‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostoliqueChapitre 233 sur 252 · POUR LE PREMIER JOUR · texte numérisé non relu

POUR LE PREMIER JOUR

XIX. — Méditation ou Élévation à Jésus, sur la soumission et abandon que nous devons avoir à sa divine volonté touchant notre mort.

1. r\ mon Seigneur Jésus, me voici prosterné à vos pieds, ^-' vous adorant comme mon juge souverain, et comme prononçant la sentence de mort que vous avez prononcée contre moi, lorsque vous avez dit ces paroles à Adam, et en sa personne à tous les pécheurs : Tu es poudre et tu retourneras en poudre1. Et en l'honneur et union du très grand amour et de la très profonde humilité avec laquelle, prosterné en terre aux pieds de Pilate, vous avez entendu et accepté la sentence de mort donnée contre vous par la bouche du même Pilate, de la part de votre Père éternel, par honneur et hommage à sa divine justice, je me soumets de tout mon cœur à la sentence de mort que vous avezprononcée contre moi dès le commencement du monde, par hommage et honneur à votre justice divine, reconnaissant que je l'ai méritée, non seulement à raison du péché originel dans lequel je suis né, mais autant de fois comme j'ai commis de péchés en toute ma vie.

1 « Pulvis es et in pulverem reverteris. t Gen. III, 28.

2. Mais, mon Dieu, quand je ne serais coupable d'aucun péché, ni originel, ni actuel, néanmoins je reconnais qu'à cause de la souveraineté et puissance absolue que vous avez sur moi, vous pouvez très saintement m'ôler la vie, voire m'anéantir et faire de moi tout ce qu'il vous plaira. C'est pourquoi, en l'honneur et union du très grand amour et soumission avec laquelle la très sainte Vierge, votre Mère, qui n'était point redevable à votre justice, ni obligée a la mort par aucun péché, ni originel, ni actuel, a néanmoins accepté la mort par hommage à votre souveraineté, je l'accepte aussi par hommage à cette même souveraineté, m'abandonnant entièrement entre vos mains sur ce sujet et pour tout autre, afin que vous disposiez de moi, en temps et en éternité, comme il tous plaira, pour votre plus grande gloire.

3. 0 Jésus, vous êtes éternel et immortel, vous êtes la vie et la source de toute vie : et néanmoins vous voulez mourir, et mourir en une croix, et de la plus cruelle et ignominieuse mort de toutes les morts, pour rendre hommage à la justice, à la souveraineté, et même à la vie divine et éternelle de votre Père, et pour me témoigner votre amour. C'est pourquoi, mon Sauveur, encore que je ne fusse point obligé à la mort à raison de mes péchés, et que (ce qui est impossible) je n'eusse aucune dépendance de votre souveraineté, voire même, encore que vous ne fussiez pas mort pour moi en particulier, étant mort néanmoins comme vous avez voulu mourir ; je devrais non seulement accepter la mort, mais encore désirer de mourir pour honorer votre sainte mort, laquelle est si digne et si honorable, que toutes les créatures qui ont vie devraient volontiers s'assujettir à la mort, si elles n'y étaient point sujettes, pour rendre hommage à la mort de leur Créateur.

Mais, quand vous ne seriez point mort du tout, ô mon Dieu, toutes les choses vivantes devraient très volon-

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tiers vous sacrifier leur vie et leur être même, pour rendre hommage à votre vie divine et immortelle ci à votre être suprême et éternel, et pour témoigner et protester par ce sacrifice que vous seul êtes digne d'être et de vivre, et que lout autre être et vie ne doit point paraître, ains doit être anéanti en la présence du vôtre, comme les étoiles du ciel sont éteintes en la présence du soleil.

