‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 3)Chapitre 165 sur 325 · SCÈNE PREMIÈRE PAMÉLA, JOSEPH BINET, JULES ROUSSEAU · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE PAMÉLA, JOSEPH BINET, JULES ROUSSEAU

PAMÉLA

onsieur Joseph Binet !

JOSEPH

ademoiselle Paméla Giraud ?

PAMÉLA

)us voulez donc que je vous haïsse ?

JOSEPH

ame ! si c'est le commencement de l'amour..., haïssez-moi !

PAMÉLA

h çà ! parlons raison.

JOSEPH

ous ne voulez donc pas que je vous dise combien je vous aime?

PAMÉLA

h! je vous dis tout net, puisque vous m'y forcez, que je ne i pas être la femme d'un garçon tapissier.

THÉÂTRE

JOSEPH

Kst-il nécessaire de devenir empereur» ou quelque chose comme rn, pour épouser une fleuriste?

Non... Il faut être aimé, et je ne vous aime d'aucune manière

JOSEPH

D'aucune manière! Je croyais qu'il n'y avait qu'une manière d'aimer.

PAMÉLA

Oui... mais il y a plusieurs manières de ne pas aimer. Vous pouvez être mon ami, sans que je vous aime.

JOSEPH

Oh!

PAMÉLA

Vous pouvez ui'être indifférent...

JOSEPH

Ah !

PAMÉLA

Vous pouvez în'être odieux!... Et, dans ce moment, vous m*" ^ nuyez, ce qui est pis !

JOSEPH

Je l'ennuie! moi qui me mets en cinq pour faire tout ce qu* veut.

PAMÉLA

Si vous faisiez ce que je veux, vous ne resteriez pas ici.

JOSEPH

rez-vous i

ime que <

JOSEPH

PAMÉLA

JOSEPH

Si je m'en vas..., m'aimerez-vous un peu?

PAMÉLA

Mais puisque je ne vous aime que quand vous n'y êtes pas!

lACPnu

Si je ne venais jamais?

Vous me feriez plaisir.

Mon Dieu ! pourquoi, moi, premier garçon tapissier de M. Mor^^^ en passe de devenir mon propre bourgeois, suis-je devenu amo^-^" reux de mademoiselle? Non... Je suis arrêté dans ma carrière.

PAMÉLA GIRAUD

je rêve d'elle... j'en deviens bête. Si mon oncle savait !... Mais il y a d'autres femmes dans Paris, et... après tout, mademoiselle Pâmé! a Giraud, qui êtes-vous, pour être ainsi dédaigneuse?

PAMÉLA

Je suis la fille d'un pauvre tailleur ruiné, devenu portier. Je gagne de quoi vivre... si ça peut s'appeler vivre! en travaillant nuit et jour... A peine puis-je aller faire une pauvre petite partie aux Prés-Saint-Gervais, cueillir des lilas; et, certes, je reconnais que le premier garçon de M. Morel est tout à fait au-dessus de m&'i... je ne veux pas entrer dans une famille qui croirait se mé- .sallier... Les Binet !

JOSEPH

31ais qu'avez-vous depuis huit ou dix jours, la, ma chère petite grejatille mignonne de Paméla? il y a dix jours, je venais tous les oirs vous tailler vos feuilles, je faisais les queues aux roses, les rœurs aux marguerites; nous causions, nous allions quelquefois au rm^lodrame nous régaler de pleurer... et j'étais le « bon Joseph », c mmon petit Joseph »... enfin un Joseph dans lequel vous trouviez "^^"toffe d'un mari... Tout à coup... zeste! plus rien.

PAMÉLA

3lais allez-vous-en donc!... vous n'êtes là ni dans la rue, ni chez vous.

JOSEPH

Eh bien, je m'en vais, mademoiselle... on s'en va! je causerai «lauis la loge avec maman Giraud; elle ne demande pas mieux <I*ie de me voir entrer dans sa famille, elle; elle ne change pas 4* idée!

PAMÉLA

Eh bien, au lieu d'entrer dans sa famille, entrez dans sa loge, ' Monsieur Joseph ! allez causer avec ma mère, allez !... (n sort.) Il les ^cupera peut-être assez pour que M. Adolphe puisse monter sans etre vu. Adolphe Durand! le joli nom ! c'est la moitié d'un roman ! et le joli jeune homme ! Enfin, depuis quinze jours, c'est une per- ^^ution... Je me savais bien un peu jolie; mais je ne me croyais si bien qu'il dit. Ce doit être un artiste, un employé! Quel qu'il ^ït, il me plaît; il est si comme il faut ! Pourtant, si sa mine était lrompeuse, si c'était quelqu'un de mal... car enfin cette lettre qu'il

256 THÉÂTRE

vient de me faire envoyer si mystérieusement... (Bile la tire de »r «=»n conet, et lisant. ) « Attendez-moi ce soir, soyez seule, et que per — rsonne ne me voie entrer, si c'est possible; il s'agit de ma vie, et si vous saviez quel affreux malheur me poursuit !... Adolphe Durand. » Écrit au crayon. 11 s'agit de sa vie !... je suis dans une anxiété...

