ACTE U, SCÈNB II. fgg
Qui fit taire les lois dans le lunût des alavmes . Brûla pour Gléopâtre; et, sans se déclaier. Seule dans l'Orient la laissa soupirer Antoine , qui l'aima jusqu'à l'idolâtrie., Oublia dans son sein sa gloire et sa patrie , Sans oser toutefois se nommer son époux : Rome l'alla chercher jusques à ses genoux Et ne désarma point sa fureur vengeresse , Qu'elle n'eût accablé l'amant et la maîtresse. Depuis ce temps , seigneur , Galigula , Néron , Monstres dont à regret je cite ici le nom , Et qui , ne conservant que la figure d'homme., Foulèrent à leurs pieds toutes les lois de Rome , Ont craint cette loi seule, et n'ont point à nos -yeux Allumé le flambeau d'un hymen od'iQvtx.
Vous m'avez commandé surtout d'être sincère. De l'affranchi Pallas nous avons vu le frère , Des fers de Claudius Félix encore flétri , De deux reines , seigneur , devenir le mari , Et , s'il faut jusqu'au bout que je vous obéisse,, Ces deux reines étoient du sang de Bérénice. Et vous croiriez pouvoir , sans blesser nos regards Faire entrer une reine au lit de nos Césars , Tandis que l'Orient dans le lit de ses reines Voit passer un esclave au sortir de nos chaînes ! C'est ce que les Romains pensent de votre amour Et je ne réponds pas , avant la fin du jour , Que le sénat, chargé des vœux de tout l'empire, Ne vous redise ici ce que je viens de dire; Et que Rome avec lui , tombant à vos genoux , Ne vous demande un choix digne d elle et de vous Vous pouvez préparer , seigneur , votre réponse
TITUS
Hélas ! à quel amour on veut que je renonce !
PAULIN
Cet amour est ardent , il le faut confesser.
TITUS
Plus ardent mille fois que tu ne peux penser , Paulin. Je me suis fait un plaisir nécessaire De la voir chaque jour, de l'aimer, de lui plaife, J'ai fait plus, je n'ai rien de secret à tes yeux, J'ai pour elle cent fois rendu grâces aux dieux D'avoir choisi mon père au fond de l'Idumée , D'avoir rangé sous lui l'Orient et l'armée , Et , soulevant encor le reste des hu
208 BÉRÉNICE
Remis Rome sanglante en ses paisibles mains. J'ai même souhaité la place de mon père ; Moi, Paulin, qui, cent fois, si le sort moins sévère Eût voulu de sa vie étendre les liens , Aurois donné mes jours pour prolonger les siens : Tout cela (qu*un amant sait mal ce qu'il désire 1) Dans l'espoir d'élever Bérénice à l'empire , De reconnoître un jour son amour et sa foi, Et de voir à ses pieds tout le monde avec moi. Malgré tout mon amour, Paulin, et tous ses charmes, Après mille sermons appuyés de mes larmes , Maintenant que je puis couronner tant d'attraits , Maintenant que je l'aime eucor plus que jamais , Lorsqu'un heureux hymen , joignant nos destinées , Peut payer en un jour les vœux de cinq années , Je vais, Paulin.... 0 ciel! puis-je le déclarer 1
PAULIN
Quoi, seigneur?
TITUS
Pour jamais je vais m'en séparer.
Mon cœur en ce moment ne vient pas de se rendre : Si je t'ai fait parler , si j'ai voulu t'entendre , Je voulois que ton zèle achevât en secret De confondre un amour qui se tait à regret. Bérénice a longtemps balancé la victoire ; Et , si je penche enfin du côté de ma gloire , Crois qu'il m'en a coûté, pour vaincre tant d'amour, Des combats dont mon cœur saignera plus d'un jour. J'aimois , je soupirois dans une paix profonde : Un autre étoit chargé de l'empire du monde. Maître de mon destin , libre dans mes soupirs , Je ne rendois qu'à moi compte de mes désirs. Mais à peine le ciel eut rappelé mon père , Dès que ma triste main eut fermé sa paupière , De mon aimable erreur je fus désabusé : Je sentis le fardeau qui m' étoit imposé; Je connus que bientôt, loin d'être à ce que j'aime,- 11 falloit, cher Paulin, renoncer à moi-même; Et que le choix des dieux , contraire à mes amours , Livroit à l'univers le reste de mes jours. Rome observe aujourd'hui ma conduite nouvelle : Quelle honte pour moi , quel présage pour elle , Si , dès le premier pas , renversant tous ses droits , Je fond ois mon bonheur sur le débris des lois I Résolu d'accomplir ce cruel sacrifice ,