En l'honneur donc et hommage de votre très honorable mort et de votre vie très adorable, et en l'honneur et union du très grand amour par lequel vous avez voulu mourir, non seulement pour satisfaire à la justice de votre Père et pour honorer sa souveraineté, mais aussi pour sacrifier votre vie humaine et temporelle à l'hommage et à la gloire de la vie divine et éternelle que vous avez avec votre Père et votre Saint-Esprit, et pour protester et témoigner parce sacrifice, en la face du ciel etde la terre, qu'il n'y a que cette seule vie qui soit digne d'être, et que toute autre vie créée, pour noble et excellente qu'elle soit, doit cesser d'être et de paraître en la vue et présence de cette vie suprême et incréée : en l'honneur, dis-je, et union de ce très grand amour par lequel vous avez voulu ainsi mourir, pour des intentions si grandes et divines ; comme aussi en l'honneur et union de l'amour très ardent par lequel votre sainte Mère et tous vos Saints, spécialement vos saints Martyrs ont embrassé la mort de très bon cœur pour ces mêmes intentions, c'est-à-dire pour rendre hommage à votre sainte mort et à votre vie divine, j'accepte et embrasse de tout mon cœur la mort, telle qu'il vous plaira me l'envoyer, c'est-à-dire, au lieu, au temps, en la manière et avec toutes les circonstances qu'il vous y plaira mettre.

De sorte que, si vous ordonnez que je meure d'une mort douloureuse ou même honteuse, ou que je sois délaissé et abandonné de lout secours humain, pourvu que vous soyez toujours avec moi, ou que je sois privé

de l'usage des sens et de la raison, votre sainte volonté soit faite. Je veux accepter et embrasser tout cela en l'honneur de votre très douloureuse et ignominieuse mort, en l'honneur du délaissement étrange que vous avez souffert en la croix, même de la part de votre Père, en hommage de la privation que vous avez portée de l'usage de vos sens au commencement de votre enfance, et en l'honneur de ce que vous avez été estimé et traité comme fol par les vôtres même, au commencement de la prédication de votre Évangile, et par Hérode et ceux de sa cour en votre passion.

Enfin, mon cher Jésus, je me mets entièrement entre vos mains, et m'abandonne et sacrifie tellement à votre bon plaisir pour ce sujet et pour tout autre, que je ne veux plus avoir d'autre vouloir ou désir, sinon de ne rien vouloir et désirer, ains de vous laisser vouloir, désirer et choisir pour moi, en ceci et en toute autre chose, tout ce qu'il vous plaira. Car, puisque vous avez une sagesse et puissance infinie, vous saurez, pourrez et voudrez beaucoup mieux que moi ce qui me sera le plus convenable pour votre gloire. Seulement vous supplié-je d'une chose, que, comme vous êtes mort en amour, par amour et pour l'amour : qu'aussi, si je ne suis pas digne de mourir pour votre amour ou par votre amour, qu'au moins j^ meure dans ce même amour.

4. Je vous supplie encore, ù mon Jésus, que, comme vous avez fait toutes vos actions et tous vos exercices pour vous et pour tous les hommes, spécialement pour vos enfants et amis : qu'aussi vous ayez agréable qu'en l'honneur et union du même amour par lequel vous avez fait ainsi, je fasse tous ces exercices et je vous rende tous ces devoirs, non seulement pour moi, mais aussi pour tous les hommes, et spécialement pour ceux pour lesquels vous savez que je dois et que je veux avoir un soin particulier devant vous.

0 Mère de Jésus, certes il semble que vous ne deviez

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point mourir, puisque vous êtes Mère de l'éternel et immortel, et de celui qui est la vie même ; et néanmoins vous vous êtes soumise très volontiers à la mort, pour rendre hommage par votre mort à la très adorable mort de votre Fils. A raison de quoi votre mort est si digne et honorable, que toutes les créatures devraient volontairement s'assujettir à la mort, pour honorer la mort de celle qui est Mère de leur Créateur et leur souveraine Dame. C'est pourquoi, ô Vierge sainte, quand je n'aurais aucune autre obligation à mourir, je voudrais néanmoins volontairement accepter, comme j'accepte en effet la mort, et vous l'offre, avec la mort de tous ceux qui me touchent et de tous les hommes du monde, en hommage de votre très sainte mort; vous suppliant très humblement, ô Mère de vie, d'unir notre mort à la vôtre, de daigner vous en servir pour honorer celle de votre Fils, et de nous obtenir de lui que pour le moins nous mourrions en sa grâce et en son amour.

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