PHYSIOLOGIE DU CIGARE
Les Parisiennes n*ont que deux antipathies : las crapaads et la Tumée de tabac
Je renoncerais i la plus belle maîtresse plutôt qu'à mon cigare!
Un ruuiUR.
Fnmer, c'est Toyager dans son fauteuil.
LaUTOUR-M AzBttAT.
* Semblable à une jolie femme, le cigare a aussi ses adorateurs, ses favoris, ses victimes et ses détracteurs. Il séduit d'abord, 'enivre ensuite, et parfois entraine à des excès nuisibles ceux qui ffj livrent. On voit le cigare, et Von désire en essayer; on hésite, mais on en goûte; on y retourne, et Ton s^y habitue. Bientôt après commence le chapitre des inconvénients. Chaque jour, ils se renouvellent, et Ton s^en aperçoit. Toujours ils augmentent, et Von songe à s'en débarrasser. Mais alors, il n*est plus temps : rasage du cigare, caprice passager, devenu une habitude, est une nécessité, et, comme une maltresse absolue, il tyrannise quand il a cessé de charmer, jusqu'à ce qu'enfin il soit sacrifié à un commencement de passion plus violente que celle qui s'éteint.
Le cigare est une source de jouissances toutes personnelles et internes. Comme les liqueurs, le tabac en poudre, l'opium, il ne procure d'agrément qu'à celui qui en use, et éloigne les autres. Cest ce qui fait que les fumeurs ont tant de peine à y renoncer, et sont continuellement en butte aux reproches de ceux qui ont un goût différent, parce qu'un des principes de notre belle nature, c^est d'être intolérant pour les travers d'autruL
ESSAIS ANALYTIQUES
Le fait est que, dans les pays où fumer n'est point coutume générale, pour une personne qui fait usage du cigare, on en trouvera cent qui en redoutent Fodeur. Aussi, par égard pour cette considération, doit-on fumer chez soi ou dans les lieux consacrés ad hoc, et non point en promenades publiques, où, pour satisfaire un besoin égoïste, on incommode un grand nombre d'individos, surtout les femmes, qui préfèrent assez généralement Podeor do musc à celle du tabac.
Dans tout ce que fait un animal raisonnable, il existe un motif qui le guide, et Thomme doit toujours faire en sorte que ce motif soit bon. Comme on ne vient pas au monde avec un cigare à h bouche, et qu'il n'y a pas d'article de la Charte qui contraigne k l'y mettre, on n'est point, après tout, absolument obligé de l'adopter ici-bas, où, comme chacun sait, l'on peut fumer sans pipe. Ainsi donc, avant de se décider à prendre le titre de fumeur, il faut au moins avoir quelque raison qui y engage fortement. Plusieurs individus emploient le cigare comme un remède, soit pour adoucir les maux de dents, soit pour soulager leur canal respirateur. Que ceux-là fument, c'est très-bien; qu'ils guérissent même, si c'est possible, et çe sera mieux encore.
Mais, comme tous les animaux ne sont pas également raisonnables, il en est bon nombre qui, sans motif aucun, s'implantent un cigare dans la bouche, et qui, non contents d'en humer U fumée, de l'avaler même à s'en rendre malades, s'en vont jeter le peu qu'ils ne confisquent pas au détriment de leur santé à travers la physionomie de gens que cela n'amuse nullement.
Chez les uns, c'est désœuvrement; et, pour ceux-la, humer, entretenir et surtout voir tourbillonner la fumée d'un cigare, c'est tout à la fois un sujet d'occupation, d'amusement et d'admiration. Heureuses organisations!
Chez d'autres, comme chez les adolescents, par exemple, c'est un ton prématuré, un moyen de se donner F air homme. Pour ces derniers, ils feront bien de renoncer à cette habitude, parce qu'elle est d'un pauvre genre là où elle n'est pas d'usage; etpuâ mieux vaut qu'ils fassent l'application de leurs dispositions \'iriles sur des choses plus utiles, et surtout moins nuisibles à leurs poumons.
PBYSIOLOGIE DU CIGARE.
Il est une circonstance, la seule où je fume, où remploi rare et ihodéré du cigare trouve un motif plausible, en ce qu'il procure nne jouissance véritable, mais seulement à ceux qui ne sont point fumeurs de profession. Cest dans ces moments d'abattement moral où Pesprit, engourdi, refuse toute activité à Timagination et Jette Tàme dans la mélancolie^ Alors, il suffit de fum r un cigare pendant quelques instants, d'en avaler quelques gorgées, et ausâtôt, comme par enchantement, la tête se débrouille, l'esprit sTéclaircit, une émotion tumultueuse vient remplacer l'insouciance des sens, et un pouvoir inconnu ranime toutes les facultés auparavant assoupies. Cest-à-dire que la fumée, qui produit le même effet que les vapeurs du vin, commence à opérer, et c'est le moment de cesser, sous peine de ressentir bientôt les inconvénients de Fivresse.
