ACTE m, SCÈNE I. i2i
Je prétends qu'à mon tour Tinhumaine me craigne , Et que ses yeux cruels , à pleurer condamnés , Me rendent tous les noms que je leur ai donnés.
PYLADE
Voilà donc le succès qu*aura votre ambassade : Oreste ravisseur!
ORESTE
Et qu'importe, Pylade?
Quand nos États vengés jouiront de mes soins , L'ingrate de mes pleurs jouira-t-elle moins ? Et que me servira que la Grèce m*admire , Tandis que je serai la fable de l'Ëpire ? Que veux-tu? Mais , s'il faut ne te rien déguiser , Mon innocence enfin commence à me peser. Je ne sais de tout temps quelle injuste puissance Laisse le crime en paix, et poursuit l'innocence. De quelque part sur moi que je tourne les yeux , Je ne vois que malheurs qui condamnent les dieux. Méritons leur courroux , justifions leur haine , Et que le fruit du crime en précède la peine. Mais toi , par quelle erreur veux-tu toujours sur toi Détourner un courroux qui ne cherche que moi? Assez et trop longtemps mon amitié t'accable : Évite un malheureux , abandonne un coupable. Cher Pylade , crois-moi , ta pitié te séduit. Laisse-moi des périls dont j'attends tout le fruit. Porte aux Grecs cet enfant que Pyrrhus m'abandonne. Va-t'en.
PYLADE
Allons, seigneur, enlevons Hermione.
Au travers des périls un grand cœur se fait jour. Que ne peut l'amitié conduite par l'amour! Allons de tous vos Grecs encourager le zèle : Nos vaisseaux sont tout prêts, et le vent nous appelle. Je sais de ce palais tous les détours obscurs ; Vous voyez que la mer en vient battre les murs ; Et cette nuit, sans peine, une secrète voie Jusqu'en votre vaisseau conduira votre proie.
ORESTE
J'abuse , cher ami , de ton trop d'amitié ; Mais pardonne à des maux dont toi seul as pitié ; Excuse un malheureux qui perd tout ce qu'il aime , Que tout le monde hait, et qui se hait lui-même. Que ne puis-je à mon tour dans un sort plus heureux....
iH ANDROMÀQUE.
PYLIDE.
Dissimulez, seigneur; c'est tout ce que je feux. Gardez qu'avant le coup TOtre dessein n'éclate : Oubliez jusque-là qu'Hermione est ingrate ; Oubliez votre amour. Elle vient , je la voi.
ORESTE
Va-t'en. Réponds-moi d'elle , et je réponds de moi.