CHAPITRE III
De la prosodie des langues grecque et latine » et, par occasion, de la déclamation des anciens.
§ i6. Il est constant que les Grecs et les Romains notaient leur déclamation , et qu'ils l'accompagnaient d'un instrument ^ ; elle était donc un vrai chant. Cette conséquence sera évidente à tous ceux qui auront quelque connaissance des principes de Tharmonie. Ils n'ignorent pas, I® qu'on ne peut noter un son qu'autant qu'on peut l'apprécier; *^ qu'en harmonie rien n'est appréciable que par la résonnance des corps sonores ; 3^ enfin , que cette résonnance ne donne d'autres sons ni d'autres intervalles que ceux qui entrent dans le chant.
Il est encore constant que cette déclamation chantante n'avait rien de choquant pour les anciens. Nous n'apprenons pas qu'ils se soient jamais récriés qu'elle fût peu naturelle , si ce n'est dans des cas particuliers, comme nous faisons
' Je n'en donne pas la preuve; on la trouvera dans le troisième volume des Réflexions critiques sur la poésie et sur la peinture. Je renvoie aussi à ce même ouvrage pour la confirmation de la plupart des faits que je rapporterai. L*abbé duBos, qui en est l'auteur, est un bon garant : son érudition est connue.
DES coirnrAissA:frGES humaines. 209
nous-mêmes quand le jeu d'un comédien nous paraît outré» Ils croyaient au contraire le chant essentiel à la poésie. La versiQcation des meilleurs poètes lyriques, dit Cicéron% ne paraît qu'une simple prose quand elle n'est pas soutenue par le chant. Cela ne prouve-t-il pas que la prononciation alors naturelle au discours familier, participait si fort du chant, qu'il n'était pas possible d'imaginer un milieu tel que notre déclamation?
En effet, notre unique objet quand nous déclamons, c'est de rendre nos pensées d'une manière plus sensible , mais sans nous écarter beaucoup de celle que nous jugeons naturelle. Si la prononciation des anciens avait été semblable à la nôtre, ils se seraient donc contentés, comme nous, d'une simple déclamation. Mais il fallait qu'elle fût bien différente, puisqu'ils n'en pouvaient augmenter l'expression que par le secours de l'harmonie.
§ 17. On sait d'ailleurs qu'il y avait dans le grec et dans le latin des accens qui, indépendamment de la signification d'un mot ou du sens de la phrase entière, déterminaient la voix à s'abaisser sur certaines syllabes et à s'élever sur d'autres. Pour comprendre comment ces accens ne se trouvaient jamais en contradiction avec l'expression du discours, il n'y a pas deux moyens. Il faut absolument supposer avec moi que, dans la pronon-
* Traité de V Orateur.
2IO JESSAI SUR LOAIGIHJE
dation des anciens, les inflexions qui rendaient la pensée étaient si variées et si sensibles, qu'elles ne pouvaient être contrariées par celles que demandaient les acoens.
§ 1 8. Au reste, ceux qui se mettront à la place des Grecs et des Romains ne seront point étonnés que leur déclamation fut un véritable chant. Ce qui fait que nous jugeons le chant peu natu- . rel, ce n'est pas parce que les sons s'y succèdent conformément aux proportions qu'exige l'harmonie, mais parce que les plus bibles inflexions nous paraissent ordinairement suffisantes pour exprimer nos pensées. Des peuples accoutumés à conduire leur voix par des intervalles marqués trouveraient notre prononciation d'une monotonie sans âme , tandis qu'un chant qui ne modifierait ces intervalles qu'autant qu'il le ùudrait pour en apprécier les sons, augmenterait à leur égard l'expression du discours , et ne saurait leur paraître extraordinaire.
§ 19. Faute d'avoir connu le caractère de la prononciation des langues grecque et latine , on a eu souvent bien de la peine à opmprendre ce que les anciens ont écrit sur leurs spectacles. En voici un exemple :
« Si la tragédie peut subsister sans vers, dit un « commentateur de la Poétique d'Aristote% elle « le peut encore plus sans la musique. Jl faut
' Dacier, Poér. d'Arist., p. 82.