Pour continuer à éprouver le bienfait de cette espèce de remède, il faut en user rarement, et toujours avec modération; car, autrement, chaque nouvel essai lui faisant perdre un degré de son intensité, il finirait par dégénérer en habitude, et par ne plus produire les mêmes résultats.
Il est certains pays, principalement ceux à température brûlante, où fumer est une fonction dont chacun s'acquitte comme de boire et de manger, et il n'est même pas rare de voir quelques femmes du peuple le cigare à la bouche. Là, tous les lieux publics on de réunion sont transformés en autant de tabagies. Au théâtre, dès que le rideau est tombé, chacun fait sa cigarette, toutes les loges brillent du feu de mille étincelles lancées par les briquets, les cigares sont allumés, et, pendant l'entr'acte, la 'salle est remplie de fumée. Elle n'incommode nullement les habitants, qui naissent, vivent et meurent au milieu de cette vapeur nécessaire à la purification d'un air malsain. Mais elle est désagréable pour les étrangers qui n'en ont pas l'habitude. Jamais je ne fus plus étonné de l'emploi que je vis faire du cigare qu'à Mexico, lors du voyage que j'y fis.
Invité à une soirée, chez l'alcade, où devait se trouver toute la noblesse de la ville, je m'y rends pour observer les mœurs de la haute société. Arrivé dans les antichambres, je sens une odeur de tabac qui me surprend; étonné qu'on permette aux valets un passe-
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temps SI incommode pour les maîtres, je parviens vite dans la salle du bal... Elle était remplie de fumée, et ce û^était qu*à travers un léger nuage formé par cette vapeur qu'on pouvait distinguer les objets. J'y fus témoin d'un valse très-vive et très-animée, pendant lïtquelle les danseurs fumaient, diangeant alternativement leur cigare de main avec autant de grâce que d'agilité, pour enlacer la taille de leurs danseuses, et celles-ci, emportées par rardeur de la danse, enivrées par l'odeur du tabac et le bruit des instruments, s'abandonnaient avec complaisance, et semblaient savourer avec volupté les épaisses bouffées que lançaient lenn cavaliers.
Proposez donc une valse à la cigarette aux coquettes de France et d'Angleterre...
— Ah! Il donc! quelle horreur I vous répondront-elles, a Autres pays, autres mœurs. »
NoTembre 18 31*
LETTRE A CHARLES NODIER
■ us SOa ASTIOLB XMTlTULtf
DE U PÂLINGÉNÉSIE HUMAINE ET DE U RÉSUBaSCTION
Annecy» 8 octobre 1832.
Mon cher Nodier, excusôz Pépithète, je ne vous la donne pas dans Tacception que vos nombreux amis rendent presque vulgaire, et que n'autoriseraient encore ni les souvenirs de mes soirées passées à TÂrsenal, ni le sentiment de bienveillance par vous si gra. cleusement accordé aux artistes et à vos collaborateurs. Non, ce bon adjectif émane d'une gratitude personnelle que m'inspirent vos écrits; il est l'expression de plusieurs jouissances ressenties dont je veux vous remercier, certain d'être l'interprète de tout un public,
Tai lu tardivement ici, non loin du torrent où Puck expira, votre article biblique» encyclique et conjectural, sur la palingénésie humaine et la résurrection^; rassurez-vous... Je l'ai compris.
Pour beaucoup de chrétiens et d'infidèles, il est inintelligible. Soit dit en passant, vous, û fort dô votre phrase toute française, habituellement pure et transparente, où la pensée est enchâssée comme un insecte d'or ou d'azur pris dans un morceau d'ambre, vous l'avez très-peu chrétiennement fortifiée contre l'assaut des esprits bourgeois par des expressions techniques, par des mots forgés, more rabelaisiaeo, sans avoir eu la précaution d'y joindre
1. Cet article de Nodier avait paru dans la Hêvu$ d§ Parii, n* d'août 183S.
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le glossaire de ce langage palingénésiaque. Mais vous n'avez écrit que pour quelques fidèles; il faut vous savoir gré de ce courage, par un temps où la littérature courtise les masses.
A certaines personnés, votre article pourra sembler n*6tre qu'une moquerie fantastique, dans laquelle vous aurek, avec insouciance, dépensé, nouveau Mathanasius, les trésors de votre profonde érudition, vous amusant à broder une méchante serge de fleurs délicatement ouvragées, coloriées, caprice de fée, rêverie délicieuse d*un poète voyant des vaches brunes dans ses tisons, et riant de ses illusions au -moment où* d'autres commencent à les partager.
