‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostoliqueChapitre 18 sur 252 · PREFACE GENERALE. XXIII · texte numérisé non relu

PREFACE GENERALE. XXIII

la doctrine du Vénérable, « lisait et relisait le Mémorial de la vie ecclésiastique, le Bon Confesseur, le Prédicateur apostolique, et aimait à répéter qu'on n'avait rien écrit de plus beau, de plus vrai, de plus solide sur ces matières. Il se nourrissait surtout avec une sainte volupté des incomparables traités de la Dévotion au Cœur admirable et du Royaume de Jésus dans les âmes chrétiennes. En apprenant son entrée dans la Congrégation des Eudistes, son ami, M. Trébutien lui avait envoyé une vieille édition de ce dernier ouvrage alors bien rare. A partir de ce jour, ce livre ne le quitta plus. « Quelle science de la vie spirituelle et quel amour de Jésus dans ces pages, disait-il; c'est un livre de feu. c'est un véritable trésor ' ! »

En 1879, une religieuse de l'Ordre de Notre-Dame de Charité écrivait ces lignes à un Père Eudiste : « Je me hâte de vous dire que j'ai tiré grand profit de l'usage journalier de l'excellent livre de notre digne P. Eudes, le Royaume de Jésus, que j'ai à mon usage particulier depuis plusieurs mois. Toutes nos Sœurs en disent autant et en font leur manuel. J'ai trouvé un excellent directeur en notre vénérable Fondateur que j'invoque et consulte dans toutes mes difficultés -. »

Terminons cette série de témoignages par ces lignes qu'écrivait naguère le douzième successeur du P. Eudes, à propos de la présente publication : « Ces ouvrages, trop peu connus jusqu'ici, sont tous marqués au coin d'une rare piété, d'une érudition pro-

1 Cf. Un Poète-Apôlre, t. i, p. 89.

2 Lettre conservée aux archives de la Congrégation.

OKIVRES \)V V. .1. EUDES

fonde et d'une élévation très remarquable. Rien n'est plus propre, croyons-nous, à conduire à une haute perfection quiconque s'appliquera à les lire, à les méditer et surtout à mettre en pratique ce qu'ils en-

seignent. »

Les œuvres du Vénérable Jean Eudes sont donc précieuses pour tout le monde : prêtres, religieux et simples fidèles. Elles ont bien plus de prix encore pour les membres des diverses Sociétés qui se rattachent à lui. Car ces écrits de leur saint Instituteur sont les sources mêmes où ils doivent constamment puiser leur esprit et leur vie propres.

Ecoutons à ce sujet les enseignements d'un Eudiste qui fut, dans toute la force du terme, un vrai Fils de ce vénérable Apôtre1. « Sans doute l'Église est une, dit-il ; l'unité fait son essence, son principe, sa lin. Mais, dans cette unité parfaite, Dieu a voulu qu'il y eût une immense variété. Et n'est-elle pas cette Reine que le Psalmiste nous montre revêtue d'un manteau d'or aux couleurs et aux broderies les plus variées : in vestitu deaurato, circumdata varietate -\ circumamicta varietatibus*!

« Il y a donc, dans la grande famille chrétienne, une multitude de familles différentes : ce sont les diocèses, les paroisses, les divers Ordres religieux,

1 Le R. P. Théodore fclamon, mort en odeur de sainteté, supérieur du Séminaire d'Antioquia, dans la Colombie espagnole. '- Psal. XLIV, 10.

3 kl. Lb,

l'HKFACE GENERALE XXV

les Congrégations et associations si nombreuses. Chacune de ces familles, de ces sociétés a sa vie propre dans la vaste unité catholique; et celte vie propre est son droit, son devoir, sa raison dVire. Chaque famille en effet forme une personne morale. Or, le propre de la personnalité, c'est de se différencier des existences qui l'entourent, au point de ne jamais se laisser confondre avec elles.

« Mais quel est le premier fondement de la distinction entre les familles naturelles ? C'est leur origine. Telle cause, tel effet ; telle racine, tel arbre; tels parents, tels enfants. 11 en est de môme dans l'ordre spirituel : c'est par leurs Instituteurs et par l'esprit qu'elles en ont reçu, que les familles religieuses se distinguent les unes des autres. De là vient qu'elles en tirent d'ordinaire leur nom, du moins celui qu'elles reçoivent du vulgaire. Et cette distinction basée sur l'origine ne doit pas se borner aux premières années; il faut qu'elle dure autant que l'Institut, qu'elle continue d'en déterminer la forme, le caractère ; sans quoi la famille perdra bientôt son existence propre en rentrant dans la masse.