DES GC^TDF^lS^ANQïa mm^iNEs. an
«( méine avpfi^ q^^ nous ne comprenons pas bien « coipiDept la musjtque a pu jamais être conâia dérée comme faî^nt en quelque sopte partie de ce la tragédie ; car s'il y a rien au monde qui pace rais$e étranger et contraire même à une action (c tragique, c'eat le chant, n'en déplaise aux inc( venteurs des tragédies en musique, poèmes et aussi ridicules que nouveaux , et qu'on ne pource rait souffrir si l'on avait le moindre goût pour ce les pièces de théâtre, ou que l'on n'eût pas été ce enchanté et séduit par un des plus grands muce sioiens qui aient jamais été : car ^es opéras sont, ce si je rpse dire, les grotesques de la poésie, d'auc( tant plus insupportables qu'on prétend les faire «c passer pour des ouvrages réguliers. Aristote ce nous aurait donc bien obligés de nous marquer ce comment la musique a pu être jugée nécessaire ce à le tragédie. Au lieu de cel^ , il s'est contenté a de dire simplement que toute sa force était ce connue : ce qui marque seulement que tout le <c monde était convaincu de cette nécessité, et ce sentait les effets merveilleux que ]e chant proce duisait dans les poèmes, dont il n'occupait que f€ les intermèdes. J'ai souvent tâché de com* (c prendre Les raisons qui obligeaient des hommes ce aussi habiles et aussi déUcats que les Athéniens ce d'associer la n^usique et la. danse aux actions ce tragiques, et après bien des recherches pour « découvrir comment il leur avait paru naturel
21 a £SSAI SUR LORIGIITE
« et vraisemblablç qu'un chœur qui représentait (c les spectateurs d'une action dansât et chantât (( sur des événemens aussi extraordinaires, j'ai « trouvé qu'ils avaient suivi en cela leur naturel, a et cherché à contenter leur superstition. Les <E Grecs étaient les hommes du monde les plus « superstitieux et les plus portés à la danse et à la oc musique , et l'éducation fortifiait cette inclina- (c tion naturelle. »
(( Je doute fort que ce raisonnement, dit l'abbé « duBos, excusât le goût des Athéniens, supposé « que la musique et la danse, dont il est parlé ce dans les auteurs anciens comme d'agrémens « absolument nécessaires dans la représentation « des tragédies^ eussent été une danse et une mua sique pareilles à notre danse et à notre mu- (c sique; mais, comme nous l'avons déjà vu, cette a musique n'était qu'une simple déclamation , et « cette danse , comme nous le verrons , n'était ce qu'un geste étudié et assujetti ».
Ces deux explications me |>araissent également fausses. Dacier se représente la manière de prononcer des Grecs par celle des Français, et la musique de leurs tragédies par celle de nos opéras : ainsi il ,est tout naturel qu'il soit surpris du goût des Athéniens, mais il a tort de s'en prendre à Aristote. Ce philosophe . ne pouvant prévoir les changemens qui devaient arriver à la prononciation et k la musique, comptait qu'il se-
DES CONNAISSAirCES HUMAmflS. !2l3
rait entendu de la postérité comme il l'était de ses contemporains. S'il «nous paraît obscur, ne nous en prenons qu'à l'habitude où nous sommes de juger des ouvrages de l'antiquité par les nôtres.
L'erreur de l'abbé du Bos a le même principe. Ne comprenant pas que les anciens eussent pu introduire sur leurs théâtres, comme l'usage le plus naturel , une musique semblable à celle de nos opéras, a pris le parti de dire que ce n'était point une musique, mais seulement une simple déclamation notée.
§ ao. D'abord il ine semble que par-là il fait violence à bien des passages des anciens : on ' le voit surtout par l'embarras où il est d'éclaircir ceux qui concernent les chœurs. En second lieu , si ce savant abbé avait pu connaître les principes de la génération harmonique , il aurait vu qu'une simple déclamation notée est une chose démontrée impossible. Pour détruire le système qu'il s'est fait à cette occasion , il suffit de rapporter la manière dont il . essaie de l'établir.