Mais il se rencontrera peut-être aussi des têtes carrées, au cràoe desquelles cette bulle antédiluvienne, ou post-tumulaire, entren comme un coin que, par une matinée d'hiver, pousse dans quelque quartier de hêtre un frileux portier... Votre article la leur cassera, sans la leur illuminer. Mais n*auriez-vous pas médité, de concert avec notre Directeur, de racoler, pour la Revue de Paris, parmi les platoniciens, les swedenborgistes, les illuminés, les martinistes, les bœhmenistes, les voyants, les extatiques, peuple poète, esseotiellement croyant, acharné à comprendre et nullement à dédaigner?... Treuttel et Wurtz n'ont certes pas réimprimé à votre insu plusieurs de ces œuvres mystiques où les abîmes de TinQui semblent organisés, et où bien des intelligences trop faibles, trop fortes peut-être, aiment à se perdre comme un voyageur dans les souterrains de Rome; songez que je respecte ces œuvres; vous trouveriez Swedenborg, madame Guyon, sainte Thérèse, mademoiselle Bourignon, Jacob Bœhm, etc., complets, reliés par notre ami Thouvenin, sur une tablette particulière de ma bibliothèque.
Aussi, mon cher Nodier, ai -je pris votre article gravement, quoique ma tête soit déplorablement ronde, et que je passe pour être un frivole conteur, un amuseur de gens, a dit notre savant collaborateur Philarète Chasles, lequel me conseillait d'ennuyer un peu nom public pour lui inspirer du respect, Tennui étant une puissance.
Mais, in petto, vous m'acquitterez, je l'espère, dç cet arrêt. Voua avez éprouvé mieux encdre que je ne l'éprouve, moi, jeune, U pédantesque infirmité des jugements par lesquels les contemporains parquent un écrivain dans une spécialité, lui dénient les connaissances auxquelles il s'est adonné le plus amoureusement,
LETTRE A CHARLES NODIER
et, pesant sa peosée inconooe du môme poids dont ils se servent pour estimer sa vie extérieure, veulent lui conformer Tàme à ses goûts apparents, à ses fantaisies d'artiste; lui refusant d'être complice de ses écrits, lui interdisant d'être de son opinion, savant de la science dont il s'occupe, occupé de la science dont il sonde plus promptement que tous les autres les obscurités mystérieuses. Singulières gens !... Inhabiles à s'expliquer les phénomènes de Tétude, ils se contentent d'un préjugé pour consoler leur amour^ropre blessé, croyant que vous rencontrez des pensées larges, fécondes, comme Thirondelle attrape ses tipules en fendant Pair, le soir, par hasard. Nous devrions leur envoyer — permettez-moi cet ambitieux souvenir de nos confidences —^quelques-uns des cheveux que nous nous arrachons, pendant nos veilles maladives, quand, perdus dans les espaces de la pensée et les champs du langage, les pensées et le langage nous fuient, capricieux, fantasques, tandis que maître Éverat attend notre copie avec un sang-froid barbare, et que, pour loyer de ses travaux grisonnants, un petit journal, où ne domine pas titre comprèhensif, apprête Tinjure, aiguise d'obtuses épigrammes, en vous reléguant dans la famille des sauteurs de corde, vous accusant de faire des tours de force littéraires, plumet en tête, couvert de diamants du Rhin, avec ou sans balancier.
Donc, je suis un de ceux auxquels votre article a semblé Teffort d'une âme élevée attaquant des vérités trop haut situées; un effet de cette curiosité désespérée dont Faust et Manfred ont été peints, animés et victimés par deux beaux génies; l'éclatante clameur d'un esprit supérieur qui ne sait plus où se prendre en se trouvant sur le piton d'un rocher désert près du ciel, et qui retombe dans un pot de bière entre trois étudiants allemands, faute de rencontrer des cœurs fraternels ou des croyances religieuses parmi les torrents léthargiques et les existences lithomorphes de ce Paris, toujours moqueur, toujours insulteur, blessant ceux qu'il doit adorer, oubliant tout, même la girafe et le choléra.
Je me suis voué depuis longues années à quelques idées qui touchent aux vôtres par les points les plus éloignés du centre de l'éblouissante et vaste circonférence par vous si poétiquement parcourue; mais je les étudie dans un ordre de pensées que je crois être moins vague et moins, confus, s^il est possible, tou^foi^ d'in-
troduire de l'ordre dans le vague et dans la confusion; mais rhomme possède, vous le savez, vous si connaisseur en nomeocliture, l'incontestable faculté de tout enrégimenter, numéroter, empaqueter, mettre en bocal, classer, tailler; témoin le MuUm et les dictionnaires. — Or, comme en littérature et en philosophie théurgique, les ténèbres doivent être pour tout le monde, et que je pâture souvent sur ce terrain communal, j*ai eu Torgueilleuse démangeaison, Toutrecuidance de vous critiquer, de vous faire enfourcher mes nuages grisâtres après avoir galopé sur les vôtres, si multicolores, si fluidement éclairés. Eh gentleman de la plus haute aristocratie littéraire, refuserez-vous d'essayer mes chevaux, quand j'ai poliment fatigué tous ceux de votre écurie?..»
