ACTE 1^ SCÊ5E I. Mi
AGBIPPISB.
Non, non, mon intérêt ne me rend point injuste :
Il commence , il est mi , par où finit Auguste ;
Mais crains qne, Favenir détruisant le passé,
Il ne finisse ainsi qu'Auguste a commencé.
Il se déguise en Tain : je lis sur son TÎsage
Des fiers Domitius l'humeur triste et sauvage;
Il mêle avec l'orgueil qu'il a pris dans leur sang
La fierté des Nérons qu'il puisa dans mon flanc*.
Toujours la tyrannie a d'heureuses prémices :
De Rome, pour un temps, Caîus fut les délices':
Mais, sa feinte bonté se tournant en fureur,
Les délices de Rome en denorent l'horreur.
Que m'importe , après tout , que Néron , plus fidèle ,
D'une longue vertu laisse un jour le modèle?
Ai- je mis dans sa main le timon de l'Etat
Pour le conduire au gré du peuple et du sénat?
Ah ! que de la patrie il soit , s'il veut , le père :
Mais qu'il songe un peu plus qu'Agrippine est sa mère.
De quel nom cependant pouvons -nous appeler
L'attentat que le jour vient de nous révéler?
Il sait, car leur amour ne peut être ignorée,
Que de Britannicus Junie est adorée :
Et ce même Néron , que la vertu conduit ,
Fait enlever Junie au milieu de la nuit !
Que veut-il? Est-ce haine, est-ce amour qui l'inspire?
Cherche-t-il seulement le plaisir de leur nuire ?
Ou plutôt n'estrce point que sa malignité
Punit sur eux l'appui que je leur ai prêté?
ALBINB.
Vous leur appui , madame ?
AGRIPPIKE.
Arrête , chère Albine.
Je sais que j'ai moi seule avancé leur ruine ; Que du trône, où le sang l'a dû faire monter, Britannicus par moi s'est vu précipiter. Par moi seule , éloigné de l'hymen d'Octavie , Le frère de Junie abandonna la vie , Silanus , sur qui Claude avoit jeté les yeux , Et qui comptoit Auguste au rang de ses aïeux. Néron jouit de tout : et moi, pour récompense,
4 . Agrippine était petite-fille de aaudius-Dnisus Néron , fils de Tibérius-Glaudius Néron et de livie. 2. Caïus Caligula.
202 BRItATmiCUS.
Il faut qu'entre eux et lui je tienne la balance. Afin que quelque jour, par une même loi , Britannicus la tienne entre mon fils et moi.
ÂIBINB.
Quel dessein!
AÔRIPPIKE.
Je m'asitt» im port dans la tempête.
Néron m'échappera , si ce frein ne l'arrête.
ALBIl^E.
Mais prendre contre irn fils tant de soins superflus 7
AGRIPPINE
Je le craindrois bientôt s'il ne me craignoit plus.
ALBINE
Une juste frayeur tous alarme peut -être.
Mais si Néron pour vous n'est plus ce qu'il doit être ,
Du moins son changement ne vient pas jusqu'à nous ,
Et ce sont des secrets entre César et vous.
Quelques titres nouveaux que Rome lui défère ,
Néron n'en reçoit point qu'il ne donne à sa mère.
Sa prodigue amitié ne se réserve rien :
Votre nom est dans Home aussi saint que le sien;
A peine parle- t-on de la triste Octavie.
Auguste votre aïeul honora moins Livie :
Néron devant sa mère a permis le premier
Qu'on portât les faisceaux couronnés de laurier.
Quels effets voulez -vous de sa reconnoissanoe?
AGRIPPINE
Un peu moins de respects , et plus de confiance.
Tous ces présens , Albine , irritent mon dépit :
Je vois mes honneurs croître , et tomber mon crédit.
Non, non, le temps n'est plus que Néron, jeune encore,
Me renvoyoit les vœux d'une cour qui l'adore ;
Lorsqu'il se reposoit sur moi de tout l'État ,
Que mou ordre au palais assembloit le sénat ,
Et que derrière un voile, invisible et présente,
J'étois de ce grand corps l'âme toute -puissante.
Des volontés de Rome alors mal assttré ,
Néron de sa grandeur n'étoit point enivré.
Ce jour, ce triste jour frappe encor ma mémoire,
Où Néron fut lui-même ébloui de sa gloire.
Quand les ambassadeurs de tant de rois divers
Vinrent le reconnoître au nom de l'univers.
Sur «on trône avec lui j'allois prendre ma place :
J'ignore quel conseil prépara ma disgrâce;
Quoi qu'il en soit, Néron, d'aussi loin qu'il me vit,