aimer celui qui nous l'a donnée.
* Rom. VIII, 32.
2 I Cor. 111, 22.
En disant, : Ex totis viribus mets , « de toutes mes forces », il faut avoir intention d'employer toutes les puissances de la divinité et humanité de Jésus, et toutes les forces de toutes les créatures qui sont au ciel, en la terre et dans l'enfer même, comme chose nôtre, à aimer Jésus.
En disant ces dernières paroles : Et magis atque magis amare volo, « et je veux vous aimer toujours de plus en plus », il faut avoir intention, non seulement d'employer toute notre volonté à vouloir aimer Jésus, mais encore d'y employer toute l'étendue et la capacité infinie de la divine volonté de Jésus qui est nôtre, et de laquelle par conséquent nous pouvons et devons nous servir, pour vouloir aimer ce même Jésus d'une volonté infinie et digne de lui ; notre volonté propre et naturelle n'étant pas capable de l'aimer dignement.
Aux grosses marques du chapelet, il faut dire'ces paroles de saint Augustin : 0 ignis, qui semper ardes et nunquam extingueris, o amor, qui semper ferves et nunquam tepescis, accende me, accende me totum, ut totus diligam te1 : « O feu, qui êtes toujours ardent et ne vous éteignez jamais ; ô amour, qui êtes toujours fervent et qui jamais ne vous refroidissez, enflammez-moi, embrasezmoi tout, afin que je sois tout feu d'amour vers vous. »
Ou bien au lieu de cela vous pourrez dire : Veni sancle Spiritus etc., comme il a été dit.
Je vous dirai encore ici par occasion, qu'il est fort bon de dire les paroles susdites : Amo te, amanti&sime Jesu etc., après la sainte communion. Car, possédant en nous plus particulièrement en ce temps-là, l'amour du Père, du Fils et du Saint-Esprit, avec le Cœur divin et l'âme sainte de Jésus, et toutes les puissances de sa divinité et de son humanité, c'est alors que nous avons droit plus que jamais d'employer toutes ces choses-là, comme
1 S. Augustinus. Soliloquia, c. 19.