Pardonnez-moi d'égayer la critique de matières si graves, si sé» rieusement importantes; je vous promets que l'obscur n^y perdn rien, et il y aura des paragraphes où nous nous comprendrons ï peine, sauf les trois Allemands qui, par état, devinent presque tout; mais je crois utile de consacrer çâ et lâ par charlatanisiod quelques phrases pour ne pas décourager les entêtés et les fats qui auraient la prévention de nous entendre , et leur donner le droit de dire en hochant la tête devant nos ennemis :
— Eh bien, je vous assure qu'il y a quelque chose dans ces articles-là!...
Donc, selon vous, mon cher Nodier, la Création n'est pas achevée; car je ne pense pas que vous ayez pris le mot fini dans le sens contraire d'infini; donc, les jours de la Bible sont d'incommensurables siècles d'enfantement dont nous sommes une révolution partielle; donc, vous reprenez à votre compte le système de Leibnitz, si magiquement transfiguré dans les passages harmonieux de votre article où vous déroulez une vie confuse dans les métaux, pensée progressive, échauffée par un soleil inconnu, gagnant dô proche en proche la masse des êtres pour aboutir à l'homme; puis, continuant l'homme par l'ange, vous lui donnez apocalyptiquement l'agréable espoir de revivre en être comprihensif» — N'est-ce pas le sens intime de votre article? Pensée toute panthéiste, mélangée de spinosisme, trempée de christianisme, arrosée d'histoire naturelie et de phrases platoniciennes?...
N'ayez pas peur, mon bon Nodier, je ne veux pas apporter le
LETTRE A CHARLES NODIER
couperet de Tanalyse et des mathématiques sur le cou gracieux, sur les ailes diaprées de vos chimères; je vous l'ai dit, j'ai voyagé sur leur croupe étincelante de poésie, et c'est entre elles et moi à la vie, à la morti... Donc, je ne vous parlerai point de la bagatelle de ces quatre-vingt-dix mille ans d'existence attribués à notre révolution transitoire, par les calculs de Laplace sur la précession des équinoxes, et de reffirayante accumulation d'années que sa •mécanique céleste promet à notre système; moi, je n'aime les chiffres que dans mon revenu, et c'est passion malheureuse; aussi, foin des calculs!... Au diable les doigts glacés de cette froide science!... Mon baréme est le Qvlest-ce que cela me fait? de votre divin Breloque, et ma règle de trois est mon imagination! Vous m'avez, en ce qui me concerne, renvoyé à Moïse; Je ne vous renverrai ni à Bichat, ni à Laplace, ni à M. Savary, ni à M. Ârago, parce que nous planons un peu plus haut qu'ils ne parviennent dans les espaces; leur orient est à Bercy, leur occident à Vaugirard. Maître, vous l'avez dit!...
Seulement, quoique Dieu puisse se passer d'avocat après avoir écrit ses titres sur un brin d'herbe, me sera-t-il permis d'en prendre les intérêts près de vous? Il est convenable et poli d'en discuter les intérêts avant toute autre chose. Donc, je vous demanderai ce que vous faites de sa toute-puissance, en prétendant que la Création n'est pas achevée? D'un trait de plume, et bien inno^ cemment sans doute, vous lui donnez une vesie d'ouvrier, travaillant toujours, s'y prenant à deux fois pour son œuvre, ne la fondant pas d'un seul coup, selon l'admirable expression de saint .Jean, cet aigle des évangélistes, qui a si bien compris U verbe et t action. Quoi! le seul jet de la parole n'a pas sufli pour parachever le monde dans l'infini de ses modes, dans l'ordre éternel quô garde chacune de ses parties, dans l'infaillible reproduction de chaque être, en quelque forme qu'il ait dit à la matière d'affecter dans les siècles des siècles?... Vous me répondrez peut-être que le mouvement résurrectionnel dont vous avez prophétisé le lever .est un effet logique de sa création, et que vous avez mis trèsconstitutionnellement son pouvoir à l'abri des discussions parlementaires; mais alors je vous prierai de me dire si l'entretien du trou de Bot^, si le renversement complet de ce qui est, et dont
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vous nous donnez la perspective, aura lieu sans rintenrentioa d'un autre verbe, d'une autre action céleste... Je ne sujqpose pas que le monde soit un de ces joujoux à surprise qui se mettent tout à coup sens dessus dessous. — Vous qui aimez les proverbes, n'attaquez-vous pas un peu le mot sublime Ce que Dieu a fait est bien fait, proclamé par Garo?
