SCÈNE IV Les Mêmes, MATHIEU MAGIS
QUINOLA
Oh ! voilà notre lombard ; il regarde toutes les pièces comme si eHes étaient déjà sa propriété légitime.
MATHIEU MAGIS
Je suis votre très-humble serviteur, mon cher seigneur Fontanarès.
THÉÂTRE
QUINOLA
Toujours comme le marbre, poli, sec et froid. :
FONTANARÈS.
Je VOUS Salue, monsieur MagiS. (Il se coupe da pain.)
MATHIEU MAGIS
Vous êtes un homme sublime, et, pour mon compte, je vo toute sorte de bien.
Et c'est pour cela que vous venez me faire toute sorte i
MATHIEU MAGIS
Vous me brusquez ! ça n'est pas bien. Vous ignorez q deux hommes en moi.
FONTANARÈS.
Je n'ai jamais vu l'autre.
MATHIEU MAGIS
J'ai du cœur hors des affaires.
QUINOLA
Mais vous êtes toujours en affaires.
MATHIEU MAGIS
Je vous admire luttant tous deux.
FONTANARÈS.
L'admiration est le sentiment qui se fatigue le plus pr ment chez l'homme. D'ailleurs, vous ne prêtez pas sur leî ments.
MATHIEU MAGIS
Il y a des sentiments qui rapportent et des sentiments <] nent. Vous êtes animés par la foi, c'est très-beau, mais c'< neux. Nous fîmes, il y a six mois, de petites conventions : v< demandâtes trois mille sequins pour vos expériences...
QUINOLA
A la condition de vous en rendre cinq mille.
FONTANARÈS.
Eh bien?
Le terme est expiré depuis deux mois.
FONTANARÈS.
Vous nous avez fait sommation, il y a deux mois, et raide, le e ode main même de l'échéance.
MATHIEU MAGIS
Oh ! sans fâcherie, uniquement pour être en mesure.
FONTANARÈS.
Eh bien, après?
MATHIEU MAGIS
Vous êtes aujourd'hui mon débiteur.
FONTANARÈS.
Déjà huit mois, passés comme un songe ! Et je viens de me po- .er seulement cette nuit le problème à résoudre pour faire arriver *eau froide, afin de dissoudre la vapeur! Magis, mon ami, soyez non protecteur, donnez-moi quelques jours de plus !
MATHIEU MAGIS
Oh! tout ce que vous voudrez.
QUINOLA
Vrai? Eh bien, voilà l'autre homme qui paraît, (a Fontanarôs.) Monsieur, celui-là serait mon ami. (a Magis.) Voyons, Magis II, luelques doublons ?
Ah! je respire.
MATHIEU MAGIS
C'est tout simple. Aujourd'hui, je ne suis plus seulement prêteur, e suis prêteur et co-propriétaire, et je veux tirer parti de ma pro- >riété.
QUINOLA
Ah! triple chien!
FONTANARÈS.
Y pensez-vous?
MATHIEU MAGIS
Les capitaux sont sans foi...
QUINOLA
Sans espérance ni charité; les écus ne sont pas catholiques.
MATHIEU MAGIS
A qui vient toucher une lettre de change, nous ne pouvons pas ^i**e : « Attendez! un homme de talent est en train de chercher
THÉÂTRE
une mine d'or dans un grenier ou dans une écurie ! » En six mois, j'aurais doublé mes petits sequins. Écoutezl monsieur, j'ai troe tite famille.
FONTANARÈS, à Quinola.
Ça a une femme?
Et si ça fait des petits, ils mangeront la Catalogne.
MATHIEU MAGIS
J'ai de lourdes charges.
FONTANARÈS.
Vous voyez comme je vis.
MATHIEU MAGIS
Eh! monsieur, si j'étais riche, je vous prêterais... (Quioo * main.) de quoi vivre mieux.
FONTANARÈS.
Attendez encore quinze jours.
MATHIEU MAGIS, a part.
Ils me fendent le cœur. Si ça me regardait, je me laisst^peut-être aller; mais il faut gagner ma commission, la dot fille. (Haut.) Vraiment, je vous aime beaucoup, vous'me plai*^
QUINOLA, à part.
Dire qu'on aurait un procès criminel si on l'étranglait!
FONTANARÈS.
Vous êtes de fer, je serai comme l'acier.
MATHIEU MAGIS
Qu'est-ce, monsieur?
FONTANARÈS.
Vous resterez avec moi, malgré vous.
Non, je veux mes capitaux, et je ferai plutôt saisir et vei^ toute cette ferraille.
FONTANARÈS.
Ah! vous m'obligez donc à repousser la ruse par la ruse. J'ai loyalement!... Je quitterai, s'il le faut, le droit chemin, à \c2 exemple. On m'accusera, moi! car on nous veut parfaits! \J j'accepte la calomnie. Encore ce calice à boire! Vous avez fait contrat insensé, vous en signerez un autre, ou vous me ver*
I mettre mon œuvre en mille morceaux, et garder là (n se frappe ie cœur.) mon secret.
MATHIEU MAGIS
Ah! monsieur, vous ne ferez pas cela! Ce serait un vol, une friponnerie dont est incapable un grand homme.
FONTANARÈS.
Ah ! vous vous armez de ma probité pour assurer le succès d'une monstrueuse injustice!
MATHIEU MAGIS
Tenez, je ne veux point être dans toutraci; vous vous entendrez avec don Ramon, un bien galant homme, à qui je vais céder mes droits.
FONTANARÈS.
Don Ramon?
QUINOLA
Celui que tout Barcelone vous oppose.
FONTANARÈS.
Après tout, mon dernier problème est résolu. La gloire, la fortune -vont enfin ruisseler avec le cours de ma vie. ;
Ces paroles annoncent toujours, hélas! un rouage à refaire.
FONTANARÈS.
**ati! une affaire de cent sequins.
MATHIEU MAGIS
Tout ce que vous avez ici, vendu par autorité de justice, ne les donnerait pas, les frais prélevés.
QUINOLA
Pâture à corbeaux, veux-tu te sauver!
MATHIEU MAGIS
Ménagez don Ramon, il saura bien hypothéquer sa créance sur v<Hre tête, (n revient sur Quinoia.) Quant à toi, fruit de potence, si tu tombes sous la main, je me vengerai! (a Pontanarùs.) Adieu, ^°nime de génie, (n son.)
THÉÂTRE