SCÈNE V. — BRITANNICUS, AGRIPPINE, NARCISSE, ALBINE
BRITANNICUS
Nos ennemis communs ne sont pas invincibles , Madame ; nos malheurs trouvent des cœurs sensibles. Vos amis et les miens , jusqu'alors si secrets , Tandis que nous perdions le temps en vains regrets , Animés du courroux qu'allume l'injustice , Viennent de confier leur douleur à Narcisse. Néron n'est pas encor tranquille possesseur De l'ingrate qu'il aime au mépris de ma sœur. Si vous êtes toujours sensible à son injure , On peut dans son devoir ramener le parjure. La moitié du sénat s'intéresse pour nous : Sylla, Pison, Plautus....
AGRIPPINE
Prince, que dites-vous?
Sylla, Pison, Plautus, les chefs de la noblesse?
BRITANNICUS
Madame , je vois bien que ce discours vous blesse ; Et que votre courroux , tremblant , irrésolu , Craint déjà d'obtenir tout ce qu'il a voulu. Non , vous avez trop bien établi ma disgrâce ; D'aucun ami pour moi ne redoutez l'audace : Il ne m'en reste plus ; et vos soins trop prudens Les ont tous écartés ou séduits dès longtemps.
AGRIPPINE
Seigneur , à vos soupçons donnez moins de créance ; Notre salut dépend de notre intelligence. J'ai promis , il suffit. Malgré vos ennemis , Je ne révoque rien de ce que j'ai promis. Le coupable Néron fuit en vain ma colère : Tôt ou tard il faudra qu'il entende sa mère. ressaierai tour à tour la force et la douceur. Ou moi-même , avec moi conduisant votre sœur , J*irai semer partout ma crainte et ses alarmes , Et ranger tous les cœurs du parti de ses larmes.
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226 BRITANNILL».
Adieu. J'assiégerai Néron de toutes parts. Vous , si vous m'en croyez , évitez ses regards.