Nodier, au nom des ravissantes choses dont vous êtes un des plqs passionnés amants, au nom des fleurs visibles, des jolis insectes, des mille élégants chefs-d'œuvre de la botanique et de It zoologie qui tapissent vos pages, revivent dans vos phrases, que vous savez si bien sertir en votre langage panoramique, et qui sont le cachet de votre style, au nom de cette belle nature, je vous ferai trës-audacieusement cette question :
Avez-vous en votre génie intuitif la plus légère partie de ce qu'on nomme la certitude sur la marche de la Création?.., Lape^ fectibilité monte-t-elle ou descend-elle? Le mouvement ascendant de votre vie rectiligne est-il plus probable que le sens inverse? Revenons-nous du ciel, ou y allons-nous?... Le chemin est-il en dessus ou en dessous de notre espèce ? Qui a tort, de l'instinct incommutable des créations que nous regardons comme inférieures! nous, ou de la raison vacillante, mobile de notre nature, si souvent à rétat de haillon? Les adorables émanations de la fleur du volcameria, qui sous-entendent et revêtent un monde entier de plaisirs et d'idées; la longévité de ce cèdre planté avant la venue du Christ, et qui vit encore en Italie, portant le nom du Sauveur, ne seraient-elles pas des pensées dont le poëte a le goût par avance, et uiie vie d'admirable monotonie pressentie par le chartreux?... Les innombrables générations de la mer tendent-elles à Tanthropomorphie, selon Maillet, ou l'homme s'achemine-t-41 vers la tombe comme à un berceau, selon Swedenborg?... La paix granitique des marbres est-elle notre oméga ou notre alphaî... Ces questions n'ont rien d'offensant pour vous, qui dans votre article avez considéré le sommeil comme un grand bien, comme un avant-goût des paresseuses délices du far niente des morts... Mais serait-ce 'une pensée digne de Dieu que la rotation infusoire de la matière, en quelque sens qu'elle se fasse? Ne sarait-ce pas, <X)mme Fa dit Byron, une bien froide plaisanterie que le jeu d'une tmatière sortie
LETTRE A CHARLES NODIER
de Diea pour y revenir, après mille transformations kaléidoscopiques da monde?...
Nodier, ma critique n'est teinte ni d'amertume ni d'ironie; elle procède d'une recherche logique de quelques vérités, et c'est mû par un sentiment d'estime pour vos œuvres, que je vous signale les dangers d'un article ou vous amoindrissez la puissance infinie de Dieu, où vous faites marcher la Création sans savoir ni si elle marche, ni dans quel sens elle marche, ni pourquoi elle marche, et où vous n'avez pas tenu compte des mondes brisés que Herschell a rencontrés dans l'espace, demandant l'aumône à l'entrée d'un système planétaire où ils pussent s'arrondir.
Vous qui touchez par tant de points à la science htimaine, vous dont la parole doit influer, plus fortement que vous ne le pensez dans votre touchante modestie, sur le siècle et sur la littérature, pourquoi n'employez-vous pas l'autorité de votre talent à maintenir nos connaissances dans l'admirable voie d'analyse que leur ont fait, depuis un siècle, ces grands inventeurs de sciences, ces génies dont vous pouvez, par un rare privilège, admirer les diverses portées : Newton, Charles Bonnet, BufTon, Bichat, Cuvier, Laplace, Lavoisier, Monge, Mêla, Bernard Palissy, Herschell, Gall? Vous qui avez tant lu, tant appris, tant médité, tant comparé dans les études prodigieuses dont témoignent toutes vos pages, pourquoi ne pas rattacher vos écrits à quelque idée générique? J*ose vous adresser ce vœu parce que je ne l'ai pas formé seul, parce que vous avez des amis inconnus auxquels votre gloire est patriotiquement précieuse, et qui, sur la foi de vos aperçus si souvent lumineux, espèrent de vous plus que vous n'en espérez vous-même. En vous écrivant cette lettre, j'ai dépouillé tout intérêt personnel avec une générosité fabuleuse chez un auteur en herbe : j'attendais de votre bonne grâce et de celle de notre Directeur que vous rendissiez compte du quatrième volume de mes Robiars phux)soraïQCES, où se trouve Louis Lambert, œuvre à laquelle votre intussusception et votre charitable critique eussent été nécessaires; or, maintenant je dois renoncer au plaisir de vous avoir jamais pour censeur; autrement, les rieurs de Paris pourraient se moquer de notre camaraderie, et nous défrayerions les colonnes d*un getit journal pendant un mois.
BSSAIS ANALYTIQUES.
Aiasi donc, j'ai acheté chèrement le droit de vous dire : Laissdi les impuissances scolastiques du moyen âge; usez de votre sacerdoce intellectuel dans un grand but de science réelle et de consolation philosophique. Essayez de convaincre l'humanité, sans en détruire les poétiques religions, qu'il faut laisser Dieu dans les sanctuaires inconnus où il s'est dérobé volontairement à nos regards.
