‹ Œuvres complètes: Édition accompagnée d'une notice sur Alfred de ..., Volume 8Chapitre 33 sur 42 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Un jour, en rentrant au logis, je vis ouverte une petite chambre, qu'elle appelait son oratoire; il n'y avait, en effet, pour tout meuble qu'un prie-Dieu et un petit autel, avec une croix et quelques vases de fleurs. Du reste Jesmui^et les rideaux, toutétaitblanccomme la neige. Elle s'y enfermait quelquefois, mais rarement, depuis que je vivais chez elle.

Je me penchai contre la porte, etjevis Brigitte assise à terre au milieu de fleurs qu'elle venait de jeter. Elle tenait une petite couronne qui me parut être d'herbes sèches, et elle la brisait entre ses mains.

— Que faites-vous donc? lui demandai-je. Elle tressaillit et se leva. — Ce n'est rien, dit-elle, un jouet d'enfant; c'est une vieille couronne de roses qui s'est fanée dans cet oratoire ; il y a longtemps que je l'y avais mise ; je suis venue pour changer mes fleurs.

Elle parlait d'une voix tremblante et paraissait prête à défaillir. Je me souvins de ce nom de Brigitte-la-Rose, que je lui avais entendu donner. Je lui demandai si par hasard ce n'était pas sa couronne de rosière qu'elle venait de briser ainsi.

— Non, répondit-elle en pâlissant.

— Oui, m'écriai-je, oui, sur ma vie! Donnez-m'en les morceaux.

Je les ramassai et les posai surFautel, puis je restai muet, les yeux fixés sur ce débris.

— N'aurais-je pas raison, dit-elle, si c'était ma couronne, de l'avoir ôtée de ce mur où elle était depuis si longtemps? A quoi ces ruines sonl-elles bonnes? Brigitte-la-Rose n'est plus de ce monde, pas plus que les roses qui l'ont baptisée.

Elle sortit; j'entendis un sanglot et la porte se ferma sur moi ; je tombai à genoux sur la pierre, et je pleurai amèrement.

Lorsque je remontai chez elle, je la trouvai assise à table ; le dîner était prêt, et elle m'attendait. Je pris ma place en silence, et il ne fut pas question de ce que nous avions dans le cœur.

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