‹ Œuvres complètesChapitre 13 sur 594 · SCÈNE n. — JOCÀSTE, ANTIGONE, OLYMPE · texte numérisé non relu

SCÈNE n. — JOCÀSTE, ANTIGONE, OLYMPE

JOCÀSTB.

Ma fille, avez-YOus su Texcès de nos misères?

ANTIGONE

Oui, madame, on m'a dit la fureur de mes frères.

JOCASTE

Allons , chère Ântigone , et courons de ce pas Arrêter, s*il se peut, leurs parricides bras. Allons leur faire voir ce qu'ils ont de plus tendre ; Voyons si contre nous ils pourront se défendre» Ou s*ils oseront bien, dans leur noire fureur, Répandre notre sang pour attaquer le leur.

ANTIGONE

Madame, c'en est fait, voici le roi lui-même. SCÈNE m. — JOCASTE, ÉTÉOCLE, ANTIGONE, OLYMPE.

JOCASTE

Olympe , soutiens-moi ; ma douleur est extrême.

ÉTÉOCLE

Madame, qu'avez-vous ? et quel trouble....

JOCASTE

Ah ! ^lon fils !

Quelles traces de sang vois-je sur vos habits ? Est-ce du sang d'un frère? ou n'est-ce point du vôtre?

ÉTÉOCLE

Non , madame , ce n'est ni de l'un ni de l'autre.

Dans son camp jusqu'ici Polynice arrêté ,

Pour combattre , à mes yeux ne s'est point présenté.

D'Argiens seulement une troupe hardie

M'a voulu de nos murs disputer la sortie :

J'ai fait mordre la poudre à ces audacieux ,

Et leur sang est celui qui paroît à vos yeux.

JOCASTE

Mais que prétendiez-vous ? et quelle ardeur soudaine Vous a fait tout à coup descendre dans la plaine ?

ÉTÉOCLE

Madame, il étoit temps que j'en usasse ainsi, Et je perdois ma gloire à demeurer ici.

Le peuple à qui la faim se faisoit déjà craindre ,

De mon peu de vigueur commençoit à se plaindre ,

Me reprochant déjà qu'il m'avoit couronné ,

Et que j'occupois mal le rang qu'il m'a donné.

U le faut satisfaire ; et, quoi qu'il en arrive,

6 LA THÉBAlDE.

Tbèbes dès aujourd'hui ne sera plus captive : Je yeux , en n*y laissant aucun de mes soldats , Qu'elle soit seulement juge de nos combats. J'ai des forces assez pour tenir la campagne; Et si quelque bonheur nos armes accompagne , L'insolent Polynioe et ses fiers alliés Laisseront Tbèbes libre , ou mourront à mes pieds.

lOCASTB.

Vous pourriez d'un tel sang, à ciel! souiller tos armes? La couronne pour tous a4-elle tant de charmes? Si par un parricide il la falloit gagner, Ah , mon fils ! à ce prix Toudriez-Tous régner? Hais il ne tient qu'à vous , si l'honneur tous anime , De nous donner la paix sans le secours d'un crime , Et, de TOtre courroux, triomphant ai:gourd*hui , Contenter TOtre frère, et régner avec lui.

ÉTÉOCLE

Appelez -vous régner partager ma couronne, Et céder lâchement ce que mon droit me donne?

JOCASTB.

Vous le saTez, mon fils, la justice et le sang

Lui donnent , comme à tous , sa part à oa haut rang :

Œdipe , en achevant sa triste destinée ,

Ordonna que chacun régneroit son année;

Et, n'ayant qu'un £tat à mettre sous vos lois,

Voulut que tour à tour vous fussiez tous deux rois.

A ces conditions vous daignâtes souscrire.

Le sort vous appela le premier à l'empire ,

Vous montâtes au trône ; il n'en fût point jaloux ,

Et vous ne voulez pas qu'il y monte après vous?

ÉTÉOCLE

Non , madame , à l'empire il ne doit plus prétendre ; Tbèbes à cet arrêt n'a point voulu se rendre; Et, lorsque sur le trône il s'est voulu placer, C'est elle , et non pas moi , qui l'en a su chasser. Tbèbes doit-elle moins redouter sa puissance , Après avoir six mois senti sa violence? Voudroit-elle obéir à ce prince inhumain. Qui vient d'armer contre elle et le fer et la feim? Prendroit-elle pour roi l'esclave de Mycèue , Qui pour tous les Thébains n'a plus que de la haine. Qui s'est au roi d'Argos indignement soumis , Et que l'hymen attache à nos fiers ennemis? Lorsque le roi d'Argos l'a choisi pour son gendre , Il espéroit par lui de voir Tbèbes en cendre.

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