Une seule pensée creusée avec sincérité doit toujours écraser notre raison ambulatoire, et je ne crois pas que cette pensée, quelque dissolvante qu'elle soit, puisse détruire aucune des idées religieuses dont le monde s'est nourri; ne doit-elle pas servir aa contraire à nous rejeter humbles et petits, après nous être usés contre le plus grand des mystères?
La matière et Dieu sont contemporains, ou Dieu préexistait à tout, seul, unique. Le génie le plus gigantesque et la raison ho* maine amassée depuis les quatre-vingt-dix mille ans de Laplaoa ne sauraient imaginer un troisième mode pour ce problème iosth lubie, à moins de faire table rase et de supprimer matière et Dieu.
Or, la puissance de Dieu périt inévitablement dans la première proposition, puisqu'on subissant l'action ou la coexistence d'une substance étrangère à la sienne, il devient en quelque sorte on agent secondaire; et dans la deuxième proposition. Dieu ayant dft extraire le monde de sa propre essence, il faut reconnaître pour vrais les systèmes identiques de Malebranche et de Spinosa; dépouiller Dieu de tous les attributs dont notre àme le décore; ne plus admettre aucun mal ni dans la société ni dans le monde : alors, nous ne ferons pas un seul pas sans blasphémer, nous ne dirons pas un mot sans injurier Dieu. Tout est Dieu : Dieu, comme Ta écrit Bayle en examinant Spinosa, se trouve en deux camps dans les batailles, et se frappe lui-même; si nous trouvons la raison de nos amours, nos haines sont inexplicables; enfin nous tombons dans un abtme où périssent les lois, les religions, les crimes et les vertus...
Après ce résumé de toutes les théologies passées, présentes et futures, comment pouvons-nous oser pondérer Tardente idée de Dieu, et en sonder les desseins? 11 faut se coucher dans le pyrrhonisme, ou se jeter avec amour dans la. religion de Jésus-Christ,
LETTRB A CHARLES NODIER.
tans plus rien examiner. Donc, croyants ou incrédules, poètes ou philosophes, employons notre pensée à constater des faits et non pas des théories. N*ayez-yous pas mis l'invention sanguificative du loamebrocbe au-dessus de toutes les scboïies inutiles de Toblong docteur dom P. Panfreluchiol...
Ne serait-il pas digne de notre époque si vivace, si poétique, d frétillante, d'établir les religions et le sentiment idu bien sur la conscience, sur Yilre intérieur placé en nous par le Tout-Puissant, m même titre que, dans les pauvres animaux dont vous parlez avec tant de gr&cé, les sens admirablement simples et étonnants nommés par nous instinct?...
. Maintenant, mon cher Nodier, j'ai peut-être acquis le droit de vons dire que vous avez abordé, en travers peut-être, de grandes questions relatives à la nature humaine; mais vous les avez abordées conduit à elles par un esprit d'une haute transcendance, vous en avez le pressentiment et r appétit; vous en faites le tour, animé d'une admirable curiosité philosophique. Certes, Terreur est permise en des inductions si ténébreuses, et je ne sais s'il faut vous bMmer ou vous louer de ces courses aventureuses eh des sentiers pea pratiqués, pour arriver à une porte qui n'a point été ouverte; là, j'aurais voulu en vous des expressions plus hypothétiques; quel est ce sentier vierge des pas de cette race essentiellement grimpante et voyageuse dont nous faisons partie, et qui fouille tout à Feioeption de sa propre nature, à elle encore inconnue? - le ne contredirai certes aucune des observations contenues dans ma lettre en admettant, non pas la possibilité des anges de Swedenborg dont vous avez fait vos êtres comprèhensifà, mais Texistence de plusieurs faits psychologiques, auxquels vous paraissez croire, et si singulièrement distincts des phénomènes habituels de notre nature que leur étude peut enfanter les hallucinations les plus bizarres dans la pensée, les théories les plus fabuleuses dans la science. Votre esprit translucide a souvent voulu pénétrer l'espace, le temps et le sommeil; vos pages métaphysiques en accusent de longues méditations, et je ne crois pas que, depuis Texistence des académies auxquelles vous manquez et dont vous vous moquez, aucune société pensionnée ait jamais proposé question plus utile que la vôtre ainsi conçue :
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c( Pourquoi Ttiomme qui n'a jamais rêvé qu'il fendit Fespioe sur des ailes, comme toutes les créatures volantes dont il est eotouré, rêve-t-il si souvent qu'il s'y élève d'une puissance élastique, songe mentionné dans tous les onéirocritiques anciens, à cette prévision n'est pas le symptôme d'un de ses progrès organiques? »
J'ai supprimé, de mon autorité privée* la comparaison de notre mouvement avec celui de l'aérostat, la question me paraissant ainsi plus simplement et plus abstractivement posée. Votre artkie n'eût-il que cette demande scientifique adressée à TEarqM studieuse, à ce peu d'hommes incessamment penchés à la clarté des lampes sur le texte éternel offert par la puissance omnivore, contripète et centrifuge, sise dans l'immense et minime dédale de notre cerveau; votre article, Nodier, doit vous attirer un jour one gloire incontestable, et vous élever au-dessus des académies inutiles d'où souvent l'on chasse à coups de fourche les faits, quand ils brisent les petits systèmes de nos seigneurs les académiciens.
