SCÈNE IX Les Mêmes, GODARD
* GODARD
Mesdames, je suis déjà venu pour vous présenter mes hommages et mes respects, mais j'ai trouvé la porte close... — Général, je
VOUS SOUhaite le bonjour. (Le général lit les journaux et le salue de la
main.) Ah! voilà mon adversaire d'hier. — Vous venez prendre votre revanche, docteur?
VERNON
Non, je viens prendre le thé.
GODARD
Ah ! vous avez ici cette habitude anglaise, russe et chinoise?
PAULINE
Préférez-vous le café?
GERTRUDE
Marguerite, du café.
GODARD
Non, non, permettez-moi de prendre du thé; je ne ferai pas comme tous les jours... D'ailleurs, vous déjeunez, je le vois, à midi; le café au lait me couperait l'appétit pour le déjeuner. Et puis les Anglais» les Russes et les Chinois n'ont pas tout à fait tort.
VERNON
Le thé, monsieur, est une excellente chose.
Quand il est bon.
PAULINE
Celui-ci, monsieur, est du thé de caravane.
GERTRUDE
Docteur, tenez, voilà les journaux, (a Pauline.) Va causer avec M. de Rimonville, mon enfant; moi, je ferai le thé.
GODARD
Mademoiselle de Grandchamp ne veut peut-être pas plus de ma conversation que de ma personne?...
THÉÂTRE
PAl LINE.
Vous vous trompez, monsieur*
LE GÉXÉAAL.
PAULINE
fti vous im faites la faveur de ne plus vouloir de mtfi pour Umnw, vohh jwssédez alors à mes yeux les qualités brillantes qui (Uns mi g/$duin; mesdemoiselles Boudeville, Clinville, Derville, ei
GODARD
kwi> mademoiselle. Ah! comme vous vous moquez d'un amoufm\ âî<ujinluit c|iii cependant a quarante mille livres de rente! J'imt \n ruai» ici, plus j'ai de regrets. Quel heureux homme que M. Kurdiriaud du Charny !
PAULINE
Iluiiruii* ! et do quoi? pauvre garçon! d'être le commis de mon pore?
GERTRU DE.
Monsieur do Rimonville?
LE GÉNÉRAL
Godard...
GERTRUDE
Monsieur de Rimonville?
LE GÉNÉRAL
Godard, ma femme vous parle.
GERTRUDE
Aimez-vous le thé peu ou beaucoup sucré
GODARD
Médiocrement.
GERTRUDE
Pas beaucoup de crème ?
GODARD
Au contraire, beaucoup, madame la comtesse, (a Pauline.) M. Ferdinand n'est pas celui qui... que vous avez distingua- Kh bien, moi, je puis vous assurer qu'il est fort du goût de v0tre belle-mère.
LA MARATRE
PAULINE, à part.
Quelle peste que ces curieux de province !
GODARD , à part.
11 faut que je m'amuse un peu avant de prendre congé ! Je veux "aire mes frais.
GERTRUDE
Monsieur de Rimonville, si vous désirez quelque chose de substantiel, voici des sandwich.
GODARD
Merci, madame !
GERTRUDE, à Godard.
Tout n'est pas perdu pour vous.
GODARD
Oh ! madame ! j'ai fait bien des réflexions sur le refus de mademoiselle de Grandchamp.
GERTRUDE
Ah! (au docteur.) Docteur, le vôtre comme à l'ordinaire?...
VERNON
S'il vous plaît, madame.
GODARD, à Pauline.
Pauvre garçon! avez-vous dit, mademoiselle? Mais M. Ferdinand n'est pas si pauvre que vous le croyez ! 11 est plus riche que rnoi.
PAULINE
D'où savez-vous cela?
GODARD
J'en suis certain, et je vais tout vous expliquer. Ce M. Ferdinand, que vous croyez connaître, est un garçon excessivement dissimulé...
PAULINE, à part.
Grand Dieu! saurait-il son nom?
GERTRUDE, â part.
Quelques gouttes d'opium versées dans son thé l'endormiront, et je serai sauvée.
GODARD
Vous ne vous doutez pas de ce qui m'a mis' sur la voie...
THÉÂTRE
PAULINE
Oh ! monsieur ! de grâce !
GODARD
C'est le procureur du roi. Je me suis souvenu que, chez les B ^ deville, on disait que votre commis...
PAULINE, a part.
11 me met au supplice.
GERTRUDE, présentant une tasse à Pauline.
Tiens, Pauline.
VERNON, à part.
Ai-je la berlue? j'ai cru lui voir mettre quelque chose dans I tasse de Pauline.
Et que disait-on ?
GODARD
Ah! ah! comme vous m' écoutez !... Je serais bien flatté de savoir que vous auriez cet air-là pendant que quelqu'un vous parlerait de moi, comme je vous parle de M. Ferdinand.
PAULINE
Quel singulier goût a le thé ! Trouvez-vous le vôtre bon?
GODARD
Vous vous en prenez à votre thé pour cacher l'intérêt que vous prêtez à ce que" je vous dis. C'est connu ! Eh bien, je viens exciter votre surprise à un haut degré... Apprenez que M. Ferdinand est...
PAULINE
Est...
GODARD
Millionnaire !
PAULINE
Vous vous moquez de moi, monsieur Godard.
GODARD
Sur ma parole d'honneur, mademoiselle, il possède un trésor... (a part.) Elle est folle de lui.
PAULINE, à part.
Quelle peur Ce SOI llfa faite! (Elle se lôvc avec sa tasse, que Vernon
LA MARATRE
Donnez, mon enfant.
LE GÉNÉRAL, à sa femme.
Ou' as-tu, chère amie? tu me semblés...
VERNON. Il a changé sa tasse contre celle de Pauline et rend la sienne à Gertrude. — A part.
C'est du laudanum, la dose est légère, heureusement; allons, il ra se passer ici quelque chose d'extraordinaire... (a Godard.) Monteur Godard!... VOUS êtes un rusé Compère. (Godard prend son mouhoir et fait le geste de se moucher. Vcrnon rit. ) Ah !
GODARD
Docteur, sans ragcune.
VERNON
Voyons! vous sentez-vous capable d'emmener le général à la abrique, et de l'y retenir une heure?
GODARD
11 me faudrait le petit.
VERNON
11 est à l'école jusqu'au dîner.
GODARD
Et pourquoi voulez-vous... ?
VERNON
Je vous en prie, vous êtes un galant homme, il le faut... Aimezous Pauline?
GODARD
Ohl je r aimais hier, mais ce matin... (a part.) Je devinerai bien e qu'il me cache, (a vornon.) Ce sera fait! Je vais aller au perron, ^ rentrerai dire au général que Ferdinand le demande; et soyez ^anquille... Ah! voilà Ferdinand, bon! (n va au perron.)
PAULINE
Cest singulier, comme je me sens engourdie. (Bile s'étend pour
Ormir; Ferdinand paraît et cause avec Godard.)
416 THÉÂTRE