‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 3)Chapitre 18 sur 325 · SCÈNE IV LE DUC, SAINT-CHARLES · texte numérisé non relu

SCÈNE IV LE DUC, SAINT-CHARLES

SAINT-CHARLES

C'est fait, monsieur le duc. Désirez-vous savoir ce que contient la lettre?

LE DUC

Mais, mon cher, vous exercez une puissance terrible et miraculeuse.

SAINT-CHARLES

Vous nous remettez un pouvoir absolu, nous en usons avec adresse.

LE DUC

Et si vous en abusiez ?

SAINT-CHARLES

Impossible : on nous briserait.

Comment des hommes doués de facultés si précieuses les exercent-ils dans une pareille sphère?

SAINT-CHARLES

Tout s'oppose à ce que nous en sortions : nous protégeons nos protecteurs, on nous avoue trop de secrets honorables, et Ton nous en cache trop de honteux pour qu'on nous aime ; nous rendons de tels services, qu'on ne peut s'acquitter qu'en nous méprisant. On veut d'abord que pour nous les choses ne soient que des mots : ainsi la délicatesse est une niaiserie, l'honneur une convention, la traîtrise diplomatie ! Nous sommes des gens de confiance ; et cependant, Ton nous donne beaucoup à deviner. Penser et agir, déchiffrer le passé dans le présent, ordonner l'avenir dans les plus

VAUTRIN

petites choses, comme je viens de le faire, voilà notre programme; il épouvanterait un homme de talent. Le but une fois atteint, les mots redeviennent des choses, monsieur le duc, et Ton commence à soupçonner que nous pourrions bien être infâmes.

LE DUC

Tout ceci* mon cher, peut ne pas manquer de justesse; mais vous n espérez pas, je crois, faire changer l'opinion du monde, ni la mienne?

SAINT-CHARLES

Je serais un grand sot, monsieur le duc. Ce n'est pas l'opinion d'autrui, c'est ma position que je voudrais faire changer.

LE DUC

Et, selon vous, la chose serait très-facile?

Pourquoi pas, monseigneur ? Au lieu de surprendre des secrets de famille, qu'on me fasse espionner des cabinets ; au lieu de surveiller des gens flétris, qu'on me livre les plus rus és diplomates ; au lieu de servir de mesquines passions, laissez-moi servir le gouvernement : je serais heureux alors de cette part obscure dans une œuvre éclatante... Et quel serviteur dévoué vous auriez, monsieur le duc !

LE DUC

Je suis vraiment désespéré, mon cher, d'employer de si grands talents dans un cercle si étroit; mais je saurai vous y juger, et, plus tard, nous verrons.

SAINT- CHARLES, à part.

Ah! nous verrons? — C'est tout vu.

LE DUC

Je veux marier mon fils...

SA 1 NT*- CH A RLE S

A mademoiselle Inès de Christoval , princesse d'Arjos, beau mariage! Le père a fait la faute de servir Joseph Buonaparté, il est banni par le roi Ferdinand; serait-il pour quelque chose dans la révolution du Mexique ?

LE DUC

Madame de Christoval et sa fille reçoivent un aventurier qui a nom...

26 THÉÂTRE

SAI3T-CI1ABLES

Raoul de Frescas.

LE DCC

Je n'ai donc rien à vous apprendre?

SAI5T-CI1ARLES

Si M. le duc le désire, je ne saurai rien.

LE DCC

Parlez, au contraire, afin que je sache quels sont les secrets que vous nous permettez d'avoir.

SAINT-CHARLES

Convenons d'une chose, monsieur le duc : quand ma franchise vous déplaira, appelez-moi chevalier, je rentrerai dans l'humble rftle d'observateur payé.

LE DCC

Continuez, mon cher, U pan.) Ces gens-là sont bien amusants!

SAINT-CHARLES

M. de Frescas ne sera un aventurier que le jour où il ne pourra plus mener le. train d'un homme qui a cent mille livres de rente.