« Si la racine cesse de porter l'arbre et de lui communiquer la sève, il se dessèche et meurt ; si la source ne continue pas d'alimenter le fleuve, il cesse de couler. De même, si le culte du Fondateur s'en va, si son esprit cesse d'animer l'Institut, c'est le cœur, c'est le principe môme de la vie qui disparaît. • Cette vie qu'il a commencée, c'est à lui qu'il appartient de la continuer ; et il ne le pourra faire qu'autant que ceux qu'il a enfantés resteront en communication avec lui, pour recevoir la sève qu'il a puisée

XXVI iiKl'VRES DU V. 4. EUDES

au Cœur de Jésus, et qu'il leur communique par les exemples de sa vie qu'il a légués à leur imitation, et beaucoup plus encore par ses écrits spirituels où il leur a laissé le meilleur de son àme.

« On se tromperait grandement en effet sur la mission que les Saints ont reçue dans l'Eglise, et l'on s'en ferait une idée bien incomplète, si l'on se bornait, pour l'apprécier, aux œuvres extérieures qu'ils ont créées. Ces œuvres sans doute offrent la plus grande variété. Mais bien plus variées encore et plus caractéristiques sont les opérations de l'Esprit divin dans la vie intime de ces Saints. C'est là surtout que se fait voir la fécondité merveilleuse de l'Eglise. Chaque Saint, et en particulier chaque fondateur d'Ordre, a son esprit, son don, sa grâce, qui ne meurent pas avec lui, mais se continuent au-delà de sa vie passagère, et se prolongent comme un fleuve destiné à fertiliser les campagnes qu'il traverse. Or c'est dans leurs livres spirituels que ces Saints ont dépeint leur vie intérieure, pour y laisser, non un portrait inanimé et sans vertu, mais une image vivante, capable de les faire se survivre en s'imprimant dans les cœurs de ceux qui s'arrêteront à les considérer. Defunctus ad hue loquitur l.

« Eh bien, nous qui sommes les enfants du Yen. Père Eudes, et qui devons continuer sa vie, surtout sa vie intime, son esprit, — car telle est notre vocation dans l'Eglise et la raison de notre existence, — nous ne remplirons tout le dessein de Dieu sur nous, qu'à la condition de puiser avidement aux trésoirs de doctrine que ce saint Instituteur nous a lé-

1 Hebr. XF. 4.

PKÉFACE GÉNÉRALE wvn

gués, non seulement dans nos Règles et Constitutions, mais dans tous les ouvrages où il a déposé quelque portion de cette plénitude de vie qui l'orme comme l'apanage de sa paternité spirituelle. Car t'est là, c'est dans ses nombreux écrits qu'il a épanché ses idées les plus intimes, les secrets de son ardente piété, tout son cœur de prêtre, d'apôtre et de saint. C'est là qu'il se montre comme le père de famille de l'Evangile, lequel tire pour ses enfants, du bon trésor de son cœur, mille bonnes choses anciennes et nouvelles1.

« Et n'est-ce pas ce que nous voyons pratiquer dans toutes les familles religieuses ? Comme elles s'attachent aux écrits de leurs fondateurs ! avec quel respect elles les conservent, avec quelle ardeur elles s'en nourrissent ! Or, ce que font les Pères de la Compagnie de Jésus pour les Exercices de saint Ignace, les Carmes pour les livres de sainte Thérèse et de saint Jean de la Croix, les Sulpiciens pour les ouvrages de M. Olier, nous devons le faire pour les monuments que le P. Eudes nous a laissés de sa doctrine. Nous devons avoir pour les œuvres de notre Père une estime de préférence, les étudier plus assidûment, et mettre toute notre application à en faire le fond de notre doctrine ascétique et la règle de nos mœurs2. »

C'est à ce prix que nous serons Eudistes, comme le faisait remarquer un Maître des novices de la

* « Omnis scriba doctus in repno cœlorum, similis est, liomini patril'amilias, qui proi'ert de (hesauro suo nova et vetera. » (Matth. \iii, :;-2).

' Notes manuscrites conservées aux archives de la Congrégation.

Page 1