ACTE II, SCÈNE V. HT
Qui triomphe de Troie une seconde fois.
PTBRHUS.
Dis plutôt qu*aujourd*hui commence ma victoire : D'aujourd'hui seulement je jouis de ma gloire ; Et mon cœur , aussi fier que tu l'as vu soumis , Croit avoir en l'amour vaincu mille ennemis. Considère , Phœnix , les troubles que j'évite , Quelle foule de maux l'amour traîne à sa suite , Que d'amis, de devoirs, j'allois sacrifier, Quels périls.... un regard m'eût tout fait oublier : Tous les Grecs conjurés fondoient sur un rebelle. Je trouvois du plaisir à me perdre pour elle.
PHŒNIX
Oui, je bénis, seigneur, Theureuse cruauté Qui vous rend....
PYRRHUS
Tu l'as vu comme elle m'a traité !
Je pensois , en voyant sa tendresse alarmée , Que son fils me la dût renvoyer désarmée : J'allois voir le succès de ses embrassemens ; Je n'ai trouvé que pleurs mêlés d'emportemens. Sa misère l'aigrit; et, toujours plus farouche. Cent fois le nom d'Hector est sorti de sa bouche. Vainement à son fils j'assurois mon secours : c C'est Hector , disoit-elle en l'embrassant toujours ; Voilà ses yeux, sa boache, et déjà son audace; C'est lui-même, c'est toi, cher époux, que j'embrasse. » Eh! quelle est sa pensée? attend-elle en ce jour Que je lui laisse un fils pour nourrir son amour?
PHŒNIX
Sans doute, c'est le prix que vous gardoit l'ingrate. Mais laissez-la, seigneur.
PYRRHUS
Je vois ce qui la flatte :
Sa beauté la rassure ; et , malgré mon courroux , L'orgueilleuse m'attend encore à ses genoux. Je la verrois aux miens , Phœnix , d'un œil tranquille Elle est veuve d'Hector , et je suis fils d'Achille : Trop de haine sépare Andromaque et Pyrrhus.
PHŒNIX
Commencez donc , seigneur , à ne m'en parler plus. Allez Toir Hermione ; et , content de lui plaire , Oubliez à ses pieds jusqu'à votre colère. Vous-même à cet hymen venez la disposer :
lis ANDROMAQUE.
Est-ce sur un rival qu'il s'en faut reposer? n ne l'aime que trop.
PYB^US.
Crois-tu , si je réponse , Qu'Andromaque en son cœur n'en sera pas jalouse ?
PHŒNIX
Quoi! toujours Andromaque occupe votre esprit I Que vous importe, ô dieux, sa joie ou son dépit? Quel charme , malgré vous , vers elle vous attire ?
PYRRHUS
Non , je n'ai pas bien dit tout ce qu'il lui faut dire :
Ma colère à ses yeux n'a paru qu'à demi ;
Elle ignore à quel point je suis son ennemi.
Retournons-y. Je veux la braver à sa vue ,
Et donner à ma haine une libre étendue.
Viens voir tous ses attraits , Phœnix , humiliés.
Allons.
PHŒNIX
Allez, seigneur, vous jeter à ses pieds : Allez , en lui jurant que votre âme l'adore , A de nouveaux mépris l'encourager encore.
PYRRHUS
Je le vois bien , tu crois que prêt à l'excuser Mon cœur court après elle , et cherche à s'apaiser.
PHŒNIX
Vous aimez : c'est assez.
Moi l'aimer? une ingrate Qui me hait d'autant plus que mon amour la flatte? Sans parens , sans amis , sans espoir que sur moi ? Je puis perdre son fils, peut-être je le doi; Étrangère.... que dis-je? esclave dans l'Épire, Je lui donne son fils , mon âme , mon empire ; Et je ne puis gagner dans son perfide cœur D'autre rang que celui de son persécuteur? Non, non, je l'ai juré, ma vengeance est certaine; Il faut bien une fois justifier sa haine ; J'abandonne son fils. Que de pleurs vont couler ! De quel nom sa douleur me va-t-elle appeler! Quel spectacle pour elle aujourd'hui se dispose f Elle en mourra , Phœnix , et j'en serai la cause : G*est lui mettre moi-même un poignard dans le sein.
PHŒNIX
Et pourquoi donc en faire éclater le dessein? Que ne consultiez- vous tantôt votre foiblesse?