LE DCC

Quel qu'il soit, il faut que vous perciez le mystère dont il s'enveloppe.

SAINT-CHARLES

Ce que demande M. le duc est chose difficile. Nous sommes obligés à beaucoup de circonspection avec les étrangers : ils sont les maîtres, ils nous ont bouleversé notre Paris.

LE DCC

Ah ! quelle plaie !

SAINT-CHARLES

M. le duc serait de l'opposition?

LE DCC

f aurais voulu ramener le roi sans son cortège; voilà tout.

SAINT-CHARLES

Le roi n'est parti, monsieur le duc, que parce qu'on a désorganisé la magnifique police asiatique créée par Buonaparté ! On veut la faire aujourd'hui avec des gens comme il faut, c'est à donner sa démission. Entravés par la police militaire de l'invasion, nous n'osons arrêter personne, dans la crainte de mettre la main sur

VAUTRIN

quelque prince en bonne fortune ou sur quelque margrave qui a trop dîné. Mais, pour vous, monsieur le duc, on fera l'impossible. Ce jeune homme a-t-il des vices? Joue-t-il?

LE DUC

Oui, dans le monde.

SAINT-CHARLES

Loyalement?

LE DUC

Monsieur le chevalier ! . . .

SAINT- CHARLES

Ce jeune homme doit être bien riche.

LE DUC

Prenez vous-même vos informations.

SAINT-CHARLES

Pardon, monsieur le duc; mais, sans les passions, nous ne pourrions pas savoir grand'chose. M. le duc serait-il assez bon pour me dire si ce jeune homme aime sincèrement mademoiselle de Christoval?

LE DUC

Une princesse! une héritière! Vous m'inquiétez, mon cher.

SAINT-CHARLES

M. le duc ne m'a-t-il pas dit que c'était un jeune homme? D'ailleurs, l'amour feint est plus parfait que l'amour véritable : voilà pourquoi tant de femmes s'y trompent! Il a dû rompre alors avec quelques maîtresses, et délier le cœur, c'est déçhainer la langue.

LE DUC

Prenez garde! votre mission n'est pas ordinaire, n'y mêlez point de femmes : une indiscrétion vous aliénerait ma bienveillance, car tout ce qui regarde M. de Frescas doit mourir entre vous et moi. U secret que je vous demande est absolu, il comprend ceux que vous employez et ceux qui vous emploient. Enfin, vous seriez Perdu, si madame de Montsorel pouvait soupçonner une seule de yos démarches.

SAINT-CHARLES

Madame de Montsorel s'intéresse donc à ce jeune homme? D°i*-je la surveiller? car cette fille est sa femme de chambre.

THEATRE

le Dre.

Monsieur le chevalier de Saint-Charles, l'ordonner esl indigne de moi. le demander est bien peu digne de vous.

SAIST-CBAELES.

Moosâeur le duc. nous nous comprenons parfaitement. Quel est maintenant l'objet principal de mes recherches?

LE DLC

Sachez si Raoul de Frescas est le irai nom de ce jeune homme : sachez le lieu de sa naissance, fouillez toute sa TÎe. et tenez tout ceci pour un secret d'État.

SAI3T-CHAELES.

Je ne tous demande que jusqu'à demain, monseigneur.

LE DCC

Ces* [«u de temps.

SAtST-CKAELESw

Xoa. monsieur le duc. c'est beaucoup dTargem.

LE DCC

\e croyez pis que je désire savoir des choses mauvaises: votre habitai-, à vous autres, esî de servir les passions au heu de les éclairer : vous aimez nûrïn inven:er que de n'avoir rien à dire. Je seriîs ecciiimc d'appreodre que ce jeiine homme a une famille...

SCÈXE Y Les Mimes. LE MARQUIS.

LE Dk C. ;ja:.ixuL

St M. ^ Frescis est ^aùlhocuïie. sî La princesse X Arjo*s le préfère ârcâieareas i tljsl èis* Le sLmjuîs st reliera.

LE ïliCwN

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