‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostoliqueChapitre 217 sur 252 · POUR L'OFFICE DIVIN · texte numérisé non relu

POUR L'OFFICE DIVIN

XXXI. — De la préparation qui est requise pour le dire saintement.

La principale raison pour laquelle nous sommes bien souvent travaillés de distractions et pensées inutiles et extravagantes dans nos prières vocales, c'est parce que notre esprit veut toujours être occupé de quelque pensée, soit bonne, soit mauvaise. C'est pourquoi, afin que les mauvaises et inutiles n'y aient point de lieu, il faut apporter un grand soin, dès le commencement de notre prière, de donner puissamment notre esprit et notre cœur à Jésus, afin qu'il le possède pleinement ; et de notre côté nous accoutumer à le remplir de bonnes pensées et de saintes affections, prenant bien garde' de ne nous pas laissser aller à faire une action si sainte lâchement et imparfaitement, et plus par coutume et routine que piété et dévotion.

A cette fin, au commencement du divin Office, souvenez-vous que vous allez faire une des plus grandes actions et des plus importantes que vous ayez à faire, et qui se fasse même au ciel et en la terre. Action si grande et si relevée, que non seulement elle occupe continuellement et occupera éternellement tant de millions d'Anges et de Saints qui sont au ciel, avec la Reine des Anges et des Saints, la très sainte Vierge ; mais aussi qu'elle a occupé de toute éternité, et occupera à toute éternité les trois Personnes divines de la très sainte Trinité, qui sont sans cesse appliquées à se louer, bénir et glorifier les unes les autres. Action toute sainte et di-

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vine, — aussi l'appelle-t-on l'office divin, — et qui par conséquent doit être faite saintement et divinement, c'est-à-dire avec des dispositions saintes et divines.

En suite de cela, considérant la grandeur et sainteté de cette action, et reconnaissant que vous n'avez en vous, de vous-mêmes, aucune dignité ni capacité à la faire saintement, mais que tout ce qui est en vous comme de vous s'y oppose, et que même vous êtes très indigne de vous présenter devant Dieu et de paraître devant une majesté si haute ; anéantissez-vous à ses pieds, donnezvous à Jésus, et le priez que lui-même vous anéantisse et qu'il s'établisse en vous, afin de faire lui-même cette action en vous, c'est-à-dire, afin de louer et glorifier luimême son Père et soi-même en vous, lui seul étant digne de cela. Donnez-vous au zèle et à l'amour très grand avec lequel il loue incessamment son Père, dans le ciel, dans la terre, dans l'enfer et par tout le monde ; car à proprement parler, il n'y a que le seul Jésus qui loue et glorifie son Père en tout l'univers. Il le loue et glorifie dans le ciel éternellement, par lui-même et par sa sainte Mère, par ses Anges et par ses Saints. Il le loue et bénit en la terre continuellement, par soi-même au Saint-Sacrement de l'autel, là où il est dans un état continuel de louange et d'adoration vers son Père, et par toutes les saintes âmes qui louent Dieu en la terre, soit en public, soit en particulier. Il le loue et magnifie dans l'enfer, là où il est selon sa personne divine, et là où il fait perpétuellement au regard de son Père ce qu'il fait dans le ciel. Il le loue enfin et l'exalte incessamment par tout le monde, qui est tout rempli de sa présence et majesté divine, et des louanges et bénédictions perpétuelles qu'il rend partout à son Père.

Unissez-vous à toutes ces louanges que Jésus rend à son Père et à toute la très sainte Trinité en tout lieu et en tout temps, et unissez-vous aussi à l'humilité, à l'attention, à l'amour, à la pureté et sainteté, et à toutes

les autres divines dispositions avec lesquelles ce même Jésus est sans cesse occupé dans les louanges de son Père1.

XXXII. — Manière excellente pour dire saintement l'Office divin, et pour honorer toute la vie de Jésus en l'Office de chaque jour.

\ près vous être ainsi saintement préparé à une action -^- si sainte comme est la récitation en particulier, ou célébration en public du divin Office, vous pourrez, en le récitant ou célébrant, honorer toute la vie de Jésus en chaque jour, en cette manière.

En disant le premier Nocturne de Matines, offrez-le à Jésus en l'honneur de la vie divine et éternelle qu'il a dans le sein de son Père de toute éternité, avant la création du monde.

Le second Nocturne, en l'honneur de la vie qu'il a eue dans le monde, depuis la création jusqu'à son Incarnation, de laquelle nous avons dit quelque chose en la troisième partie, à la page 316.

Le troisième Nocturne, en l'honneur de la vie qu'il a eue dans les entrailles sacrées de sa très sainte Mère.

Les Laudes, en l'honneur de l'état et de la vie de sa sainte enfance, qui a duré jusqu'à l'âge de douze ans.

Prime, en l'honneur de sa vie cachée et laborieuse, qui a été principalement jusqu'à l'âge de trente ans.

