ÉLÉVATION A JÉSUS ET A MARIE
âmes qui désirenl vous aimer, et spécialement à celles desquelles vous voulez que j'aie quelque soin particulier devant vous.
Et parce que je ne puis vous regarder, ô mon Seigneur Jésus, sans voir Celle qui est assise à votre dextre, qui vous a formé, sanctifié et fait régner dedans elle d'une manière si admirable, et dans laquelle vous avez toujours été vivant et régnant si parfaitement : je la salue et honore après vous, en toutes les manières que je puis, comme votre Mère très honorable, Mère de vie et d'amour, et comme ma souveraine Dame et ma très chère Mère, à laquelle j'appartiens par une infinité de titres. Car, sans parler de ce que j'ai été conçu, enfanté et élevé dans un lieu qui lui appartient spécialement1, c'a été par son entremise et par ses prières que vous m'avez donné l'être et la vie. D'autant que la mère de laquelle il vous a plu me faire naître, ayant été plusieurs années sans enfants, elle vous fit un vœu en l'honneur de votre très sainte Mère : ensuite de quoi se sentant exaucée, et voyant son désir accompli, elle me porta, accompagnée de mon père, à un lieu consacré particulièrement à l'honneur de votre très honorée Mère2, pour y accomplir son vœu, pour la remercier, et pour m'offrir et donner à elle et à vous par son moyen. Comme aussi vous m'avez donné l'être et la vie au même jour auquel vous avez commencé à être et à vivre dans cette Mère de vie, c'est-à-dire au jour de votre sacrée Incarnation 3, qui est pareillement le jour de votre
' A Ri, petite paroisse du diocèse de Séez, située à 12 kilomètres d'Argentan, et placée sous le patronage de la très sainte Vierge.
2 A la chapelle de Notre-Dame de Recouvrance, située dans la paroisse des Tourailles (diocèse de Séez), et distante de Ri d'environ deux lieues.
3 a Si l'opinion des médecins est véritable, qui tiennent que l'âme est infuse dans les corps des enfants mâles le quarantième jour d'après leur conception, mon âme a été créée de Dieu et unie à mon corps le 25e de mars, jour auquel le Fils de Dieu s'est incarné et la bienheureuse Vierge a été faite Mère de Dieu. Car je suis né le 14 novembre, et par conséquent ayant été conçu neuf mois auparavant, le 14
sainte mort et passion *. En ce même jour, vous m'avez donné la grâce de faire le vœu de servitude perpétuelle à vous et à votre très sainte Mère*. En ce même jour encore, vousm'avez fait plusieurs autres faveurs très signalées qui sont bien connues de votre bonté et dont, moyennant votre grâce, je vous bénirai à jamais3. C'a été aussi au jour du martyre de cette très sacrée Vierge, je
de février a été le jour de ma conception. Or depuis ce jour jusqu'au 25 mars, il y a justement quarante jours. » Mémorial du V. P. Eudes n° 4. L'opinion sur laquelle s'appuie le V. P. Eudes est aujourd'hui très combattue.
1 « Christus die 25 Martii in utero Virginis conceptus est, et eodem die crucifixus est in œquinoctio verno. » Cornel. a Lapide i"b Mallh. XXVII, 35. — Cf. inl'ra, k" partie XIV ; Du mois de Mars.
* C'est sans doute durant son séjour à l'Oratoire de Paris, et à l'instigation du Cardinal de Bérulle, que le V. P. Eudes fit ce vœu de servitude à Jésus et à Marie. Le P de Bérulle en effet le conseillait volontiers aux Ames d'élite placées sous sa direclion.il avait même rédigé deux Elévations ou vœux pour s'offrir à Jésus et à Marie en l'étal de servitude, qui provoquèrent une ardente polémique, et c'est pour défendre sa doctrine qu'il composa ses Discours de l'Etat et des Grandeurs de Jésus. Dans plusieurs passages du Royaume de Jésus. le V. P. Eudes recommande lui aussi de s'offrir à Jésus et à Marie en l'état de servitude, et chaque année, le 25 Mars il renouvelait luimême son vœu de servitude à la très sainte Vierge. Ce vœu était du reste assez commun au XVIIe siècle, même en dehors de l'Oratoire, et l'usage s'était répandu de porter, en signe de servitude à Marie, une chaînette de fer au bras ou au cou. En Italie, il se forma des sociétés d Esclaves de la Mère de Dieu, qui propagèrent activement cette dévotion. Mais des abus étant survenus, le Saint-Office, par un décret en date du 5 Juillet 1673, renouvelé plus tard par Benoit XIV, abolit ces sociétés et prohiba l'usage des chaînettes. Cf. Bérulle Narré de ce qui s'est passé sur les Elévations à Jésus et à Marie ; Houssaye, Le P. île Bérulle et l'Oratoire, ch. VII et XI ; Hérambourg, Vertus du P. Eudes, ch. 11.
3 L'une des faveurs auxquelles le V. P. Eudes fait allusion est son admission à l'Oratoire le 25 mars 1623. On lisait en effet dans les premières éditions : « En ce même jour vous m'avez reçu dans cette sainte Congrégation (de l'Oratoire) par les dignes mains de celui duquel vous vous êtes servi pour l'établir, votre très fidèle serviteur et mon très honoré Père Monseigneur l'Illustrissime Cardinal de Bérulle. » Cette phrase, que les éditeurs modernes ont reproduite à tort, fut supprimée par le V. P. Ludes dans l'édition de 1644, et remplacée par le texte que nous avons donné et qui est le texte définitif.