‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostoliqueChapitre 65 sur 252 · PREMIÈRE PARTIE § XVIII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE § XVIII

de péchés, afin de me changer en paradis de grâces et de bénédictions? 0 mon Dieu, combien suis-jje indigne dune si grande faveur ! Certes je reconnais en la face du ciel et de la terre que je mérite plutôt d'être plongé au plus profond de l'enfer, que non pas de vous recevoir dans mon âme toute pleine de vices et d'imperfections.

Mais puisqu'il vous plaît, ô mon Sauveur, de vous donner ainsi à moi. je désire vous recevoir avec toute la pureté, l'amour et la dévotion qu'il me sera possible. A cette intention, je vous donne mon âme, ô bon Jésus; préparez-la vous-même, en la manière que vous désirez ; détruisez en elle tout ce qui vous est contraire, et la remplissez de votre divin amour, et de toutes les autres grâces et dispositions avec lesquelles vous voulez que je vous reçoive.

O Père de Jésus, anéantissez en moi tout ce qui déplaît à votre Fils, et me faites participant de l'amour que vous lui portez, et avec lequel vous l'avez reçu dans votre sein paternel au jour de son Ascension.

O Saint-Esprit de Jésus, je vous offre mon âme ; ornezla, s'il vous plaît, de toutes les grâces et vertus qui lui sont requises pour recevoir en elle son Sauveur.

O Mère de mon Dieu, faites-moi participant, s'il vous plaît, de la foi et dévotion, de l'amour et humilité, de la pureté et sainteté, avec laquelle vous avez communié tant de fois après l'Ascension de votre Fils.

O saints Anges, ô bienheureux Saints et Saintes, je vous offre aussi mon âme ; offrez-la à mon Jésus et le priez qu'il la prépare lui-même, et qu'il me fasse participant de votre pureté et sainteté, et de l'amour très grand que vous lui portez.

O mon cher Jésus, je vous offre toute l'humilité et dévotion, toute la pureté et sainteté, tout lamour et toutes les préparations avec lesquelles vous avez jamais été reçu dans toutes les saintes âmes qui ont été et qui sont en la terre. A la mienne volonté avoir en moi tout

cet amour et cette dévotion ; voire, s'il était possible,* je souhaiterais avoir en moi toutes les saintes ferveurs et tous les divins amours de tous les Anges, de tous les Séraphins, et de tous les Saints de la terre et du ciel, pour vous recevoir plus saintement et dignement. 0 mon doux Amour, vous êtes tout amour vers moi dans ce sacrement d'amour, et vous venez à moi avec un amour infini : hé ! que ne suis-je aussi tout amour pour vous, afin de vous recevoir dans uneàme toute transformée en amour vers vous ! Mais, ô mon Sauveur, il n'y a point de lieu qui soit digne de vous que Vous-même ; et il n'y a point d'amour avec lequel vous puissiez être reçu dignement , sinon avec celui que vous avez pour vous-même. C'est pourquoi, afin de vous recevoir non en moi, étant trop indigne de cela, mais en vous-même et avec l'amour que vous [vous] portez à vous-même, je m'anéantis à vos pieds, autant que je le puis, et tout ce qui est de moi ; je me donne à vous, et vous supplie de m'anéantir vousmême, de vous établir en moi, et d'y établir votre divin amour, afin que, venant à moi par la sainte communion, vous soyez reçu non en moi, mais en vous-même, et avec l'amour que vous [vous] portez à vous-même.

Remarquez bien ce dernier article, car c'est ici la vraie disposition avec laquelle il faut recevoir le Fils de Dieu par la sainte communion. C'est la préparation des préparations, laquelle comprend toutes les autres, et que j'ai mise à la fin de cette élévation, pour les âmes plus spirituelles et élevées1.

Remarquez aussi que désirer d'avoir en nous toute la dévotion et l'amour des saintes âmes, n'est pas chose inutile, puisque Notre-Seigneur dit un jour à sainte Mechtilde, religieuse du très saint Ordre de saint Benoît,

1 « Saint Thomas (3, 81, 1), après saint Jérôme et d'autres saints Pères, enseigne que Notre-Seigncur Jésus-Christ mangea lui-même son sacré corps et but son sang précieux, avant que de le distribuer

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que lorsqu'elle aurait à communier, si elle ne sentait point en elle de dévotion, qu'elle désirât d'avoir toute la dévotion et tout l'amour de toutes les saintes âmes qui avaient jamais communié ; et qu'il la regarderai! comme si en effet elle l'avait1.

Et nous lisons aussi de sainte Gertrude, qui était du même temps, du même Ordre et du même monastère que sainte Mech tilde, qu'un jour étant prête de communier et ne sentant pas en soi la préparation et dévotion qu'elle désirait, elle s'adrés'sa à Notre-Seigneur, et lui offrit toutes les préparations et dévotions de tous les Saints et de la sainte Vierge. En suite de quoi il lui apparut et lui dit ces paroles : C'est maintenant que tu parais devant moi et aux yeux de mes Saints avec cet appareil et ornement que tu as désiré1.

Ah ! Seigneur, que vous êtes bon de prendre ainsi nos bons désirs pour des effets !

à ses apôtres. S'unir, dans la communion, aux dispositions très saintes et toutes divines avec lesquelles Jésus communia lui-même, est une excellente pratique de dévotion assez ordinaire, non seulement à plusieurs bons prêtres qui ne l'omettent jamais, mais encore à grand nombre de personnes de piété. » De Lantages, Instructions ecclésiastiques, tit. VI, ch. 2.

1 Item cuni signum poneret communicatura, dixit ad Dominum : « Scribe, dulcissime Domine, nomen meum in cor tuum, nomenque tuum melliûuum cordi meo per jugem memoriam inscribe. » Ad quam Dominus dixit : « Dum vis communicare, tali intentione me suscipias ac si omne desiderium et omnem amorem quo unquam humanum cor flagrant haberes, sicque in altissimo amore, quo possibile est humanum cor affici, ad me accédas, egoque amorem illum in te suscipiam, non prout est in te, sed velut si talis ac tantus esset, quantus tu eum esse volebas. » Liber specialis gratiae, p. 3, c. 23.

î « Christi corpus sumptura vice quadani, dum se minus paratam doleret, oravit beatam Virginem et omnes Sanctos, ut Domino pro se ofïerrent omnem dignitatem, quâ quilibet ipsorum paratus fuisset ad quamlibet gratiam recipîendam. Oravit insuper Dominum Jesum Christum, ut ipse pro se otlerre dignaretur perfectionem illam, quâ in horà Ascensionis paratus adstitit Deo Patri ad suscipiendam glorificalionem. Et post paululum, dum investigare niteretur quid per hanc orationem lucrata esset, Dominus respondit : « Hoc lucrata es, quod jam vere omnibus Cœlicolis appares in eo ornatu quem petisti. » Legatus divinaé pietatit, lib. III, c. 34.

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