‹ Œuvres complètes: Édition accompagnée d'une notice sur Alfred de ..., Volume 8Chapitre 25 sur 42 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

guérir ; je le pouvais peut-être il y a deux mois; j'ai mieux aimé vous voir et souffrir, et ne m'en repens pas, quoi qu'il arrive. Le seul malheur qui puisse m'atteindre, c'est de vous perdre. Mettez-moi à l'épreuve. Si jamais j'en viens à sentir qu'il y a pour moi trop de souffrances dans notre marché, je partirai ; et vous en êtes bien sûre, puisque vous me renvoyez aujourd'hui et que je suis prêt à partir. Quel risque courez-vous en me donnant encore un mois ou deux du seul bonheur que j'aurai jamais ?

J'attendais sa réponse. Elle se leva brusquement, puis se rassit. Elle garda un moment le silence. — Soyez-en persuadé, dit-elle, cela n'est pas ainsi. Je crus m'apercevoir qu'elle cherchait des expressions qui ne me parussent pas trop' sévères, et qu'elle voulait me répondre avec douceur.

— Un mot, lui dis-je en me levant, un mot! et rien de plus. Je sais qui vous êtes, et s'il y a pour moi quelque compassion dans votre cœur, je vous en remercie; dites un mot! Ce moment décide de ma vie.

Elle secouait la tête; je la vis hésiter. — Vous croyez que j'en guérirai? m'écriai-je; que Dieu vous laisse cette pensée, si vous me chassez d'ici...

En disant ces mots, je regardais l'horizon, et je sentais jusqu'au fond de l'âme une si horrible solitude, à l'idée que j'allais partir, que mon sang se glaçait. Elle me vit debout, les yeux sur elle, attendant qu'elle

D'UN EiNFANT DU SIÈCLE. 1^

parlât; toules les forces de ma vie étaient suspendues à ses lèvres.

— Eh bien! dit-elle, écoutez-moi. Ce voyage que vous avez fait est une imprudence; il ne faut pas que ce soit pour moi que vous soyez venu ici ; chargez-vous d'une commission que je vous donnerai pour un ami de ma famille. Si vous trouvez que c'est un peu loin, que ce soit pour vous l'occasion d'une absence qui durera ce que vous voudrez, mais qui ne sera pas trop courte. Quoi que vous en disiez, ajouta-t-elle en souriant, un petit voyage vous calmera. Vous vous arrêterez dans les Vosges, et vous irez jusqu'à Strasbourg. Que dans un mois, dans deux mois, pour mieux dire, vous reveniez me rendre compte de ce dont on vous chargera; je vous reverrai et vous répondrai mieux.

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