COMÉDIE EN CINQ ACTES ET UN PROLOGUE
REPRÉSENTÉE POt'R LA PREMIERE POIS, A PARIS *CR LE SECOND THÉÂTRE-FRANÇAIS (ODÉON), LE 1W MARS 1842 ET REPRISE AU THÉÂTRE D L' VAUDEVILLE LE 12 OCTORRP. 1803
PRÉFACE
Quand l'auteur de cette pièce ne l'aurait faite que pour obtenir les éloges iniversels accordés par les journaux à ses livres, et qui peut-être ont dépassé ce qui lui était dû , les Ressources de Quinola seraient une excellente spéculation littéraire; mais, en se voyant l'objet de tant de louanges et de tant d'injures, il a compris que ses débuts au théâtre iraient encore plus difficiles que ne l'ont été ses débuts en littérature, et 'I s'est armé de courage pour le présent comme pour l'avenir.
Un jour viendra que cette pièce servira de bélier pour battre en brèr°e une pièce nouvelle, comme on a pris tous ses livres, et môme sa Pièce intitulée Vautrin, pour en accabler les Ressources de Quinola.
Quelque calme que doive être sa résignation, l'auteur ne peut s'empêcher de faire ici deux remarques.
Parmi cinquante faiseurs de feuilletons, il n'en est pas un seul qui n'ait traité comme une fable, inventée par l'auteur, le fait historique sur lequel "^Pose cette pièce des Ressources de Quinola.
Longtemps avant que M. Arago mentionnât ce fait dans son Histoire ^° la Vapeur, publiée dans Y Annuaire du bureau des Longitudes, l'aut^Ur, à qui le fait était connu, avait pressenti la grande comédie qui c'e\ait avoir précédé l'acte de désespoir auquel fut poussé l'inventeur lo^onnu qui, en plein xvi« siècle, fit marcher par la vapeur un navire c*^*is le port de Barcelone, et le coula lui-même en présence de deux cent ****Me spectateurs.
Cette observation répond aux dérisions qu'a soulevées la prétendue ^^Pposition de l'invention de la vapeur avant le marquis de Worcester, ^^ohmhi de Caux et Papin.
La deuxième observation porte sur l'étrange calomnie sous laquelle ^•^Sque tous les faiseurs de feuilletons ont accablé Lavradi, l'un des per-
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sonnages de cette comédie, et dont ils ont voulu faire une créatioi hideuse. En lisant la pièce, dont l'analyse n'a été faite exactement pa aucun critique, on verra que Lavradi, condamné pour dix ans aux pré sides, vient demander sa grâce au roi. Tout le monde sait combien le peines les plus sévères étaient prodiguées dans le xvie siècle pour le moindres délits, et avec quelle indulgence sont accueillis dans le vieu: théâtre les valets dans la position où se trouve Quinola.
On ferait plusieurs volumes avec les lamentations des critiques qui depuis bientôt vingt ans, demandaient des comédies dans la forme ita lienne, espagnole ou anglaise : on en essaye une, et tous aiment mieu: oublier ce qu'ils ont dit depuis vingt ans plutôt que de manquer à étouf fer un homme assez hardi pour s'aventurer dans une voie si féconde, e que son ancienneté rend aujourd'hui presque nouvelle.
N'oublions pas de rappeler, à la honte de notre époque, le hourr d'improbations par lequel fut accueilli le titre de duc de Neptunada cherché par Philippe II pour l'inventeur, hourra auquel les lecteur instruits refuseront de croire, mais qui fut tel, que les acteurs, en gec intelligents, retranchèrent ce titre dans le reste de la pièce. Ce hourra fm poussé par des spectateurs qui, tous les matins, lisent dans les journan le titrv de duc de la Victoire, donné a Espartero et qui ne pouvaient p* ignorer le titre de prince do la Paix, donné au dernier favori de l'avant dernier roi d'Espagne. Comment prévoir une pareille ignorance? Qui ■ sait que la plupart des titres espagnols, surtout au temps de Charles-Quii et de Philippe II, rappellent la circonstance à laquelle ils furent dus?
Orendayes prit le titre de la Pes> pour avoir signé le traité de 4725
Un amiral prit celui de Transpart-Real , pour avoir conduit l'info en Italie.
Navarro prit celui de la Viltoria après le combat naval de Touloc quoique la victoire eût été indécise.
Ces exemples, et tant d'autres, sont surpassés par le fameux miniss des finances, négociant parvenu, qui prit le titre de marquis de Rien-^ soi (V Ensenada ] .
En produisant une œuvre faite avec toutes les libertés des vieux \hm très français et espagnols, l'auteur s'est permis une tentative appelée 0 les vœux de plus d'un organe de l'opinion publique et de tous ces qui assistent aux premières représentations : il a voulu convoquer un r~ public,, et faire représenter la pièce devant une salle pleine de spectatetf
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payants. L'insuccès de cette épreuve a été si bien constaté par tous les journaux, que la nécessité des claqueurs en reste à jamais démontrée.
L'auteur était entre ce dilemme, que lui posaient les personnes expertes en cette matière : introduire douze cents spectateurs non payants, le succès ainsi obtenu sera nié; faire payer leur place à douze cents spectateurs, c'est rendre le succès presque impossible. L'auteur a préféré le péril. Telle est la raison de celte première représentation , où tant de personnes ont été mécontentes d'avoir été élevées à la dignité de juges indépendants.