JOSEPH, revenant.

Tout en descendant l'escalier, je me suis dit : « Pourquo mLJo\

Paméla...? » (Jule» paraît.)

PAMÉLA

Ah!

JOSEPH

Quoi? (Jules disparaît.)

PAMÉLA

Il m'a semblé voir... J'ai cru entendre un bruit là-haut! All^JBe;

donc visiter le grenier au-dessus, peut-être quelqu'un cW -;/

caché là! Avez-vous peur, vous?

JOSEPH

Non.

PAMÉLA

Eh bien, montez, fouillez ! sans quoi, je serais effrayée pendas-**1 toute la nuit.

JOSEPH

J'y vais... je monterai sur le toit si vous voulez, (n entre à gau^^*1*

par une petite porte qui conduit au grenier. )

PAMÉLA, l'accompagnant.

Allez. \ Jules entre.) Ah! monsieur , quel rôle vous me fai^e* jouer!

JULES

Vous me sauvez la vie, et peut-être ne le regretterez-vous p^^vous savez combien je vous aime ! m lui baise u main.)

PAMÉLA

Je sais que vous me l'avez dit; mais vous agissez. ..

Jl LES.

Comme avec une libératrice.

PAMÉLA

Vous m'avez écrit... et cette lettre m'a ôté toute ma sécurité- - Je M sais plus ni qui vous êtes, ni ce qui vous amène.

PAMÉLA GIRAUD

JOSEPH, en dehon.

noiselle, je suis dans le grenier... J'ai vu sur le toit.

JULES

avenir.. • où me cacher?

PAMÉLÀ.

rous ne pouvez rester ici !

JULES

roulez me perdre, Paméla !

PAMÉLA

ici! Venez... là!... (Bile le cache sont la mansarde.) JOSEPH, revenant.

n'êtes pas seule, mademoiselle?

• puisque vous voilà.

JOSEPH

îtendu quelque chose comme une voix d'homme.,. La voix

PAMÉLA

! elle descend peut-être aussi... Voyez dans l'escalier...

JOSEPH

e suis sûr...

PAMÉLA

m. Laissez-moi, monsieur; je veux'être seule.

JOSEPH

une voix d'homme ?

PAMÉLA

ne me croyez donc pas?

JOSEPH

'ai parfaitement entendu.

PAMÉLA

JOSEPH

lademoiselle !

PAMÉLA

vous aimez mieux croire les bruits qui vous passent par les que ce que je vous dis, vous ferez un fort mauvais l'en sais maintenant assez sur votre compte... xviii. 47

THÉÂTRE

JOSEPH

Ça n'empêche pas que ce que j'ai cru entendre...

PAMÉLA

Puisque vous vous obstinez, vous pouvez le croire... Oui, vous avez entendu la voix d'un jeune homme qui m'aime et qui fait tout ^ ce que je veux... il disparaît quand il le faut, et il vient à volonté. ^

Eh bien, qu'attendez-vous? croyez-vous que, s'il est ici» votre pré ^

sence nous soit agréable? Allez demander à mon père et à m*^ mère quel est son nom... Il a dû le leur dire en montant, lui et ^ voix.

JOSEPH

Mademoiselle Paméla, pardonnez à un pauvre garçon qui est fa d'amour... Ce n'est pas le cœur que je perds, c'est la tête, aussit* qu'il s'agit de vous. Ne sais-je pas que vous êtes aussi sage q^^* i belle ? que vous avez dans l'âme encore plus de trésors que vcw Vls n'en portez? Aussi... tenez, vous avez raison, j'entendrais dix vo- ^jx, je verrais dix hommes là, que ça né me ferait rien... mais ui^^ .

PAMÉLA

Eh bien?

JOSEPH

Un... ça me gênerait davantage. Mais je m'en vais; c'est j^»ur rire que je vous dis tout ça... je sais bien que vous allez être se«ale. Au revoir, mademoiselle Paméla; je m'en vas... j'ai confiance-

PAMÉLA, à part.

11 se doute de quelque chose.

JOSEPH, à part.

11 y a quelqu'un ici... Je cours tout dire au père et à la ncaère Giraud. (Haut.) Au revoir, mademoiselle Paméla. (a sort.)

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