« J'ai demandé, dit-il, à plusieurs musiciens s'il « serait bien difficile d'inventer des caractères te avec lesquels on pût écrire en notes la décla-
« niation en usage sur notre théâtre Ces musi-
« ciens m'ont répondu que la chose était possible, ce et même qu'on pouvait écrire la déclamation ert « notes en se servant de la gamme de notre mu-
af4 ESSAI scm L'omciNB
(c sîque 9 pourvu qu'on ne donbàt auk notes que « la moitié àè l'iotonation ordinaire. Par exemple, te les notes qui oikt un semi-ton d'intonation en M musique n'auraient qu'un quart de ton d'intoa na'tion dans la déclamation. Ainsi on noterait « lès moindres élévations de la Voix qui soient <ff(S€eQsibles, du moins à nos oreilles.
« Nos vers ne portent |[)oint leur mesure aviec (c eux, coméofe les vers métriques des Grecs «t des à Kômains la portaient ; mais on m'a tdit anssî « qu'on pouirait en user dans ki déclamation « pour la valeur des notes comme pour leur iû- « lonation. On à'j donnerait à une blâhche <Jue « la valeur d'une noire^Àune noire la valeur tfmie « croche, et on évaluerait tes autres rtotes suivant « cette proportion.
a Je sais bien qu'on ne trouverait pas d'abord « des personnes capables de lire couraomieilt « cette espèce de musique et de bien ^ntonncsr « les notes; mais des edifans dé cpunse ans ^ à qm « l'on aurait enseigné cette intonation durant six (( mois , en viendraient à bout-. Leurs oi^pnes se « plieraient à cette itltonatioil, à cette prononcia- « tion de notes faites sans chanter, comme îts se ce plient à l'intonation de notre musique ordite naire. L'exercice et l'habitude qui suit l'exerce cice sont, par rapport à la voix, ce que l'arohet « et la main du joueur d'instrument sont par l*ap* <c port au viol(Hi. Peut-on cxtnre que cette intona*
DES COHIIAISSAIVCES HUUAIIfES. 21 5
<r tîofi fut même difficile ? Il ne s'agirait que d'acce coutumer la voix à faire méthodiquement ce (c f|u'elie fait tous les jours dans la conversation. c< On y parle quelquefois vite et quelquefois len- « tement : on y emploie de toutes sortes de tons), «{et l'oq j fatt<les progressions soit en haussant « la voix , soit en la baissant par toutes sortes (« d'intervalles possibles. I«a déclamation notée ne ce «eratt autre chose que les tons et les raouve- <c vwiens de la prononciatîoii écrits en notes. Cer> « tainement la difficulté qui se rencontrerait dans ce Texécution d'une pareille note n'approcherait « pas de celle qu'il y a de lire k la fois des paroles « qu'on n'a jamais lues, et de chanter et d'accom- « pagner du ola?vecbi ces paroles sur une note « qu'on n'a pas étudiée. Cependant l'exercice apte prend même à des femmes à faire ces trois opé- (c rations en même temps.
^ Quamt an moyen d'écrire en notes la décla- (c matioa, soit celui que nous avons indiqué^ soit ce (UHi. autre, il ue saurait étr^ aussi difficile de le (c <Tédutve eaa règles cemtaines ^ et d'en mettre la ce méthode en ^^tique, qu'il l'était de trouver ce l'art d'écrit^e en ^notes les pas et les figures <i'ufie ce entrée de baUeÉ dansée par buit personnes^ (c principaiemenl les pas étant/aussi vadés tst les « figures aussi entrelacées qu'elles le soot «ujotirce dlïui. Cependant f euillée est venu à bout de ce doiiaer oet art , et sa cK)ifee . enisdigne même aux
2l6 ESSAI SUR l'origine
(c danseurs comment ils doivent porter leurs Ci bras. »
§ 2 1 . Yoilà un exemple bien sensible des erreurs où Ton tombe, et des raisonnemens vagues qu'on ne peut manquer de £siire lorsqu'on parle d'un art dont on ne connaît pas les principes. On pourrait à juste titre critiquer ce passage d'un bout à l'autre. Je l'ai rapporté tout au long, afin que les méprises d'un écrivain, d'ailleurs aussi estimable que l'abbé du Bos , nousr apprennent que nous courons risque de nous tromper dans nos conjectures toutes les fois que nous parlons d'après des idées peu exactes.