Tierce, en l'honneur de sa vie publique et conver-

1 « On pourrait lire avec fruit dans l'ouvage : Le P. Eudes, ses Veitus, par le P. Hérambourg, les pratiques de ce saint prêtre que M. Olier appelait « la merveille de son siècle ». C'est tout ce que la piété peut trouver de plus édifiant ». Giraud, Prêtre et Hostie, tona. 2, p. 324. — Cf. la belle lettre du cardinal de Bérulle aux Carmélites, sur lassiduité au chœur et l'office divin, Migne, (t-'.uvres du Card. de Bcrulh-, col. 1333-1344.

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santé, qui a duré depuis l'âge de trente ans jusqu'à sa mort.

Sexte, en l'honneur de sa Passion, de sa mort et de sa sépulture.

NoneT en l'honneur de sa ttésurrection et Ascension, et de la vie glorieuse qu'il a dans le ciel depuis seize cents ans, tant en soi-même qu'en sa sainte Mère, en ses Anges et en ses Saints.

Vêpres, en l'honneur de l'état et de la vie qu'il a dans la terre depuis son Ascension, en la sainte Eucharistie, et en son Église.

Compiles, en l'honneur de l'état et de l'empire universel qu'il a par tout le monde, au ciel, en la terre, dans le purgatoire, dans l'enfer, dans le monde de nature, de grâce et de gloire, sur les hommes, sur les Anges et sur toutes les créatures ; et en l'honneur généralement de tout ce qu'il a été, est et sera en sa divinité et en son humanité, et de tout ce qu'il a fait et fera éternellement au regard de son Père, de soi même, de son Saint-Esprit, de sa sainte Mère, de ses Anges, et de ses Saints, et de toutes les créatures.

Or en disant chaque partie de l'oflice, il faut appliquer votre esprit à considérer cette partie de la vie de Jésus en l'honneur de laquelle vous dites une partie de votre office; c'est-à-dire, à considérer ce qui s'est passé en Jésus durant cette partie de sa vie, comme ses pensées et desseins, ses affections et dispositions, les actions qu'il a faites, les vertus qu'il a pratiquées, les occupations intérieures qu'il a eues au regard de son Père, de soi-même, de son Saint-Esprit, de sa sainte Mère et de ses Anges et Saints, et spécialement les pensées, les desseins et l'amour qu'il a eu au regard de vous en particulier ; comme aussi la gloire et les louanges qui lui ont été données en cette partie de sa vie, par son Père, par son Saint-Esprit, par sa bienheureuse Mère, par ses Anges et par ses Saints.

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Après avoir ainsi considéré ce qui s'est passé en cette partie de la vie de Jésus, il faut faire réflexion sur vous; et voyant combien votre vie est éloignée de la perfection et sainteté de la vie de votre chef, que vous êtes obligé d'imiter, il faut vous en humilier profondément, et lui en demander pardon ; puis vous donner à lui pour honorer et imiter cette partie de sa vie, selon la perfection qu'il demande de vous ; le prier qu'il l'imprime et glorifie luimême en vous, y anéantissant tout ce qui pourrait y mettre empêchement ; et enfin vous unir à toutes les louanges qui lui ont été, sont et seront rendues dans cette partie de sa vie, par son Père, par son Saint-Esprit, etc.

Si c'est une partie de la vie temporelle de Jésus que vous honorez en disant une partie de votre office, il faut, en vous donnant à lui pour honorer cette partie de sa vie, lui offrir et consacrer, en l'honneur de cette même partie de sa vie, la partie de votre vie qui répond à cellelà ; le suppliant qu'il détruise tout ce qu'il y a eu de mauvais en cette partie de votre vie, et qu'il fasse en sorte que tout ce qui s'est passé en elle rende gloire et hommage à ce qui s'est passé en la partie de sa vie qui est semblable à cette même partie de votre vie.

Par exemple, en disant Laudes, après avoir considéré ce qui s'est passé en Jésus dans l'état de sa sainte enfance, et après avoir fait réflexion sur l'état de voire enfance et considéré combien il a été différent de l'état tout saint et divin de la sacrée enfance de Jésus, et ensuite vous en être profondément humilié devant lui : il faut vous donner à lui pour honorer sa divine enfance en la manière qu'il lui plaira, et lui offrir et consacrer l'état de votre enfance en lhonneur de la sienne, le suppliant qu'il détruise tout ce qu'il y a eu de mauvais en votre enfance, et qu'il fasse en sorte que tout ce qui s'est passé en elle rende un hommage et une gloire immortelle à ce qui s'est passé en sa très adorable enfance.

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Et ainsi faut-il faire en disant les autres parties de votre divin office.

Mais remarquez qu'il n'est pas nécessaire, si vous ne voulez, de vous arrêter, ni d'interrompre la récitation de votre office, pour vous occuper en ces exercices ; parce que tout cela se peut faire en appliquant votre esprit à ces pratiques, durant que vous chantez ou récitez ce même office. De sorte que, si vous avez tant soit peu d'usage dans les exercices intérieurs, il ne vous faudra pas davantage de temps pour faire cette action. Au contraire, le temps que vous y emploierez vous semblera fort court, tant vous trouverez de douceur et de bénédiction dans l'application intérieure de votre esprit et de votre cœur à Jésus, source de toute bénédiction et consolation, par le moyen de ces pratiques.

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