Et je suis arrivé au moment où je vais faire avancer mes nuagn, mélangés sans doute d'erreurs et de vérités, et vous donner le droit de haute et basse critique sur mon insolente réfutation de deux ou trois de vos phrases, sauf la vérification future de nos systèmes par Vitre compréhensif in sxcula sxculorum.
Vous avez assemblé, malgré votre aversion pour les académies, un concile assez imposant où vous accumulez, par le jeu d'une pompe aspirante toute intellectuelle et fantastique, une somme effrayante de genre humain, et vous déniez à ces grands hommes convoqués en cinq lignes le pouvoir d'expliquer l'espace et le temps. Attendu l'état de silence auquel la mort les a réduits, il leur est fort difficile de vous répondre; et vous vous êtes mis commodément dans la situation superbe d'un prédicateur apostrophant les damnés; puis vous avez ôté la parole à vos auditeurs. Ne seraitce pas la plus audacieuse des entreprises que de se constituer l'orateur de cette chambre où toutes les sciences ont un député?... Il ne me reste pas d'autre ressource que de vous détacher un autre concile de savants morts, — bien entendu ! — composé de Kant, de FichtOi d'Apollonius de Tyane, de Porphyre, de van Helnwnt,
LETTllE A CHARLES NODIER. 56< .
de Boerhaave, de PlotiD, etc. ; excusez si je ne vous en donne pas davantage ou bien si je me trompe, je vous écris avec une plume d* auberge, sans un livre , attablé presque seul dans une chambre où peut-être vous avez couché jadis en revenant de Suisse ou d'Italie. Mon esprit est encore tourmenté par les beaux siteà que je viens de voir; puis je suis enfantinement sous le charme d'une montre que je viens d'acheter à Genève, en sorte que ma mémoire peut se détraquer pendant que je vérifie les ressorts de mon chronomètre, et que les paysages qui vous sont si familiers me reviennent comme la défunte de ce bon bourgeois dînant avec le carabinier, dans la caricature de Gharlet. N'étaient donc ma montre, mes montagnes, mon isolement de toute autorité livresque, je vous recruterais de meilleurs morts peut-être, et vous extrairais des passages confortatifs pour corroborer ma réponse. Vous excuserez mon dénûment et mes folles fantaisies, vous si' obéissant aux ten- , tations diaboliques des passions et des caprices.
Or, mon cher Nodier, ni l'espace ni le temps n'existent, en dehors de l'homme du moins; Fichte et beaucoup dé grands génies les ont abstractivement, philosophiquement niés. Le temps et l'espace sont, dans l'acception que vous donnez à ces mots, une seule et même chose, qui est, par rapport à nous, un produit du mouvement, et le mouvement est, comme Tespace, un abîme aussi profond que ridée de Dieu, et où notre raison devient infirme quand nous voulons le pénétrer. Le sommeil, autre gouffre où nous pouvons nous plonger avec la chance de retrouver nos pantoufles au pied de notre lit, plus heureux qu'Empédocle, et dont vous semblez avoir étudié les phénomènes si notablement excentriques, qui d'inductions en inductions nous mettraient sur la trace de vérités perdues, de sciences évanouies, le sommeil montre souvent à un homme de bonne foi Tespace complètement anéanti, dans sa double forme de temps et
espace proprçment dit. Vous avez raconté plusieurs de ces preuves bizarres en apparence, mais toujours vraies, dans un article sur le sommeil, dont je me souviens encore; enfin Smarra, votre magique Smarra, me semble l'épisode poétique d'un grand ouvrage sur le sommeil, épisode où vous avez avec un merveilleux talent fait saillir, en dehors des parois cervicales, les accidents les plus insaisissables de notre pouvoir intérieur. Le sommeil démontre logi- XX. 36
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quement, par une chaîne de raisonnements dont quelque beau génie déduira l'ensemble, comme les Guvier, les Laplace ont an> ché des faits à un océan de pensées, que Thomme possède l'exorbitante faculté d'anéantir, par rapport à lui, l'espace qui n'existe que par rapport à lui ;
De s'isoler complètement du milieu dans lequel il réside, et de franchir, en vertu d'une puissance locomotive presque infinie, les énormes distances de la nature physique ;
D'étendre sa vue à travers la Création sans y rencontrer les obstacles par lesquels il est arrêté dans son état normal ;
Et enfin d'obtenir une certitude mémoriale des actes dus à l'exercice de cette faculté.