Quelqu'un qui connaîtra la génération des sons, et l'artifice par lequel l'intonation en devient naturelle , ne supposera jamais qu'on pourrait les diviser par quart de tons , et que la gamme en serait bientôt aussi familière que celle dont on se sert en musique. Les musiciens dont l'abbé du Bos apporte l'autorité pouvaient être d'excellens praticiens , mais il y a apparence qu^ils ne connaissaient nullement la théorie d'un art dont M. Rameau a le premier donné les vrais principes.
§ 22. Il est démontré dans la génération harmonique, i**rqu'on ne peut apprécier un son qu'autant qu'il est assez soutenu pour faire entendre ses harmoniques ; a** que la voix ne peut entonner plusieurs sons de suite , faisant entre eux des intervalles déterminés, si elle n'est guidée par une
DES COKlfAISSANGES HUMAINES. 21 7
base fondamentale; 3° qu'il n'y point de base fondamentale qui puisse donner une succession par quart de tons. Or dans notre déclamation , les sons, pour la plupart, sont fort peu soutenus, et s'y succèdent par quart de tons , ou même par intervalles moindres. Le projet de la noter est donc impraticable.
§ 2 3. Il est vrai que la succession fondamentale par tierce donne le demi-ton mineur, qui est à un quart de ton au-dessous du demi -ton majeur. Mais cela n'a lieu que dans des changemens de modes, ainsi il n'en peut jamais naître une gamme par quart de tons. D'ailleurs, ce demi-ton mineur n'est pas naturel, et l'oreille est si peu propre à l'apprécier, que dans le clavecin on ne le distingue point du demi-ton majeur; car c'est la même touche qui forme l'un et l'autre '. Les anciens connaissent sans doute la différence de ces deux demi-tons ; c'est-là ce qui a fait croire à l'abbé du Bos et à d'autres , qu'ils avaient divisé leur gamme par quart de tons.
§ i[\. On ne saurait tirer aucune induction de la chorégraphie, ou de l'art d'écrire en notes les pas et les figures d'une entrée de ballet. Feuillée n'a eu que des signes à imaginer, parce que , dans la danse , tous les pas et tous les mouvemens , du moins ceux qu'il a su noter, sont appréciés. Dans
■ Voyez, dans ^ Génération harmonique^ cli. i4) art. i, par quel artifice la voix passe au demi- ton mineur.
31 8 BSSAi SUA i^'omiGon
notre déclamation , les sons , pour la plufiart , sont inappréciables : ils sont ce qne, dans les ballets , sont certaines expressions que la ch on égr aph ie n'apprend pas à écrire.
Je reuToie dans une note l'explication de quelques passages que l'abbé du Bos a tirés des anciens pour appuyer son sentiment ^.
' n en rapporte où les andens parlent de leur prononciation ordinaire comme étant simple et ayant nn son continu; nuds i! âttfait àt faire attention qu'ils n'en pftrkieat alors que par comparailon avec leur musique : elle n'était domc pas simple absolument. En effet , lorsqu'ils l'ont considérée en elle-même, ils y ont remarqué des accens prosodiques , ce dont ta nétre manque tout^à-Êiit Un gascon qui ne connais traie point de pronondatfon plus simiple que la stenne, n> verrait qu'un son continu quand il la comparerait atu cliants de la musique. Les anciens étaient dans le même cas.
Cîcéron fait dire à Crassus que , quand il entend Lariia , il croit entendre récher les pièces de Plante et de 'NaeTius, parce qu'elle prottotwe uniment, et sans affecter les aoccas-dcs langues étrangères. Or, dit l'abbé du Bos, Lasliâ ne chantait pas dans son domestique. Cela est vrai; mais du temps de Plaute et de Tïaeyius, la prononciation des Latins participait déjà du chant, puisque la déclamation des pièctk de ces poètes avait M notéew Lttlk ne patuissait donc pvononoer ttnimcnt que parce qu'elle ne sé<servaitpas des nouveaux aic^ensqiie l'usage avait mis à la mode.
