‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 3)Chapitre 215 sur 325 · SCÈNE VII LE GÉNÉRAL, PAULINE · texte numérisé non relu

SCÈNE VII LE GÉNÉRAL, PAULINE

LE GÉNÉRAL, à part.

Confesser ma fille! Je suis tout à fait impropre à cette ma" nœuvre! C'est elle qui me confessera. (Haut.) Pauline, viens li-

LA MARATRE

(n la prend sur ses genoux.) Bien, ma petite chatte! Crois-tu qu'un vieux troupier comme moi ne sache pas ce que signifie la résolution de rester fille?... Gela veut dire, dans toutes les langues, qu'une jeune personne veut se marier, mais... à quelqu'un qu'elle aime.

Papa, je te dirai^bien quelque chose, mais je n'ai pas confiance *ntoi.

LE GÉNÉRAL

Et pourquoi cela, mademoiselle?

PAULINE

Tu dis tout à ta femme.

LE GÉNÉRAL

Et tu as un secret de nature à ne pas être dit à un ange, à une □line qui t'a élevée, à ta seconde mère !

PAULINE

3h ! si tu te fâches, je vais aller me coucher... Je croyais, moi, a le cœur d'un père devait être un asile sûr pour une fille.

LE GÉNÉRAL

>h! câline! Allons, pour toi, je vais me faire doux.

PAULINE

Z>h ! que tu es bon! Eh bien, si j'aimais le fils d'un de ceux que maudis?

LE GÉNÉRAL se lève brusquement et repousse sa fille.

le te maudirais!

PAULINE

En VOilà de la dOUCeur, la! (Oertrude paraît.)

LE GÉNÉRAL

Mon enfant, il est des sentiments qu'il ne faut jamais éveiller en "A ; tu le sais, c'est ma vie. Veux-tu la mort de ton père?

Oh!

LE GÉNÉRAL

Chère enfant! j'ai fait mon temps... Tiens, mon sort est à envier rès de toi, prè3 de Gertrude. Eh bien, quelque douce et chartante que soit mon existence, je la quitterais sans regret si, la ^littant, je te rendais heureuse; car nous devon3 le bonheur à eux à qui nous avons donné la vie.

THÉÂTRE

PAULINE Toit la porte en tre-b Aillée.

Ah! elle écoute. (Haut.) Mon père, il n'en est rien, rassurez-vous 1 Mais enfin, voyons..., si cela était et que ce fût un sentiments! violent que j'en dusse mourir ?

LE GÉNÉRAL

Il faudrait ne m'en rien dire, ce serait plus sage, et attendre ma mort. Et encore! s'il n'y a rien de plus sacré, de plus aimé, après Dieu et la patrie, pour les pères, que leurs enfants, les enfants, à leur tour, doivent tenir pour saintes les volontés de leurs pères, et ne jamais leur désobéir, même après leur mort. Si tu n'étais pas fidèle à cette haine, je sortirais, je crois, de mon cercueil pour te maudire.

PAULINE, elle embrasse son père.

Oh! méchant! méchant! Eh bien, je saurai maintenant si tu es discret... Jure-moi sur ton honneur de ne pas dire un mot de ceci.

LE GÉNÉRAL

Je te le promets! Mais quelle raison as-tu donc de te défier de

Tu ne me croirais pas.

LE GÉNÉRAL

Ton intention est-elle de tourmenter ton père?

PAULINE

Non... A quoi tiens-tu le plus, à ta haine contre les traîtres, ou à ton honneur?

LE GÉNÉRAL

A l'un comme à l'autre, c'est le même principe.

PAULINE

Eh bien, si tu manques à l'honneur en manquant à ton serment, tu pourras manquer à ta haine. Voilà tout ce que je voulais savoir.

LE GÉNÉRAL

Si les femmes sont angéliques, elles ont aussi quelque chose , d'infernal. Dites-moi qui souffle de pareilles idées à une fille innocente comme la mienne?... 'Voilà comme elles nous mènent par le-

PAULINE

Bonne nuit, mon père.

LA MARATRE. 383

LE GÉNÉRAL

Hum! méchante enfant!

PAULINE

Sois discret, ou je t'amène un gendre à te faire frémir, (eu*

en Ire chez elle.)

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