‹ Œuvres complètesChapitre 214 sur 594 · SCÈNE VL — NÉRON, AGTOPPINE, BURRHUS, NARCISSE · texte numérisé non relu

SCÈNE VL — NÉRON, AGTOPPINE, BURRHUS, NARCISSE

HERON , voyant Àgrippine, Dieux!

AGRIPPINE

Arrêtez , Néron : j'ai deux mots à vous. dire. Britannicus est mort : je reconnois les coups;. Je connois l'assassin.

Et qui,. madame?

* AGRIPPINE

Vous.

NÉRON

Moi? Voilà les soupçons dont vous êtes capable. Il n'est point de malheur dont je ne sois coupable Et si l'on veut , madame , écouter vos discours , Ma main de Claude même aura tranché les jours. Son fils vous étoit cher , sa mort peut vous confondre ; Mais des coups du destin j[e ne puis pas répondre.

AGRIPPINE

Non , non , Britannicus est mort empoisonné ; Narcisse a fait lé coup , vous l'avez ordonné.

NÉRON

Madame I... Mais qui peut vous tenir ce langage?

NARCISSE

Hé! seigneur, ce soupçon vous fait-il tant d'outrage? Britannicus , madame , eut des desseins secrets Qui vous auroient coûté de plus justes regrets : n aspiroit plus loin qu'à l'hymen de Junie:

f48 BRITANNICUS.

De vos propres bontés il vous auroît punie.

Il vous trompoit vous-même ; et son cœur offensé

Prétendoit tôt ou tard rappeler le passé.

Soit donc que malgré vous le sort tous ait servie ,

Soit qu'instruit des complots qui menaçoient sa vie ,

Sur ma fidélité César s'en soit remis ,

Laissez les pleurs , madame , à vos seuls ennemis :

Qu'ils mettent ce malheur au rang des plus sinistres :

Mais vous....

AGRIPPINE

Poursuis , Néron : avec de tels ministres , Par des faits glorieux tu te vas signaler ; Poursuis. Tu n'as pas fait ce pas pour reculer : Ta main a commencé par le sang de ton frère ; Je prévois que tes coups viendront jusqu'à ta mère. Dans le fond de ton cœur je sais que tu me hais ; Tu voudras t'affranchir du joug de mes bienfaits. Mais je veux que ma mort te soit même inutile : Ne crois pas qu'en mourant je te laisse tranquille ; Borne , ce ciel , ce jour que tu reçus de moi , Partout, à tout moment, m'offriront devant toi. Tes remords te suivront comme autant de furies ; Tu croiras les calmer par d'autres barbaries ; Ta fureur, s'irritant soi-même dans son cours, D'un sang toujours nouveau marquera tous tes jours. Mais j'espère qu'enfin le ciel , las de tes crimes , Ajoutera ta perte à tant d'autres victimes ; Qu'après t'être couvert de leur sang et du mien , Tu te verras forcé de répandre le tien ; Et ton nom paroîtra , dans la race future , Aux plus cruels tyrans une cruelle injure. Voilà ce que mon cœur se présage de toi. Adieu ; tu peux sortir.

NÉRON

Narcisse, suivez-moi.

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