Ceux qui jouent les comédies, dit Quintilien, ne s'éloignent p<Ts de la tiature dims Icfur prononciation, du moitis auser pour la faire méoonaatt»; mais ils relèvent, par les agréiMns que l'art permel, la manière ordinaire de pro<ioncer. Qu'on juge si c'est là chanter, dit l'abbé du Bos. Oui , supposé que la prononciation que Qmotilien appelle naturelle , lût m chargée d'accens qu'elle approchât assez du ch««t pour pouvoir être
DES 009f!VéA9&ANCES HUXÂmSS. 2I9
§ a5. Les méaies cause» qui font rarier ia voiK par des intervalles fort distincts, lui font nécessai* remeât mettre de la dt£Gérence entre les temps qu'elle emploie à articuler les sons. Il n'était donc pasilaturel que des hommes dont la prosodie participait du chàdt, obsenrassent des tenues ^égalés siiir chaque ayllabe : dette manière de protioTicer
notée sans être sensiblement altérée. Or cela «t surtout vrai du temps où ce rhéteur écrivait, car les accens de la langue laâkkit »>ét44è]St fdjfi Multi^rés.
¥«id ttn Ùât t|\ii, âtt premiek* cott^ ti'Cei), pafàlt elitoi*e plus kLVWkhlé k VdfpMiiïi Ht l'àbbé dtt Bos : t'est ({u'à Atliètieis ofi faisait composer la déclamation des lois, et accompagnëT d'un ittMlt«âii«iit t:«ltri ^Ui lé^ (tuMiait. Xyr ei^t-Hl ▼râisemblablt; t|ue 2«s Atbétaiéhs tssiîiit iôhaïtter letfrs1ois^ Je répdnO^ '*^uMb A'«H»^^ht jàtoàis sohgé là éiabîlr trii patéfl tisâgfe si ïcTuf ptoftbriek*ion âvàit "élé éôïiïiùé k ttÔtiNô, Ipatifete tjtré \i5 fchâM le pim ^^flte s'eù séftkit ttôp étàVté; ïnàls il fàUt «e ïntWre à leaif pïéce. Lëtir langtrc Avait tticote plus d'acôtthis qnt celle dé» RolftaiM^ \ ^tisi Miie déelamàtiota dont k eh^t ^tiiH peu éktrtgé 'pùvtif^^pptéi^tUs inflexions âé là vôix/satis pâtaibre s^oigiler de là pi^Ottolidàtloil ot^ihalUè.
il iptràltdéiie évldetit , oOYiëlùt l'abbé du fi(ys, ^tt^léVïhànt des p4èe«S dfradmtiqtKft tftti sè tédfaièVtft suïr les théâtres deà âlMsiettft ti'A¥àk ni "pàasàglsè, ni pbï^t^ éé voix t)àd«ncés, ni tr«iDb]etnen8>M»uliettàSj ni iès autres ca)*àétë*e^ âe1lot^e cbamt ffltiskal.
Je me trompe fort, ou cet écrivain n'avait pas uite idée bien ntBtte de te qui côûStitlie le cbaM; i! semble ttti'il ti'en juge xfttt d'après celui de iioè ôpéfas. Ayàht 'rapporté que QuintUien se plaidait que quelques orateurs plaidassent au b«rk*ca« eomme oti récitait 8«r le tkéâitre: Groi^*en , ajoutet^ , q«e tes itrateurs «tiautasMot o&mme oH chante dA<nÉè nos op4^»! le irépofids tl^lè ta suoces»fon des iims qui forment le
220 ESSAI SUR l'oRIGII9E
n'eût pas assez imité le caractère du langage d'action. Les sons , dans la naissance des langues , se succédaient donc^ les uns avec une rapidité extrême , les autres avec une grande lenteur. De là l'origine de ce que les grammairiens appellent quantité , ou de la différence sensible des longues et des brèves. La quantité et la prononciation par des intervalles distincts ont subsisté ensemble , et
chant peat être beaucoup plus simple que d(LDs nos opéras, et qu'il n'est point nécessaire qu'elle ait les mêmes passages , les mêmes ports de Yoix cadencés, ni les mêmes tremblemens soutenus.
