‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 3)Chapitre 35 sur 325 · SCÈNE VIII SAINT-CHARLES, VAUTRIN, LAFOURAILLE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII SAINT-CHARLES, VAUTRIN, LAFOURAILLE

LAFOUR AIL LE.

Foilà mennosir le paron te Fieil -Chêne. (Vautrin paraît, vêtu d'un

*»a bit marron très -clair, d'une coupo très-antique, à gros boutons de métal; il a une culotte de soie noire, des bas de soie noire, des souliers à boucles d'or, un •ilet carré à fleurs, deux chatoes do montre, cravate du temps de la Révolution, <ine perruque de cbeveux blancs, une figure de vicillarJ, fin, usé, débauché, le l'*rler doux et la voix cassée.)

VAUTRIN, à Lafouraille.

C'est bien, laissez-nous. Uafouraiiie son. a pan.) A nous deux, monteur Blondet. (Haut.) Monsieur, je suis bien votre serviteur.

SAINT-CHARLES, à part.

Un renard usé, c'est encore dangereux. (Haut.) Excusez-moi, monsieur le baron, si je vous dSrange sans avoir l'honneur d'être r^nnu de vous.

te devine, monsieur, ce dont il s'agit.

THÉÂTRE

SAINT-CHARLES, à part.

Bah!

VAUTRIN

Vous êtes architecte, et vous venez traiter avec moi; mais j'ai déjà des offres superbes.

SAINT-CHARLES

Pardon, votre Allemand vous aura mal dit mon nom. Je suis le chevalier de Saint-Charles.

VAUTRIN, levant ses lunettes.

Oh! mais attendez donc!... nous sommes de vieilles connaissances. Vous étiez au congrès de Vienne, et l'on vous nommait alors le comte de Gorcum... joli nom!

SAINT-CHARLES, à part.

Enfonce-toi, mon vieux! (Haut.) Vous y êtes donc allé aussi?

VAUTRIN

Parbleu ! Et je suis charme de vous retrouver, car vous êtesjin rusé compère. Les avez-vous roulés!... ah! vou? les avez roulés î

SAINT-CHARLES, à part.

Va pour Vienne! (Haut.) Moi, monsieur le baron, je vous remets parfaitement à cette heure, et vous y avez bien habilement mené votre barque...

Que voulez-vous ! nous avions les femmes pour nous ! Ah çà î mais avez-vous encore votre belle Italienne?

SAINT-CHARLES

Vous la connaissez aussi? c'est une femme d'une adresse...

VAUTRIN

Eh! mon cher, à qui le dites-vous? Elle a voulu savoir qui j'étais.

SAINT-CHARLES

Alors, elle le sait.

VAUTRIN

Eh bien, mon cher!... — vous ne m'en voudrez pas? — elle n'a rien su.

SAINT-CHARLES

Eh bien, baron, puisque nous sommes dans un moment de franchise, je vous avouerai de mon côté que vôtre admirable Polonaise...

VAUTRIN

VAUTRIN

Aussi, vous?

SAINT-CHARLES

Ma foi, oui î

VAUTRIN, riant.

Ah! ah! ah! ah!

SAINT-CHAR LES , riant.

Oh! oh! oh! oh!

VAUTRIN

Nous pouvons en rire à notre aise, car je suppose que vous l'avez laissée là?

SAINT-CHARLES

Comme vous, tout de suite. Je vois que nous sommes revenus tous deux manger notre argent à Paris, et nous avons bien fait ; mais il me semble, baron, que vous avez pris une position bien secondaire, et qui cependant attire l'attention.

VAUTRIN

Ah! je vous remercie, chevalier. J'espère que nous voici maintenant amis pour longtemps?

SAINT-CHARLES

Pour toujours.

VAUTRIN

Vous pouvez m'être extrêmement utile, je puis vous servir énormément, entendons-nous! Que je sache l'intérêt qui vous amène, e* je vous dirai le mien.

SAINT-CHARLES, à part.

Ah çà! est-ce lui qu'on lâche sur moi, ou moi sur lui?

VAUTRIN, à part.

Ça peut aller longtemps comme ça.

SAINT-CHARLES

Je vais commencer.

Mions donc !

SAINT-CHARLES

taron, de vous à moi, je vous admire.

VAUTRIN

Quel éloge dans votre bouche !

THÉÂTRE

SAINT-CHARLES

Non, d'honneur! créer un Fre3cas à la face de tout Paris, est uno invention qui passe de mille piques celle de nos comtesses au congrès. Vous péchez à la dot avec une rare audace.

VAUTRIN

Je pèche à la dot?

