EXERCICE DURANT LA JOURNEE
VII. — Que Jésus est notre centre et notre paradis, et qu'il doit être notre unique objet.
Le premier et principal, voire Tunique objet du regard, de l'amour et de la complaisance du Père éternel, c'est son Fils Jésus. Je dis l'unique ; car, comme ce Père divin a voulu que son Fils Jésus soit tout en toutes choses1, et que toutes choses soient consistantes en lui et par lui*, selon la parole de son Apôtre ; aussi il regarde et aime toutes choses en lui, et il ne regarde et aime que lui en toutes choses. Et, comme ce même Apôtre nous enseigne qu'il a fait toutes choses en lui et par lui3, aussi il nous apprend qu'il a fait toutes choses povr lui''. Et, comme il a mis en lui tous les trésors de sa science et sagesse ", de sa bonté et beauté, de sa gloire et félicité, et de toutes ses autres divines perfections ; aussi lui-même nous annonce hautement et par plusieurs fois qu'il a mis toute sa complaisance et ses délices en ce Fils unique et bien aimé6. Ce qui n'exclut pas néanmoins le Saint-Esprit, puisque c'est l'Esprit de Jésus et qu'il n'est qu'un avec Jésus.
lEphes. I, 23 ; Col. III, 11.
a « Ipse estante omnes, et omnia in ipso constant. » Col. III. 17.
* « In ipso condita sunt universa in cœlis et in terra, visibilia et invisibilia, sive throni, sive dominationes, sive principatus, sive potestates : omnia per ipsum et in ipso creata sunt. » Col. I, 16.
* « Propter queni (Jesum) omnia et per quem omnia. » Heb. II, 10.
* « In quo (Christo) sunt omnes thesauri sapientiœ et scientiae absconditi. » Col. II, 3.
0 « Hic est Filius meus dilectus in quo mihi complacui. » Matth., III, 17. Cf. Luc. III, 35 ; II Pet. I, 17.
PREMIÈRE PARTIS; — § Vil 113
A l'imitation de ce Père céleste, que nous devons suivre et imiter comme notre Père, Jésus doit être l'unique objet de notre esprit et de notre cœur. Nous devons regarder et aimer toutes choses en lui, et nous ne devons rien regarder et aimer que lui en tou tes choses. Nous devons faire toutes nos actions en lui et pour lui. Nous devons mettre tout notre contentement et notre paradis en lui ; car, comme il est le paradis du Père éternel, dans lequel il prend sa complaisance, aussi ce Père saint nous Ta donné, et il s'est donné lui-même à nous pour être notre paradis. C'est pourquoi il nous commande de faire notre demeure dedans lui : Manete in me : « Demeurez en moi*. » Et son disciple bien-aimé nous réitère ce commandement par deux fois : Demeurez en lui, ce dit-il, mes petits enfants, demeurez en lui-. Et saint Paul, pour nous porter à cela, nous assure qu'i/ n'y a point de damnation pour ceux qui demeurent en Jésus-Christ3. Au contraire on peut bien dire que, hors de là, il n'y a que perdition, malédiction et enfer.
Mais remarquez encore ici, s'il vous plaît, que, quand je dis que Jésus doit être notre unique objet, cela n'exclut pas le Père et le Saint-Esprit. Car ce même Jésus nous assurant que celui qui le voit, voit son Père'* ; il s'ensuit que celui qui parle de lui, parle aussi de son Père et de son Saint-Esprit ; que celui qui l'honore et qui l'aime, honore et aime semblablement son Père et son Saint-Esprit ; et que celui qui le regarde comme son unique objet, regarde ensemblement le Père et le Saint-Esprit.
1 Joan. XV, k.
- « Et sicut docuit vos, manete in eo. Et nunc, filioli, manete in eo ; ut cum apparuerit, habeamus fiduciam, et non confundamur ab eo in adventu ejus. » I Joan. II, 27-28.
' « Nihil ergo nunc damnationis est iis qui sunt in Christo Jesu. qui non secundum carnem ambulant. » Rom. VIII, 1.
' « Philippe, qui videt me, videt et Patrem ». Joan. XIY, 9.
Regardez donc ce très aimable Sauveur comme l'unique objet de vos pensées, désirs et affections ; comme Tunique fin de toutes vos actions ; comme votre centre, votre paradis et votre tout. De toutes parts retirez-vous en lui comme dans un lieu de refuge, par élévation d'esprit et de cœur vers lui. Demeurez toujours en lui, c'est-à-dire que votre esprit et votre cœur, toutes vos pensées, désirs et affections soient en lui, et que toutes vos actions soient faites en lui et pour lui, en la manière qui sera expliquée plus particulièrement en la sixième partie de ce livre.
Repassez souvent dans votre esprit cette sienne parole : Umim est necessarium l : « une seule chose est nécessaire», à savoir de servir, aimer et glorifier Jésus. Considérez que, hors cela, tout le reste n'est que folie, tromperie, illusion, perte de temps, affliction de corps et d'esprit, néant, vanité, et vanité des vanités* ; que vous n'êtes en la terre que pour cette seule chose-là ; que c'est la principale, la plus importante, la plus nécessaire, la plus pressée, voire l'unique affaire que vous ayez au monde ; que ce doit être votre principal et unique soin ; que toutes vos pensées, paroles et actions doivent tendre à cette fin. A raison de quoi vous devez avoir soin, au commencement de vos actions, spécialement des principales, de les offrir à Notre-Seigneur, lui protestant que vous les voulez faire pour sa pure gloire.
Si vous tombez en quelque faute, ne vous découragez pas, quand même vous y tomberiez plusieurs fois ; mais humiliez-vous profondément devant Dieu dans votre propre esprit, et même quelquefois, si le lieu et le temps vous le permet, retirez-vous en quelque endroit pour vous mettre à genoux et lui demander pardon, es-
i Luc. X, 42.
s « Vanitas vanitatum, dixit Ecclesiastes ; vanitas vanitatum et
omnia vanitas Vidi cuncta quae fiunt sub sole, et ecce universa
vanitas et afflictio spiritus. » Eccl. I, 2, 14. Cf. etiam XII, 8, 13.