L'auteur rentrera donc dans l'ornière honteuse et ignoble que tant d'abus ont creusée aux succès dramatiques; mais il n'est pas inutile de dire ici que la pre.nière représentation des Ressources de Quinola fut ainsi donnée au bénéfice des claqueurs, qui sont les seuls triomphateurs de cette soirée, d'où ils avaient été bannis.
Pour caractériser les critiques faites sur cette comédie, il suffira de dire que, sur cinquante journaux qui tous, depuis vingt ans, prodiguent au dernier vaudevilliste tombJ cette phrase banale : La pièce est d'un homme d'esprit qui saura prendre sa revanche, aucun ne s'en est servi pour les Ressources de Quinola, que tous tenaient à enterrer. Cette remarque suffit à l'ambition de l'auteur.
Cette comidie a prouvé que le second Théâtre-Français aura des comédiens. MM. Louis Monrose, Rosambeau, Derosselle, Rousset, Eugène Pierron, Saint-Léon, Crécy, Baron, Valmore, Bignon, mesdemoiselles Berthault et Hathilde Payre, constituent un commencement de troupe qu'il est surprenant de trouver dans un thiâtre fondé depuis ci iq mois et assis sur des bases qui rendraient presque impossible une réunion de talents. Abandonné après la première représentation, le rôle do don Frégose a été appris, su et joué pour la seconde par un des régisseurs, M. Eugène Gross, qui en a sauvé les côtés périlleux. Comment ne pas s'intéresser à un théâtre où le dévouement ne se lasse chez personne? L'auteur n'a ni le temps ni ' espace nécessaires pour raconter le roman historique auquel donneraient tou la mise en scène qui a duré trois mois, la manière dont se sont faits k décors, enfin, toutes les préparations exigées par sa pièce et qui auraient dû commander l'attention d'un public assez instruit de toutes les difficultés qui se rencontrent à TOdéon. On a d'ailleurs remarqué la richesse des costumes, sortis des ateliers de Moreau, et dus aux crayons et aux recherches de M. Seigneurgens.
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Parmi les ac leurs, trois ont été plus particulièrement remarqua M. Louis Monrose a recueilli dans cette soirée une grande partie de l'fa ritage paternel; M. Bignon a fait comprendre quel était son aveni M. Rosambeau a su élever le rôle accessoire de Monipodio à la haute d'un rôle principal par la couleur qu'il lui a donnée. M. Rousset a rem le rôle de don Ramon de la manière la plus originale, et M. DerosseUe fait concevoir la juste espérance de revoir à l'Odéon un autre Duparai.
Le public de la première représentation n'a point voulu accepter côté passionné do l'ouvrage, le rôle de Fauslina, confié à mademoise Héléna Gaussin , qui y a déployé un grand courage. Mais une actrice i d'autorité que celle qu'elle a su conquérir en restant pendant longtem sur la scène, en habituant le public à ses défauts aussi bien qu'à ses qu H tés, et mademoiselle Héléna Gaussin reparaissait, après une longue absem devant un public tout nouveau pour elle. Mais, si vous voulez cherch par la pensée une actrice pour ce rôle si difficile et si hardiment jeté Faustina Brancadori, peut-être ne trouveriez -vous l'artiste capable de bien rendre que dans votre souvenir. Sur ce rapport, le public a compl temont manqué de justice, de bonne foi ; et, quand il arrive à ces extr mités, il n'est pas seulement injuste, il devient cruel.
Sans que l'auteur eût rien fait pour obtenir de telles promesses, qu< ques personnes avaient d'avance accordé leurs encouragements à sa tent tive, et colles -là se sont montrées plus injurieuses que critiques; m. l'auteur regarde de tels mécomptes comme les plus grands bonheurs c puissent lui arriver, car on gagne de l'expérience en perdant de faux an Aussi est-ce autant un plaisir qu'un devoir pour lui de remercier put quement les personnes qui lui sont restées fidèles comme M. Léon G» lan, envers lequel il a contracté une dette de reconnaissance; com~ M. Victor Hugo, qui a, pour ainsi dire, protesté contre le public de première représentation , en revenant voir la pièce à la seconde; coma M. de Lamartine et madame de Girardin, qui ont maintenu leur pa mier jugement malgré l'irritation générale. De telles approbations corn leraient d'une chute. Entre tous les journaux, le Commerce et le M sager n'ont pas oublié que l'auteur leur prête le concours de sa plume ils ont gardé les convenances littéraires. Quant à la Pairie, qui s'est m trée si bienveillante, ce journal est dans une situation exceptionnelle rapport à l'Odéon .
Qu'une subvention soit accordée à ses généreux artistes, et le sec*
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Théâtre -Français pourra lutter avantageusement contre sa situation topographique ; il servira dignement la littérature dramatique, car le directeur actuel, M. Lireux, a bien compris que l'Odéon devait être l'arène où se livreraient d'ardents combats, où se feraient d'audacieuses tentatives dans l'art. Aussi, sous ce rapport, la pièce que voici n'a-t-elle pas manqué aux destinées de ce courageux théâtre.
Lagnj-, 2 avril 1842.
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