SAINT- CHARLES

Mais, mon cher, vous seriez découvert, si ce n'était pas moi, , votre ami, qu'on eût chargé de vous observer, car je vous suis <a détaché de trè3-haut. Comment aussi, permettez-moi de vous le ^ reprocher, o3ez-vous disputer une héritière à la famille de Mont — sorel?

VAUTRIN

Et moi qui croyais bonnement que vous veniez me proposer de« faire des affaires ensemble, et que nous aurions spéculé tous deux^ avec l'argent de M. de Frescas, dont je dispose entièrement!... et~vous me dites de3 choses d'un autre monde! Fresca3, mon cher» est un des noms légitimes de ce jeune seigneur qui en a sept. De hautes raisons l'empêchent encore pour vingt-quatre heures de déclarer sa famille, que je connais : leurs biens sont immenses, je les ai vus, j'en reviens. Que vous m'ayez pris pour un fripon, passe encore, il s'agit de sommes qui ne sont pas déshonorantes; mais pour un imbécile capable de se mettre à la suite d'un gentilhomme d'occasion, assez niais pour rompre en visière aux Montsorel avec un semblant de grand seigneur... Décidément,^ mon cher, il paraîtrait que vous n'avez pas été à Vienne! Nous ne nous comprenons plus du tout.

SAINT-CHARLES

Ne vous emportez pas, respectable intendant ! cessons de nous entortiller de mensonges plus ou moins agréables; vous n'avez pas la prétention de m'en faire avaler davantage? Notre caisse se porte mieux que la vôtre, venez donc à nous! Votre jeune homme est Frescas comme je suis chevalier et comme vous êtes baron. Vous l'avez rencontré sur les côtes d'Italie ; c'était alors un vagabond ; aujourd'hui, c'e3t un aventurier, voilà tout!

VAUTRIN

VAUTRIN

Vous avez raison, cessons de nous entortiller de mensonges plus :>«j moins agréables, disons-nous la vérité.

SAINT-CHARLES

Je vous la paye.

VAUTRIN

Je vous la donne. Vous êtes une infâme canaille, mon cher. Vous '«dus nommez Charles Blondet; vous avez été l'intendant de la mai- *ovi de Langeac; vous avez acheté deux fois le vicomte, et vous ne svez pas payé... c'est honteux! Vous devez quatre-vingt mille "rancs à un de mes valets ; vous avez fait fusiller le vicomte à Mor- La^goe pour garder les biens que la famille vous avait confiés. Si le duc de Montsorel, qui vous envoie, savait qui vous êtes... eh! eh! m\ vous ferait rendre des comptes étranges! Ote tes moustaches, tes favoris, ta perruque, tes fausses décorations et tes broches d'ordres étrangers... (Il lui arrache sa perruque, ses favoris, ses décorations.)

Bonjour, drôle ! Gomment as-tu fait pour dévorer cette fortune si spirituellement acquise? Elle était colossale; où r as-tu perdue?

«6AINT-CH ARLES.

Dans les malheurs.

VAUTRIN

Je comprends... Que veux-tu maintenant?

SAINT-CHARLES

Qui que tu sois, tôpe là, je te rends les armes, je n'ai pas de chance aujourd'hui : tu es le diable ou Jacques Gollin.

VAUTRIN

Je suis et ne veux être pour toi que le baron de Vieux-Chêne. Écoute bien mon ultimatum ; je puis te faire enterrer dans une de mes caves à l'instant, à la minute ; on ne te réclamera pas.

SAINT- CHARLES

C'est vrai.

VAUTRIN

& serait prudent ! Veux-tu faire pour moi chez les Montsorel œ î«e les Montsorel t'envoient faire ici?

SAINT-CUARLES.

'kcepté! Quels avantages?

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THÉÂTRE

Tout ce que tu prendras.

SAINT-CHARLES

Des deux côtés?

VAUTRIN

Soit! Tu remettras à celui de mes gens qui t'accompagnera tous les actes qui concernent la famille de Langeac ; tu dois les avoir encore. Si M. de Frescas épouse mademoiselle de Christoval, tu ne seras pas son intendant, mais tu recevras cent mille francs. Tu as affaire à des gens difficiles, ainsi marche droit, on ne trahira pas.

SAINT-CHARLES

Marché conclu.

VAUTRIN

Je ne le ratifierai qu'avec les pièces en main : jusque-là, prends garde! (n sonne; tous les gens paraissent.) Reconduisez M. le chevalier

avec tOUS les égards dus à SOn rang. (A Saint-Charles, lui montrant Philosophe.) Voici l'homme qui vous accompagnera, (a philosophe.) Ne le quitte pas.

SAINT-CHARLES, à part.

Si je me tire sain et sauf de leurs griffes, je ferai main-bass sur ce nid de voleurs.

VAUTRIN

Monsieur le chevalier, je vous suis tout acquis.

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