Au reste y on trouve dans les anciens quantité de passages qui prouvent que leur prononciation n'était pas un son continu. « Telle est, dit Cicéron dans son Traité de VorcUeuTy la « vertu merveilleuse de la voix, qui, des trois tons, Taign, le « grave et le moyen, forme toute la variété, toute la douceur « et l'harmonie du chant; car on doit savoir que la prononcia- « tion renferme une espèce de chant , non un*chant musical , « ou tel que celui dont usent les orateurs phrygiens et cariens « dans leurs péroraisons , mais un chant peu marqué, tel que /« celui dont voulaient parler Démosthènes et Ëschine lors-» <c qu'ils se reprochaient réciproquement leurs inflexions de a voix , et que Démosthènes , pour pooisser encore plus loin « l'ironie, avouait que son adversaire avait parlé d'un ton « doux, clair et raisonnant (de la traduction de M. l'abbé « Colin). »
Quintilien remarque que ce reproche de Démosthènes et d'Eschine ne doit pas faire condamner ces inflexions de voix , puisque cela apprend qu'ils en ont tous deux fait usage.
« Les grands acteurs, dit l'abbé du Bos, t. m, p. il^o<, n'au- M raient pas voulu prononcer un mot le ma lin' a vaut que è^m- • voir, pour s'exprimer ainsi, développé méthodiquement
DES GONirAISSANGES HnMA.mES. 22 1
se sont altérées à peu près avec la même proportion. La prosodie des Romains approchait encore du chant; aussi leurs mots étaient -ils composés de syllabes fort inégales : chez nous là quantité ne s'est conservée qu'autant que les faibles inflexions de notre voix l'ont rendue nécessaire.
§ 26. Comme les inflexions par des intervalles sensibles avaient amené l'usage d'une déclamation
(i leur Toîx en la faisant sortir peu à peu, et en lui donnant « l'essor par degrés, afin de ne pas offenser ses organes en les ce déployant précipitamment et avec violence. Us observaient « mém^de se tenir couchés durant cet exercice. Après avoir «c joué, ils s'asseyaient, et dans cette posture, ils repliaient <( pour ainsi dire les organes de leur voix en respirant sur le « ton le plus haut où. ils fussent montés en déclamant , et en « respirant ensuite successivement sur tous les autres tons , « jusqu'à ce qu'ils fussent enfin parvenus au ton le plus bas «. où ils fussent descendus ». Si la déclamation n'avait pas été un chant où tous les tons devaient entrer, les comédiens auraient-ils eu la précaution d'exercer chaque jour leur voix sur toute la suite des tons qu'elle pouvait former?
Enfin « les écrits des anciens, comme le dit encore l'abbé <c du Bos, même tome, page 262, sont remplis de faits qui prou- « vent que leur attention sur tout ce qui pouvait servir à forti- «t fier ou bien embellir la voix allait jusqu'à la superstition. On « peut voir dans le troisième chapitre du onzième livre de « Quintilien que, par rapport à tout genre d'éloquence , les « anciens avaient fait de profondes réflexions sur la nature « de la voix humaine, et sur toutes les pratiques propres à la « fortifier en l'exerçant. L'art d'enseigner à fortifier et à mé- <t nager sa voix devint même une profession particulière. » Une déclamation qui était l'effet de tant de soins et de tant de réflexions pouvait-elle être aussi, simple que la nôtre?
^2Ql £fiâ4^I SUn lii'oilQIlSV) •
chaAt^nte , l'inégalité marquée des syllabes y ajouta uqe différence de temps et de mesure. La déclamation des anciens eut donc les deux choses qui caractérisent le chant, je veux dire la raodu* lation et le mpuvement.
Le mouvemeiit est l'âme de la mifôîque : aussi Yoyon^'^nous que les anciens le jugeaient absolument nécessai]Pe à leur déclamation. Il y avait sur leurs théâtres un homme qui le marquait en frappant du pied y et le comédien était aussi astreint à la mesure que le musicien et le danseur le soqt aujourd'hui. Il est évident qu'une pareille déclsgaaation ^'éloignerait trop de notre manière de prononcer, pour nous paraître naturelle. Bien loin d'exiger qu'un acteur suive un certain mouvement, nous lui défendons de faire sentir la mesure de no3 vers , ou même npus voulons qu'il la rompe assez pour paraître s'exprimer en prose. Tout confirme donc que la prononciation des anciens dans le discours familier approchait si fort du chant , que leur déclamation était un ch^nt proprement dit.
