XXV. — Profession d'humilité chrétienne
Otrès adorable et très humble Jésus, je vous adore et vous bénis dans votre très profonde humilité. Je m'abaisse et me confonds devant vous, en la vue de mon orgueil et vanité, et vous en demande très humblement pardon. Je me donne de tout mon cœur à votre espri d'humilité. 2t en cet esprit, comme aussi en toute l'humilité du ciel et de la terre, abîmé dans le plus profond de mon néant, je reconnais devant tout le monde : 1. que je ne suis rien, n'ai rien, ne puis rien, ne sais rien, ne vaux rien, et partant que je n'ai aucune force par moimême de résister au moindre mal, ni de faire le plus petit bien ; 2. que de moi-même je suis capable de tous les crimes de Judas, de Pilate , d'Hérode, de Lucifer, de l'Antéchrist, et généralement de tous les péchés de la terre et de l'enfer; et que, si vous ne me souteniez par votre très grande bonté, je tomberais dans un enfer de toutes sortes d'abominations; 3. que j'ai mérité l'ire de Dieu et de toutes les créatures de Dieu, et les peines éternelles. Voilà mon partage, voilà de quoi je me puis glorifier, et de rien autre chose.
A raison de quoi, je fais profession : 1. de me vouloir abaisser au-dessous de toutes les créatures, me regardant et estimant, et voulant être regardé et traité en tout et partout, comme le dernier de tout les hommes ; 2. d'avoir en horreur toute la louange, honneur et gloire, comme poison et malédiction, suivant ces vôtres paroles, ô mon Sauveur : Malheur à vous lorsque les hommes vous béniront1 ; et d'embrasser et aimer tout mépris et humiliation, comme chose qui est due à un misérable damné tel que je suis, selon la qualité de pécheur et d'enfant d'Adam qui est en moi, selon laquelle, ainsi que j'ap-
1 « Vae cum benedixerint vobis homines. » Luc. VI, 26.
prends de votre Apôtre, je suis natura filius irœ\ enfant d'ire et de malédiction par ma condition naturelle ; 3. de vouloir être entièrement anéanti en mon esprit et en l'esprit d'autrui, afin que je n'aie plus aucun regard, ni estime, ni recherche de moi-même ; et que semblablement personne ne me regarde ni estime, non plus qu'une chose qui n'est point, mais qu'on ne regarde et estime que vous. Bon Jésus, vérité éternelle, imprimez en moi fortement ces vérités et sentiments, et m'en faites porter les effets, par votre très grande miséricorde et pour votre sainte gloire.