‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 3)Chapitre 201 sur 325 · SCÈNE PREMIÈRE GERTRUDE, LE GÉNÉRAL, puis FÉLIX · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE GERTRUDE, LE GÉNÉRAL, puis FÉLIX

GERTRUDE

e t'assure, mon ami, qu'il serait imprudent d'attendre plus Stemps pour marier ta fille, elle a vingt-deux ans. Pauline a P tardé à faire un choix ; et, en pareil cas, c'est aux parents à ^ir leurs enfants... D'ailleurs, j'y suis intéressée.

LE GÉNÉRAL

Et comment?

GERTRUDE

position d'une belle-mère est toujours suspecte. On dit depuis elque temps dans tout Louviers que c'est moi qui suscite des ^acles au mariage de Pauline.

xviii. 22

THÉÂTRE

LE GÉNÉRAL

Ces sottes langues de petites villes! je voudrais en couper quel- .

ques-unes! T'attaquer, toi, Gertrude, qui, depuis douze ans, pour Pauline une véritable mûre ! qui Tas si bien élevée!

GERTRUDE

Ainsi va le monde! On ne nous pardonne pas de vivre à une faible distance de la ville, sans y aller. La société nous punit d^^( savoir nous passer d'elle. Crois-tu que notre bonheur ne fasse p?^ de jaloux? Mais notre docteur...

LE GÉNÉRAL

Vernon?...

GERTRUDE

Oui, Vernon est très-envieux de toi : il enrage de ne pas av*^^ su inspirer à une femme l'affection que j'ai pour toi. Aussi ptend-il que je joue la comédie! Depuis douze ans? comme c" ^st vraisemblable !

LE GÉNÉRAL

Une femme ne peut pas être fausse pendant douze ans sans qu'on s'en aperçoive. C'est stupide!... Ah! Vernon, lui aussi!...

GERTRUDE

Oh! il plaisante. Ainsi donc, comme je te le disais, tu vas voir Godard. Cela m'étonne qu'il ne soit pas arrivé. C'est un si ricK« parti, que ce serait une folie de le refuser. Il aime Pauline, er^» quoiqu'il ait ses défauts, qu'il soit un peu provincial, il peut refld^-"*5 ta fille heureuse.

LE GÉNÉRAL

J'ai laissé Pauline entièrement maîtresse de se choisir un mari *

GERTRUDE

Oh! sois tranquille! une fille si douce, si bien élevée, si sage!

LE GÉNÉRAL

Douce! elle a mon caractère, elle est violente.

Elle, violente? Mais toi, voyons!... ne fais-tu pas tout ce que j veux?

LE GÉNÉRAL

Tu es un ange, tu ne veux jamais rien qui ne me plaise. A p* pos, Vernon dîne avec nous après son autopsie.

LA MARATRE. 339

GERTRUDE

As-tu besoin de me le dire?

LE GÉNÉRAL

Je ne t'en parle que pour qu'il trouve sur la table les vins qu'il affectionne.

FÉLIX, entrant.

M. de Rimonville!

LE GÉNÉRAL

Faites entrer.

GERTRUDE, elle fait signe à Félix de ranger la jardinière.

Je passe chez Pauline pendant que vous causerez affaires; je ne cuis pas fâchée de surveiller un peu l'arrangement de sa toilette. Ces jeunes personnes ne savent pas toujours ce qui leur sied le mieux.

LE GÉNÉRAL

Ce n'est pas farute de dépense ! car, depuis dix-huit mois, sa toilette coûte le double de ce qu'elle coûtait auparavant; après tout, pauvre fille, c'est son seul plaisir.

Comment, son seul plaisir? et celui de vivre en famille comme °ous vivons! Si je n'avais pas le bonheur d'être ta femme, je vou- ***^ïs être ta fille!... Je ne te quitterai jamais, moi! (siie fait quelques Depuis dix-huit mois, dis-tu? c'est singulier!... En effet, elle *>i*te depuis ce temps-là des dentelles, des bijoux, de jolies choses.

LE GÉNÉRAL

Elle est assez riche pour pouvoir satisfaire ses fantaisies.

GERTRUDE

Et elle est majeure! (a part.) La toilette, c'est la fumée! y au- ***~-il du feu? (sue sort.)

Page 1