‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 3)Chapitre 217 sur 325 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

FERDINAND, PAULINE; elle pousse les verrous.

Es-tu marié?

FERDINAND

Quelle plaisanterie!... Ne te Taurais-je pas dit?

PAULINE

Ah! (Elle tombe dans un fauteuil, puis à genoux.) Sainte Vierge, quel Vœu VOUS faire? (Elle embrasse lu main de Ferdinand.) Et toi, Sois mille

fois béni !

FERDINAND

Mais qui t'a dit une pareille folie?

PAULINE

Ma belle-mère.

FERDINAND

Elle sait tout! ou, si elle ne le sait pas, elle va nous espionner et tout découvrir; car les soupçons, chez les femmes comme elle, c'est la certitude!... Écoute-moi, Pauline, les instants sont précieux. C'est madame de Grandchamp qui m'a fait venir dans cette maison.

PAULINE

Et pourquoi?

FERDINAND

Parce qu'elle m'aime.

PAULINE

Quelle horreur!... Eh bien, et mon père?

FERDINAND

Elle m'aimait avant de se marier.

Elle t'aime; mais toi, Taimes-tu?

FERDINAND

. Serais-je resté dans cette maison ?

PAULINE

Elle t'aime... encore?

LA MARATRE

FERDINAND

Malheureusement toujours!... Elle a été, je dois te l'avouer, ma îmière inclination; mais je la hais- aujourd'hui de toutes les puisîces de mon âme, et je cherche pourquoi. Est-ce parce que je ime, et que tout véritable et pur amôur est de sa nature exclu- ? est-ce que la comparaison d'un ange du pureté tel que toi et m démon comme elle me pousse autant à la haine du mal qu'à mour de toi, mon bien, mon bonheur, mon joli trésor? je ne s. Mais je la hais, et je t'aime à ne pas regretter de mourir, si i père me tuait; car une de nos causeries, une heure passée là, ès de toi, me semble, môme après qu'elle s'est écoulée, toute i vie.

PAULINE

Oh! parle, parle toujours!... tu m'as rassurée. Après t' avoir enndu, je te pardonne le mal que tu m'as fait en m'apprenant que ne suis pas ton premier, ton seul amour, comme tu es le mien... est une illusion perdue, que veux-tu! Ne te fâche pas! Les jeunes les sont folles, elles n'ont d'ambition que dans leur amour, et les voudraient avoir le passé comme elles ont l'avenir de celui u'ellës aiment! Tu la hais! voilà pour moi plus d'amour dans une arole que toutes les preuves que tu m'en a données en deux ans. i tu savais avec quelle cruauté cette marâtre m'a mise à la queson! Je me vengerai!

Prends garde! elle est bien dangereuse! Elle gouverne ton père!

5 est femme à livrer un combat mortel!

PAULINE

Mortel! c'est ce que je veux.

FERDINAND

6 la prudence, ma chère Pauline! Nous voulons être l'un à

n'est-ce pas?... eh bien, mon ami le procureur du roi est que, pour triompher des difficultés qui nous séparent, il • ^voir la force de nous quitter pendant quelque temps.

PAULINE

^ ! donne-moi deux jours, et j'aurai tout obtenu de mon père.

FERDINAND

^ ne connais pas madame de Grandchamp. Elle a trop fait xviii. 25

THÉÂTRE

pour ne pas te perdre, et elle osera tout. Aussi ne partirai-je pa^^^ sans te donner des armes terribles contre elle.

PAULINE

Donne, donne !

FERDINAND

Pas encore. Promets-moi de n'en faire usage que si ta vie e== s menacée, car c'est un crime contre la délicatesse que je comm^^?^ trai! Mais il s'agit de toi.

PAULINE

Qu'est-ce donc?

FERDINAND

Les lettres qu'elle m'a écrites avant son mariage et quelques sunes après... Je te les remettrai demain. Pauline, ne les Us pas jure-le-moi par notre amour, par notre bonheur! 11 suffira, si la nécessité le voulait absolument, qu'elle sache que tu les as en possession, et tu la verras trembler, ramper à tes pieds; car alors toutes ses machinations tomberont. Mais que ce soit ta demie ressource, et surtout cache-les bien !

PAULINE

Quel duel!

FERDINAND

Terrible! Maintenant, Pauline, garde avec courage, comme tu Tas fait, le secret de notre amour; attends pour l'avouer qu'il puisse se nier.

PAULINE

Ah! pourquoi ton père a-t-il trahi l'empereur! Mon Dieu, si pères savaient combien leurs enfants sont punis de leurs fautes, f n'y aurait que de braves gens !

FERDINAND

Peut-être est-ce notre dernière joie que ce triste entretien!

PAULINE, à part.

Je le rejoindrai... (Haut.) Tiens, je ne pleure plus, je suis c=-0UW" geuse... Dis! ton ami sera dans le secret de ton asile?

FERDINAND

Eugène sera notre intermédiaire.

Et ces lettres?

LA MARATRE

FERDINAND

imainî demain!... Mais où les cacheras-tu ?

PAULINE

les garderai sur moi.

FERDINAND

i bien, adieu.

PAULINE

>n, pas encore.

FERDINAND

i instant peut nous perdre...

PAULINE

i nous unir pour la vie... Tiens, laisse-moi te reconduire, je mis tranquille que lorsque je te vois dans le jardin. Viens, s.

FERDINAND

i dernier coup d'œil à cette chambre de jeune fille où tu pens à moi..., où tout parle de toi.

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