§ ^j. On remarque tous les jours, dans nos spectacles, que ceux qui chantent ont bien de la peine à faire entendre distinctement les paroles. On me demandera sans doute ù la dédamalion des anciens était sujette au même inconvénient. Je réponds que non, et j'en trouve la raison dans le caractère de leur prosodie.
Notre langue ayant peu de quantité, nous
. DES CONKAISSANCBS HtîM AINES. 1^3
so^|imes satisfaits du musicien, pourvu qu'il fesse brères les syllabes brèves , et longues les syllabes longues. Ce rapport observé, il peut d'ailleurs les abréger ou les allonger à son gré ; faire , par exemple, une tenue d'une mesure, de deux , de trois , sur une même syllabe. Le défaut d'accent prosodique lui donne encore autant de liberté, car il est le maître de faire baisser ou élever la voix sur un même son : il n'a que son goût pour règle. De tout cela n il doit naturellement en résulter quelque copfusion dans les paroles mises en chant.
A Rome, le musicien qui composait la déclamation des pièces dramatiques était obligé de se conformer en tout à la prosodie. Il ne lui était pas libre d'allonger une syllabe brève au delà d'un temps, ni une longue au delà de deux : le peuple même l'eût sifiQé. L'accent prosodique déterminait souvent s'il devait passer à un son plus élevé ou à un son plus graves il ne lui laissait pas le choix. Enfin il était autant de son devoir de conformer le mouvement du chant à la mesure du vers, qu'à la pensée qui y était exprimée. C'est ainsi que la déclamation , en se conformant à une prosodie qui avait des règles plus fixes que la nôtre, concourait, quoique chantante, à faire entendre les paroles distinctement.
§ a8. Il ne faudrait pas se représenter la déclamation des anciens d'après nos récitatifs; le chant nen était pas si musical. Qaant à nos récitatifs ,
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nous ne les avons si fort chargés de musique ^ue parce que, quelque simples qu'ils eussent été, ils n'auraiept jamais pu nous paraître naturels. Voulant introduire le chant sur nos théâtres, et voyant qu'il ne pouvait se rapprocher assez de notre prononciation ordinaire , nous avons pris le parti de le charger, pour nous dédommager, par ses agrémens, de ce qu'il>ôtait, non à la nature, mais à une habitude que nous prenons pour elle. Les Italiens ont un récitatif moins musical que le nôtre. Accoutumés à accompagner leurs discours de beaucoup plus de mouvement que nous, et à une prononciation qui recherche autant les accehs que la nôtre les évite , une musique peu composée leur a paru assez naturelle. Cest pourquoi ils l'emploient par préférence dans les morceaux qui demanderaient d'être déclamés. Notre récitatif perdrait par rapport à nous s'il devenait plus simple, parce qu'il aurait moins d'agrémens, sans être plus naturel à notre égard; et celui des Italiens perdrait par rapport à eux s'il le devenait bioins , parce qu'il ne gagnerait pas du côté des agrémens ce qu'il aurait perdu du côté de la nature, ou plutôt de ce qui leur paraît tel. On peut conclure que les Italiens et les Français doivent s'en tenir chacun à leur manière, et qu'ils ont à ce sujet également tort de se critiquer.
§ 29. Je trouve encore dans la prosodie des anciens la raison d'un fait que personne, je pense ?
DES œiTKAISSANCES HUMAIITES. asS
n'a expliqué. Il s'agit de savoir comment les orateurs romains qui haranguaient dans la place publique pouvaient être entendus de tout le peuple. Les sons de notre voix se portent facilement aux extrémités d'une place d'assez grande étendue ; toute la di£Giculté est d'empêcher qu'on ne les confonde ; mais cette difficulté doit être moins grande à proportion que, par le caractère de la prosodie d'une langue, les syllabes de chaque mot se distinguent d'une manière plus sensible. Dans le latin , elles différaient par la qualité du son , par l'accent qui, indépendamment du sens, exigeait que la voix s'élevât ou s'abaissât , et par la quantité : nous manquons d'accens, notre langue n'a presque point de quantité^ et beaucoup de nos syllabes sont muettes. Un Romain pouvait donc se fay:e entendre distinctement dans une place où un Français ne le pourrait que difficilement , et peut-être point du tout