Les études psychologiques, dirigées dans une voie d'analyse, acquerront sans doute une consistance mathématique, cesseront d'être creuses et conjecturales. Espérons-le, pour la gloire de notre époque déjà si grande , pour notre France déjà géante quand fe siècle naissait. Les bornes d'une simple lettre ne me permettent pas d'embrasser autrement que par Ténumération les magnifiques irradiations de cette science nouvelle ; mais les prodiges de la volonté en seront le lien commun, auquel se rattachent et les découvertes de Gall, celle du fluide nerveux, troisième circulation de notre appareil, et celle du principe constituant de rélectricité; puis les innombrables efl'ets magnétiques, ceux du somnambulisme naturel et artificiel dont s'occupent les savants de Danemark, de Suède, de Berlin, d'Angleterre, d'Italie, et que nient ceux de notre Paris, tour à tour si stupides et si intelligents, si froids et si passionnés. Flourens et Magendie font graviter, sans le savoir, leurs rechercher dans une sphère d'effrayantes réalités. Ils tuent biende.^ poésies sous leur scalpel, et sous leur scalpel renaîtront de vasttô pouvoirs!... Ce sera quelque magnifique échange!... Sans doute la superstition du double, je puis en parler à vous qui avez réhabiliié les paroles gelées de Rabelais, et retrouvé par fragments TancieD bon sens des nations disparues, dans vos pages sur les superstitions si niaisement nommées paradoxales, en haine de votre supérioriiê peut-être : donc, alors le double de TAllemagne deviendra l'un des faits les plus vulgaires de notre nature mieux connue, un fait aussi vrai, mais aussi incompréhensible que les phénomènes de pensée,
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de mouvement, par nous quotidiennement accomplis, sans songer à leur profondeur sans fond. Alors, Vhomo duplex de Buffon sera le point de départ ou le but commun de mille observations relatives 'à la séparation possible des deux natures, des deux actions, du verbe et du fait, de Thomme intérieur et de l'homme extérieur, sans cesse accouplés, séparés sans cesse en nous. Alors, si vous et moi sommes encore de ce monde, nous lirons dans l'œuvre d'un savant qui peut-être tette en ce moment, au globe veiné d'azur, le lait de sa mère, la solution de votre sagace demande; et, si nous pouvons le comprendre, nous vieillards au chef branlant, nous y verrons que l'effet jadis observé par vous résulte de la désunion de nos deux natures : j'emploie ce mot à défaut de celui dont nous gratifiera le grand homme au maillot pour nommer quelque chose d'innomé dans notre langage actuel : c. q. e. a. d.
La résurrection humaine serait peut-être explicable par la postexistence du species inconnu de cet être nouveau; mais la résurrection est un dogme de foi : la science peut le nier et les savants peuvent y croire. — Quant à moi, je ne me prononce pas, parce que j'étudie, et qu'un fait apparent est souvent détruit par un fait latent. Notre chimie a déjà dévoré tant de nomenclatures que ce serait folie de se passionner pour les accidents dubitatifs de la psychologie. Je pense actuellement, en mettant à part les illusions dont j'aime à me nourrir, que l'homme doit être une créature finie, mais douée de facultés perfectibles. En voyant un crétin, un épicier, un journaliste, Schnetz, lord Byron et Cuvier, six t^-pes entre lesquels peut se caser l'espèce humaine, nous interrogerons Dieu sur notre destinée, sans songer que les mêmes variations se retrouvent dans la nature inférieure : par exemple, chez les chevaux en liberté des steppes asiatiques, où ils élisent pour chef le plus beau d'entre eux; parmi les chiens, qui, chassant en commun, renvoient le chien dont le nez est infirme, et battent celui dont le courage, la vigilance ou la voix ont été en défaut. Mais il faudrait faire non pas une simple lettre, mais exécuter un ouvrage entrepris, laissé, repris déjà depuis dix ans, pour expliquer toute ma pensée. Or, je ne suis pas aussi certain que vous Têtes de conserver mon auditoire et de colorer les nuages furtifs nés de mes longues études. Puis il est tard ; je me suis promené toute la journée sur le joli lac
ESSAIS ANALYTIQUES
Annecy, en lisant votre article et Pinterprétant au gré des paysages, en consultant le ciel et les eaux. Enfin ma notice biographique sur Louis Lambert contient quelques-unes de ces idées sous une forme dramatique : elles y agissent. Il serait donc inutile de me répéter, défaut dans lequel nous tombons, vieillards, et que, jeunes, nous devons éviter.
J'ajouterai cependant, en manière de madrigal, que je ne crains pas de vous redirei mille choses affectueuses, et de vous attester Tionocuité d'une critique courageuse. Ne pouvez-vous pas maintenant victorieusement dissoudre mes doutes, et me convaincre d'ignorance peut-être?...
Agréez les bons souvenirs d'un voyageur qui ne parcourt pas les lieux où vous avez été sans admirer la poésie que vous y avez semée.