‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 3)Chapitre 54 sur 325 · SAINT-CHARLES, LA DUCHESSE DE MONTSOREL, MADEMOISELLE DE VAUDREY · texte numérisé non relu

SAINT-CHARLES, LA DUCHESSE DE MONTSOREL, MADEMOISELLE DE VAUDREY

Saint-Charles s'efface pour laisser passer les deux femmes; il reste en haut de la scène pendant qu'elles la descendent.

MADEMOISELLE DE VAUDREY

Vous êtes bien abattue.

LA DUCHESSE, se laissant aller dans un fauteuil.

Morte! plus d'espoir! vous aviez raison.

SAINT-CHARLES, s'ayançant.

Madame la duchesse...

LA DUCHESSE

Ah! j'avais oublié! Monsieur, il m'est impossible de vous? accorder le moment d'audience que vous m'aviez demandé... Demain... plus tard.

MADEMOISELLE DE VAUDREY , à Saint-Charles.

Ma nièce, monsieur, est hors d'état de vous entendre.

SAINT-CHARLES

Demain, mesdames, il ne serait plus temps! la vie de votre fils, le marquis de Montsorel, qui se bat demain avec M. de Frescas, est menacée.

Mais ce duel est une horrible chose!

MADEMOISELLE DE VAUDREY, bas, à la duchesse.

Vous oubliez déjà que Raoul vous est étranger.

LA DUCHESSE DE MONTSOREL, à Saint-Charles.

Monsieur, mon fils saura faire son devoir.

SAINT-CHARLES

Viendrais-je, mesdames, vous instruire de ce qui se cache toujours à une mère, s'il ne s'agissait que d'un duel? Votre fils sera tué sans combat. Son adversaire a pour valets des spadassins, des misérables auxquels il sert d'enseigne.

VAUTRIN

LA DUCHESSE

Et quelle preuve en avez-vous?

SAINT-CHARLES

Un soi-disant intendant de M. de Frescas m'a offert des sommes énormes pour tremper dans la conspiration ourdie contre la famille de Christoval. Pour me tirer de ce repaire, j'ai feint d'accepter; mais, ai^ moment où j'allais prévenir l'autorité, dans la rue, deux hommes m'ont jeté par terre en courant, et si rudement, que j'ai perdu connaissance; ils m'ont fait prendre à mon insu un violent narcotique, m'ont mis en voiture, et, à mon réveil, j'étais dans la plus mauvaise compagnie. En présence de ce nouveau péril, j'ai retrouvé mon sang-froid, je me suis tiré de ma prison, et me suis mis à la piste de ces hardis coquins.

MADEMOISELLE DE VAUDRET.

Vous venez ici pour M. de Montsorel, à ce que nous a dit Joseph?

SAINT -CHARLES

Oui, madame.

LA DUCHESSE

Et qui donc êtes-vous, monsieur?

SAINT-CHARLES

In homme de confiance dont M. le duc se défie, et je reçois des appointements pour éclaircir les choses mystérieuses.

MADEMOISELLE DE VAUDREY, à la duchesse.

Oh! Louise!

LA DUCHESSE, regardant fixement Saint-Charles.

El qui vous a donné l'audace de me parler, monsieur?

SAINT-CHARLES

Votre danger, madame. On me paye pour être votre ennemi. *)ez autant de discrétion que moi, daignez me prouver que votre protection sera plus efficace que les promesses un peu creuses <fe M. le duc, et je puis vous donner la victoire. Mais le temps P^sse, le duc va venir, et, s'il nous trouvait ensemble, le succès serait étrangement compromis.

LA DUCHESSE, à mademoiselle de Vaudrey.

Ah! quelle nouvelle espérance! (a saint-charies.) Et qu'alliez-vous donc faire, chez M. de Frescas?

THÉÂTRE

Ce que je fais en ce moment auprès de vous, madame.

LA DDCHESSE.

Ainsi, vous vous taisez?

SAINT-CHARLES

Madame la duchesse ne me répond pas : le duc a ma parole eU il est tout-puissant. •

LA DUCHESSE

Et moi, monsieur, je suis immensément riche; mais n'espérezr pas m'abuser. (Elle se lève.) Je ne serai point la dupe de M. de Mont — sorel, je reconnais toute sa finesse dans cet entretien secret que vous me demandez; je vais compléter, monsieur, vos documents. (Avec finesse.) M. de Frescas n'est pas un misérable, ses domestiques ne sont pas des assassins, il appartient à une famille aussi riche que noble, et il épouse la princesse d'Arjos.

SAINT-CHARLES

Oui, madame, un envoyé du Mexique a produit des lettres de M. de Christoval, des actes extraordinairement authentiques. Vous avez mandé un secrétaire de la légation d'Espagne qui les a reconnus; les cachets, les timbres, les légalisations... ah! tout est parfait.

LA DUCHESSE

Oui, monsieur, ces actes sont irrécusables.

SAINT-CHARLES

Vous aviez donc un bien grand intérêt, madame, à ce qu'ils fussent faux ?

LA DUCHESSE, à mademoiselle de Yaudrey.

Oh ! jamais pareille torture n'a brisé le cœur d'aucune mère !

SAINT-CHARLES, à part.

De quel côté passer? à la femme ou au mari?

LA DUCHESSE

Monsieur, la somme que vous me demanderez est à vous si vous pouvez me prouver que M. Raoul de Frescas...

SAINT-CHARLES

Est un misérable ?

VAUTRIN

LA DUCHESSE

: Non, mais un enfant...

f SAINT-CHARLES.

Le vôtre, n'est-ce pas?

LA DUCHESSE , s'oubliant.

Eh bien, oui! Soyez mon sauveur, et je vous protégerai toujours, moi. (A mademoiseUe de Vaudrey.) Eh I qu'ai-je donc dît? (A Saint-

chàriesjOù est Raoul?

SAINT-CHARLES

Disparu ! et cet intendant qui a fait faire ces actes, rue Oblin, et qui sans doute a joué le personnage de l'envoyé du Mexique, est

ttQ de DOS plus rUSéS SCélératS. (La duchesse fait un mouvement.) Oh!

rassurez-vous, il est trop habile pour verser du sang; mais il est aussi redoutable que ceux qui le prodiguent ; et cet homme est son gardien.

Ah! votre fortune contre sa vie!

SAINT-CHARLES

Je suis à vous, madame, (a part.) Je saurai tout et je pourrai choisir.

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