‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 3)Chapitre 204 sur 325 · SCÈNE IV Les Mêmes, PAULINE, GERTRUDE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV Les Mêmes, PAULINE, GERTRUDE

LE GÉNÉRAL, apercevant Pauline.

Ah! te voilà, petite?

GERTRUDE

N'est-ce pas qu'elle est jolie ?

GODARD

Mad...

GERTRUDE

Oh! pardon, monsieur, je ne voyais que mon ouvrage.

GODARD

Mademoiselle est éblouissante.

GERTRUDE

Nous avons du monde à dîner, et je ne suis pas belle-mère c>* tout; j'aime à la parer, car c'est une fille pour moi.

GODARD, à part.

On m'attendait !

GERTRUDE

Je vais vous laisser avec elle. . . faites votre déclaration. ( au générai. Mon ami, allons au perron, voir si notre cher docteur arrive.

Je suis tout à toi, comme toujours, (a Pauline.) Adieu, mon bi;

(A Godard.) Ail revoir. (Gcrtrude et le général vont au perron; mais Ger surveille Godard et Pauline. Ferdinand va pour sortir de la chambre de Pa' sur un signe de cette dernière, il y rentre précipitamment.)

GODARD, sur le devant do la scène.

Voyons, que dois-je lui dire de fin, de délicat? Ah! j'y (a Pauline.) Nous avons une bien belle journée, aujourd'hui, moiselle.

PAULINE

Bien belle, en effet, monsieur.

GODARD

Mademoiselle!...

LA MARATRE

PAULINE

Monsieur?

GODARD

Il dépend de vous de la rendre encore plus belle pour moi.

PAULINE

Comment?

GODARD

Vous ne comprenez pas? Madame de Granchamp, votre belleraère, ne vous a-t-elle donc rien dit à mon sujet?

PAULINE

En m'habillant, tout à l'heure, elle m'a dit de vous un bien infini!

GODARD

Et pensez-vous de moi quelque peu de ce bien qu'elle a eu la t>onté de...?

PAULINE

Oh ! tout, monsieur !

GODARD, se plaçant dans un fauteuil. A part.

Cela va trop bien. (Haut.) Aurait-elle commis l'heureuse indiscrétion de vous dire que je vous aime tellement, que je voudrais v-oi^s voir la châtelaine de Rimonville?

PAULINE

Elle m'a fait entendre vaguement que vous veniez ici dans une ***Cemtion qui m'honore infiniment.

GODARD, à genoux.

J« vous aime, mademoiselle, comme un fou! je vous préfère à a«Iemoiselle de Blonville, à mademoiselle de Clairville, à mademoiselle de Verville, à mademoiselle de Pont-de-Ville..., à...

PAULINE

Oh ! assez, monsieur ! je suis confuse de tant de preuves d'un a*x*our encore bien récent pour moi ! C'est presque une hécatombe. <Oo<Jard se jève.) Monsieur votre père se contentait de conduire les v*<^times! mais vous, vous les immolez.

GODARD, à part.

Aïe! aïe! elle me persifle, je crois... Attends, attends!

1 1 faudrait au moins attendre: et, je vous l'avouerai...

THÉÂTRE

GODARD

Vous ne voulez pas vous marier encore... Vous êtes 1 auprès de vos parents, et vous ne voulez pas quitter votr

PAULINE

C'est cela précisément.

GODARD

En pareil cas, il y a des mamans qui disent aussi que ', est trop jeune; mais, comme monsieur votre père vous doni deux ans, j'ai cru que vous pouviez avoir le désir de vouî

PAULINE

Monsieur!

GODARD

Vous êtes, je le sais, l'arbitre de votre destinée et de la mais» fort des vœux de votre père et de votre seconde m vous supposent le cœur libre, me permettez-vous l'espéra

PAULINE

Monsieur, la pensée que vous avez eue de me rec quelque flatteuse qu'elle soit pour moi, ne vous donne droit d'inquisition plus qu'inconvenant.

GODARD, à part.

Aurais-je un rival?... (Haut.) Personne, mademoiselle, ne au bonheur sans combattre.

Encore?... Je vais me retirer, monsieur.

GODARD

De grâce, mademoiselle!... (a part.) Voilà pour ta railler

PAULINE

Eh ! monsieur, vous êtes riche, et personnellement si bi< par la nature ; vous êtes si bien élevé, si spirituel, que vo verez facilement une jeune personne et plus riche et plus b moi.

GODARD

Mais quand on aime?...

PAULINE

Eh bien, monsieur, c'est cela même.

GODARD, a part.

Ah! elle aime quelqu'un... Je vais rester pour savoir qu

LA MARATRE. 354

Mademoiselle, dans l'intérêt de mon amour-propre, me permettezvous au moins de demeurer ici quelques jours ?

PAULINE

Mon père, monsieur, vous répondra.

GERTRUDE, «'avançant, à Godard.

Eh bien?

GODARD

Refusé net, durement et sans espoir; elle a le cœur pris.

GERTRUDE, à Godard.

Elle? une enfant que j'ai élevée, je le saurais; et, d'ailleurs, personne ne vient ici... (a. part.) Ce garçon vient de me donner des soupçons qui sont entrés comme des coups de poignard dans mon oœur... (a Godard.) Demandez-lui donc...

GODARD

Ah bien, lui demander quelque chose?... Elle s'est cabrée au premier mot de jalousie.

GERTRUDE

Eh bien, je la questionnerai, moi!...

LE GÉNÉRAL

Ah! voilà le docteur!... Nous allons savoir la vérité sur la mort a la femme à Champagne.

Page 1