‹ Œuvres complètesChapitre 206 sur 594 · ACTE IV, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE III

On ne me verra point survivre à votre gloire. Si vous allez commettre une action si noire ,

{Se jetant aux pieds de Ne'ron.) Me voilà prêt, seigneur : avant que de partir, Faites percer ce cœur qui n'y peut consentir; Appelez les cruels qui vous l'ont inspirée ; Qu^ils viennent essayer leur main mal assurée.... Mais je vois que mes pleurs touchent mon empereur, Je vois que sa vertu frémit de leur fureur. Ne perdez point de temps, nommez-moi les perfides Qui vous osent donner ces conseils parricides, Appelez votre frère, oubliez dans ses bras...

NÉRON

Ah ! que demandez-vous ?

BURRHUS

Non , il ne vous hait pas , Seigneur; on le trahit ; je sais son innocence; Je vous réponds pour lui de son obéissance. J*y cours. Je vais presser un entretien si doux

NÉRON

Dans mon appartement qu'il m'attende avec vous. SCÈNE IV. — NÉRON , NARCISSE.

NARCISSE

Seigneur, j'ai tout prévu pour une mort si juste :

Le poison est tout prêt. La fameuse Locuste

A redoublé pour moi ses soins officieux :

Elle a fait expirer un esclave à mes yeux ;

Et le fer est moins prompt, pour trancher une vie,

Que le nouveau poison que sa main me confie.

NÉRON

Narcisse, c'est assez; je reconnois ce soin, Et ne souhaite pas que vous alliez plus loin.

NARCISSE

Quoi I pour Britannicus votre haine affoiblie Me défend....

NÉRON

Oui , Narcisse : on nous réconcilie.

NARCISSE

Je me garderai bien de vous en détourner, Seigneur. Mais il s'est vu tantôt emprisonner : Cette offense en son cœur sera longtemps nouvelle Il n'est point de secrets que le temps ne révèU : 11 saura que ma main lui deyoit présenter

240 BRITANNICUS

Un poison que votre ordre avoit fait apprêter. Les dieux de ce dessein puissent-ils le distraire ! Mais peut-être il fera ce que vous n'osez faire.

NÉRON

On répond de son cœur-, et je vaincrai le mien.

NARCISSE

Et l'hymen de Junie en est-il le lien? Seigneur, lui faites- vous encor ce sacrifice?

NÉRON

C'est prendre trop de soin. Quoi qu'il en soit, Narcisse, Je ne le compte plus parmi mes ennemis.

NARCISSE

Agrippine, seigneur, se l'étoit bien promis : Elle a repris sur vous son souverain empire.

NÉRON

Quoi donc? Qu'a-t-elle dit? et que voulez- vous dire?

NARCISSE

Elle s'en est vantée assez publiquement.

NÉRON

De quoi?

NARCISSE

Qu'elle n'avoit qu'à vous voir un moment; Qu'à tout ce grand éclat , à ce courroux funeste , On verroit succéder un silence modeste ; Que vous-même à la paix souscririez le premier : Heureux que sa bonté daignât tout oublier !

NÉRON

Mais, Narcisse, dis-moi, que veux-tu que je fasse? Je n'ai que trop de pente à punir son audace ; Et , si je m'en croyois , ce triomphe indiscret Seroit bientôt suivi d'un éternel regret. Mais de tout l'univers quel sera le langage? Sur les pas des tyrans veux-tu que je m'engage. Et que Rome, effaçant tant de titres d'honneur. Me laisse pour tout nom celui d'empoisonneur ? Ils mettront ma vengeance au rang des parricides.

NARCISSE

Et prenez-vous, seigneur, leurs caprices pour guides? Avez-vous prétendu qu'ils se tairoient toujours? Est-ce à vous de prêter l'oreille à leurs discours? De vos propres désirs perdrez-vous la mémoire? Et serez-vous le seul que vous n'oserez croire? Mais, seigneur,- les Romains ne vous sont pas connus : Non, non, dans leurs discours ils sont plus retenus. Tant de précaution affoiblit votre règne :

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