‹ Œuvres complètesChapitre 203 sur 594 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

Je fléchis mon orgueil ; j'allai prier Pallas.

Son maître , chaque jour caressé dans mes bras ,

Prit insensiblement dans les yeux de sa nièce

L'amour où je voulois amener sa tendresse.

Mais ce lien du sang qui nous joignoit tous deux

Ëcartoit Claudius d'un lit incestueux :

Il n*osoit épouser la fille de son frère.

Le sénat fut séduit : une loi moins sévère

Mit Claude dans mon lit , et Rome à mes genoux.

C'étoit beaucoup pour moi, ce n'étoit rien pour vous.

Je vous fis sur mes pas entrer dans sa famille ;

Je TOUS nommai son gendre , et vous donnai sa fille *

Silanus , qui l'aimoit , s'en vit abandonné ,

Et marqua de son sang ce jour infortuné.

Ce n*étoit rien encore. Eussiez-vous pu prétendre

Qu'un jour Claude à son fils pût préférer son gendre?

De ce même Pallas j'implorai le secours :

Claude vous adopta, vaincu par ses discours,

Vous appela Néron ; et du pouvoir suprême

Voulut, avant le temps, vous faire part lui-même.

C'est alors que chacun , rappelant le passé ,

Découvrit mon dessein déjà trop avancé ;

Que de Britannicus la disgrâce future

Des amis de son père excita le murmure.

Mes promesses aux uns éblouirent les yeux ;

L*exil me délivra des plus séditieux ;

Claude même , lassé de ma plainte étemelle ,

Éloigna de son fils tous ceux de qui le zèle ,

Engagé dès longtemps à suivre son destin ,

Pouvoit du trône encor lui rouvrir le chemin.

Je fis plus : je choisis moi-même dans ma suite

Ceux à qui je voulois qu'on livrât sa conduite :

J*eus soin de vous nommer, par un contraire choix.

Des gouverneurs que Rome honoroit de sa voix ;

Je fus sourde à la brigue , et crus la renommée ;

J'appelai de l'exil , je tirai de l'armée ,

Et ce même Sénèque , et ce même Burrhus ,

Qui depuis.... Rome alors estimoit leurs vertus.

De Claude en même temps épuisant les richesses,

Ma main , sous votre nom répandoit ses largesses.

Les spectacles , les dons , invincibles appas ,

Vous attiroient les cœurs du peuple et des soldats ,

Qui d'ailleurs , réveillant leur tendresse première ,

Favorisoient en vous Germanicus mon père.

Cependant Claudius penchoit vers son déclin.

234 BRITANNIGUS.

Ses yeux , longtemps fermés , s'ouvrirent à la fin :

Il connut son erreur. Occupé de sa crainte ,

Il laissa pour son fils échapper quelque plainte ,

Et voulut , mais trop tard , assembler ses amis.

Ses gardes, son palais, son lit, m'étoient soumis.

Je lui laissai sans fruit consumer sa tendresse ;

De ses derniers soupirs je me rendis maîtresse :

Mes soins , en apparence , épargnant ses douleurs ,

De son fils en mourant lui cachèrent les pleurs.

Il mourut. Mille bruits en courent à ma honte.

J'arrêtai de sa mort la nouvelle trop prompte ;

Et tandis que Burrhus aUoit secrètement

De Tannée en vos mains exiger le serment ,

Que vous marchiez au camp , conduit sous mes auspices ,

Dans Rome les autels fumoient de sacrifices;

Par mes ordres trompeurs tout le peuple excité

Du prince déjà mort demandoit la santé.

Enfin , des légions l'entière obéissance

Ayant de votre empire affermi la puissance ,

On vit Claude; et le peuple, étonné de son sort.

Apprit en même temps votre règne et sa mort.

C'est le sincère aveu que je voulois vous faire :

Voilà tous mes forfaits. En voici le salaire :

Du fruit de tant de soins à peine jouissant

En avez-vous six mois paru reconnoissant ,

Que , lassé d'un respect qui vous gênoit peut-être ,

Vous avez affecté de ne me plus connoître.

J'ai vu Burrhus , Sénèque , aigrissant vos- soupçons ,

De l'infidélité vous tracer des leçons ,

Ravis d'être vaincus dans leur propre science.

J'ai vu favorisés de votre confiance

Othon , Sénécion , jeunes voluptueux ,

Et de tous vos plaisirs flatteurs respectueux ;

Et lorsque , vos mépris excitant mes murmures ,

Je vous ai demandé raison de tant d'injures,

(Seul recours d'un ingrat qui se voit confondu)

Par de nouveaux affronts vous m'avez répondu.

Aujourd'hui je promets Junie à votre frère ;

Ils se flattent tous deux du choix de votre mètrie :

Que faites-vous? Junie enlevée à la cour,

Devient en une nuit l'objet de votre amour ;

Je vois de votre cœur Octavie effacée ,

Prête à sortir du lit où je l'avois placée ;

Je vois Pallas banni, votre frère arrêté-,

Vous attentez enfin jusqu'à ma liberté :

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