‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostoliqueChapitre 79 sur 252 · PREMIÈRE PARTIE. — ^ XXVI , L · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — ^ XXVI , L

toutes choses ; 3. que j'ai mérité par mes péchés d'être dépouillé de toutes choses, voire démon propre être et de ma propre vie.

C'est pourquoi, en la puissance de votre grâce, et en union de ce même amour par lequel vous avez voulu vivre dans un dénûment de toutes les choses de ce monde ; comme aussi en la vertu de l'esprit divin par lequel vous avez prononcé ces terribles paroles : Je ne prie point pour le monde* ; et celles-ci, parlant des; vôtres: Ils ne sont point du monde, comme je ne suis point du mondef, je fais profession publique et solennelle : i. de vouloir désormais regarder et abhorrer le monde comme un excommunié, un damné et un enfer, et de renoncer entièrement et pour jamais à tous les honneurs, richesses et plaisirs du monde présent; 2. de ne vouloir prendre volontairement aucune satisfaction, complaisance ou repos d'esprit en aucune de ces choses ; mais d'en user comme n'en usant point, c'est-à-dire sans en faire aucun état et sans m'y attacher aucunement, mais par nécessité seulement, pour obéir à votre sainte volonté qui l'ordonne ainsi, et pour votre pure gloire ; 3. de tâcher de vivre en ce monde du vieil Adam, comme n'en étant, point, mais comme étant de l'autre monde, c'est-à-dire, du monde du nouvel Adam, qui est le Ciel; voire même d'y vivre comme dans un enfer, c'est-à-dire? non seulement avec dégagement, mais avec haine, contrariété et horreur au regard de tout ce qui y est ; avec amour, désir et langueur au regard du siècle à venir ; et avec patience vers celui-ci, le soutirant comme vous le souffrez, mon Sauveur, nonobstant la très grande haine que vous lui portez, et les inclinations infinies que vous avez de le détruire et réduite en cendres, ainsi que vous ferez au jour de votre fureur. Que je sois

.' « Non pro mundo rogo. » Joan. XVII, 9.

s « De mundo non sunt, sicut et ego non sum de mundo. » Joan. XVII, 16.

en cette manière au milieu de ce monde, tout de même qu'une àme vraiment chrétienne, si elle était au milieu de l'enfer par votre ordonnance, y serait avec les dispositions susdites. Que je sois en la terre comme n'y étant point ; mais que mon esprit, mon cœur et ma conversation soit au ciel et en vous-même, qui êtes mon ciel, mon paradis, mon monde et mon tout.

Outre cela, mon Seigneur, je veux encore passer plus avant ; je veux suivre votre parole par laquelle vous me déclarez que, si je veux aller après vous, je dois non seulement renoncer à toutes choses, mais aussi à moimême. A cette fin, je me donne à la puissance du divin amour par lequel vous vous êtes anéanti vous-même ; et en union de ce même amour, je fais profession : 1. de renoncer entièrement et pour jamais à tout ce qui est de de moi et du vieil Adam ; 2. de vouloir anéantir à vos pieds, autant qu'il m'esi possible, mon esprit, mon amour propre, ma propre volonté, ma vie et mon être ; vous suppliant très humblement d'employer vous-même votre divine puissance pour m'anéantir, afin de vous établir en moi, d'y vivre, d'y régner, et d'y opérer selon tous vos desseins ; et qu'ainsi je ne sois plus, je ne vive plus, je n'agisse et ne parle plus en» moi et par moi. mais en vous et par vous. 3. Je fais cette profession, non seulement pour maintenant, mais pour tous les moments et pour toutes les actions de ma vie, et vous supplie de tout mon cœur de la regarder et accepter comme si je la faisais en chaque moment et en chaque action, et de faire en sorte, par votre très grande puissance et bonté, que j'en porte l'effet pour votre gloire, et que je puisse dire avec votre saint Apôtre : Je vis, non plus moi, mais c'est Jésus-Christ qui vit en moi*.

'« Vivo, jam non ego : vivit vero in me Ghristus. » Gai. II. 20.

l'KEMIÈHE PARTIE. — § \XVII 1«j7

XXVII. — Profession de soumission et abandon de soi-même à la divine volonté.

Omon Sauveur, je vous adore comme prononçant ces divines paroles : Je suis descendu du ciel non pas pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m'a envoyé1. Je vous adore dans la très parfaite soumission que vous avez rendue à toutes les volontés de votre Père. Je vous demande pardon de tous les empêchements que j'ai apportés à vos saintes volontés. Je me donne à votre Esprit pour vous suivre désormais dans l'usage de cette vertu de soumission. En la lumière de ce divin Esprit, je reconnais que c'est votre sainte volonté qui gouverne et dispose toutes choses, soit par ordonnance absolue, soit par permission. Je reconnais aussi que vous ne m'avez mis en la terre que pour y faire votre divine volonté, et que par conséquent c'est ma fin, mon centre, mon élément et mon souverain bien. Et partant, en union de la très parfaite soumission que vous, votre sainte Mère et tous vos Saints avez à la divine volonté, je fais profession : 1. de renoncer entièrement et pour jamais à tous mes désirs, volontés et inclinations, et de ne vouloir jamais avoir d'autre volonté que la vôtre, de la regarder toujours fixement, de la suivre partout où elle ira, le plus parfaitement qu'il me sera possible, et de m'abandonner totalement à elle pour le corps et pour l'âme, pour la vie et pour la mort, pour le temps et pour l'éternité ; 2. de vouloir plutôt mourir, voire souffrir mille enfers, que de rien faire avec vue et délibération contre votre très aimable volonté ; 3. de ne vouloir point, ni en la vie ni en la mort, ni en ce monde ni en l'autre, d'autre trésor,

* « Descendi de cœlo non ut faciam voluntatem meam, sed voluntatem ejus qui misit me. a Joan. VI, 38.

d'autre gloire, d'autre joie, d'autre contentement, ni d'autre paradis, que votre très adorable volonté. 0 très chère volonté de mon Dieu, vous êtes désormais mon cœur, mon âme, ma vie, ma force, mes richesses, mes délices, mes honneurs, ma couronne, mon empire et mon souverain bien. Vivez et régnez en moi parfaitement et éternellement.

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