‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 3)Chapitre 229 sur 325 · SCÈNE IX Les Mêmes, GODARD · texte numérisé non relu

SCÈNE IX Les Mêmes, GODARD

* GODARD

Mesdames, je suis déjà venu pour vous présenter mes hommages et mes respects, mais j'ai trouvé la porte close... — Général, je

VOUS SOUhaite le bonjour. (Le général lit les journaux et le salue de la

main.) Ah! voilà mon adversaire d'hier. — Vous venez prendre votre revanche, docteur?

VERNON

Non, je viens prendre le thé.

GODARD

Ah ! vous avez ici cette habitude anglaise, russe et chinoise?

PAULINE

Préférez-vous le café?

GERTRUDE

Marguerite, du café.

GODARD

Non, non, permettez-moi de prendre du thé; je ne ferai pas comme tous les jours... D'ailleurs, vous déjeunez, je le vois, à midi; le café au lait me couperait l'appétit pour le déjeuner. Et puis les Anglais» les Russes et les Chinois n'ont pas tout à fait tort.

VERNON

Le thé, monsieur, est une excellente chose.

Quand il est bon.

PAULINE

Celui-ci, monsieur, est du thé de caravane.

GERTRUDE

Docteur, tenez, voilà les journaux, (a Pauline.) Va causer avec M. de Rimonville, mon enfant; moi, je ferai le thé.

GODARD

Mademoiselle de Grandchamp ne veut peut-être pas plus de ma conversation que de ma personne?...

THÉÂTRE

PAl LINE.

Vous vous trompez, monsieur*

LE GÉXÉAAL.

PAULINE

fti vous im faites la faveur de ne plus vouloir de mtfi pour Umnw, vohh jwssédez alors à mes yeux les qualités brillantes qui (Uns mi g/$duin; mesdemoiselles Boudeville, Clinville, Derville, ei

GODARD

kwi> mademoiselle. Ah! comme vous vous moquez d'un amoufm\ âî<ujinluit c|iii cependant a quarante mille livres de rente! J'imt \n ruai» ici, plus j'ai de regrets. Quel heureux homme que M. Kurdiriaud du Charny !

PAULINE

Iluiiruii* ! et do quoi? pauvre garçon! d'être le commis de mon pore?

GERTRU DE.

Monsieur do Rimonville?

LE GÉNÉRAL

Godard...

GERTRUDE

Monsieur de Rimonville?

LE GÉNÉRAL

Godard, ma femme vous parle.

GERTRUDE

Aimez-vous le thé peu ou beaucoup sucré

GODARD

Médiocrement.

GERTRUDE

Pas beaucoup de crème ?

GODARD

Au contraire, beaucoup, madame la comtesse, (a Pauline.) M. Ferdinand n'est pas celui qui... que vous avez distingua- Kh bien, moi, je puis vous assurer qu'il est fort du goût de v0tre belle-mère.

LA MARATRE

PAULINE, à part.

Quelle peste que ces curieux de province !

GODARD , à part.

11 faut que je m'amuse un peu avant de prendre congé ! Je veux "aire mes frais.

GERTRUDE

Monsieur de Rimonville, si vous désirez quelque chose de substantiel, voici des sandwich.

GODARD

Merci, madame !

GERTRUDE, à Godard.

Tout n'est pas perdu pour vous.

GODARD

Oh ! madame ! j'ai fait bien des réflexions sur le refus de mademoiselle de Grandchamp.

GERTRUDE

Ah! (au docteur.) Docteur, le vôtre comme à l'ordinaire?...

VERNON

S'il vous plaît, madame.

GODARD, à Pauline.

Pauvre garçon! avez-vous dit, mademoiselle? Mais M. Ferdinand n'est pas si pauvre que vous le croyez ! 11 est plus riche que rnoi.

PAULINE

D'où savez-vous cela?

GODARD

J'en suis certain, et je vais tout vous expliquer. Ce M. Ferdinand, que vous croyez connaître, est un garçon excessivement dissimulé...

PAULINE, à part.

Grand Dieu! saurait-il son nom?

GERTRUDE, â part.

Quelques gouttes d'opium versées dans son thé l'endormiront, et je serai sauvée.

GODARD

Vous ne vous doutez pas de ce qui m'a mis' sur la voie...

THÉÂTRE

PAULINE

Oh ! monsieur ! de grâce !

GODARD

C'est le procureur du roi. Je me suis souvenu que, chez les B ^ deville, on disait que votre commis...

PAULINE, a part.

11 me met au supplice.

GERTRUDE, présentant une tasse à Pauline.

Tiens, Pauline.

VERNON, à part.

Ai-je la berlue? j'ai cru lui voir mettre quelque chose dans I tasse de Pauline.

Et que disait-on ?

GODARD

Ah! ah! comme vous m' écoutez !... Je serais bien flatté de savoir que vous auriez cet air-là pendant que quelqu'un vous parlerait de moi, comme je vous parle de M. Ferdinand.

PAULINE

Quel singulier goût a le thé ! Trouvez-vous le vôtre bon?

GODARD

Vous vous en prenez à votre thé pour cacher l'intérêt que vous prêtez à ce que" je vous dis. C'est connu ! Eh bien, je viens exciter votre surprise à un haut degré... Apprenez que M. Ferdinand est...

PAULINE

Est...

GODARD

Millionnaire !

PAULINE

Vous vous moquez de moi, monsieur Godard.

GODARD

Sur ma parole d'honneur, mademoiselle, il possède un trésor... (a part.) Elle est folle de lui.

PAULINE, à part.

Quelle peur Ce SOI llfa faite! (Elle se lôvc avec sa tasse, que Vernon

LA MARATRE

Donnez, mon enfant.

LE GÉNÉRAL, à sa femme.

Ou' as-tu, chère amie? tu me semblés...

VERNON. Il a changé sa tasse contre celle de Pauline et rend la sienne à Gertrude. — A part.

C'est du laudanum, la dose est légère, heureusement; allons, il ra se passer ici quelque chose d'extraordinaire... (a Godard.) Monteur Godard!... VOUS êtes un rusé Compère. (Godard prend son mouhoir et fait le geste de se moucher. Vcrnon rit. ) Ah !

GODARD

Docteur, sans ragcune.

VERNON

Voyons! vous sentez-vous capable d'emmener le général à la abrique, et de l'y retenir une heure?

GODARD

11 me faudrait le petit.

VERNON

11 est à l'école jusqu'au dîner.

GODARD

Et pourquoi voulez-vous... ?

VERNON

Je vous en prie, vous êtes un galant homme, il le faut... Aimezous Pauline?

GODARD

Ohl je r aimais hier, mais ce matin... (a part.) Je devinerai bien e qu'il me cache, (a vornon.) Ce sera fait! Je vais aller au perron, ^ rentrerai dire au général que Ferdinand le demande; et soyez ^anquille... Ah! voilà Ferdinand, bon! (n va au perron.)

PAULINE

Cest singulier, comme je me sens engourdie. (Bile s'étend pour

Ormir; Ferdinand paraît et cause avec Godard.)

416 THÉÂTRE

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